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Au troisième débat, Trump refuse de dire s'il reconnaîtrait une victoire de Clinton

Le troisième et ultime débat entre les candidats à la Maison-Blanche, la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump, a été aussi riche en prises de bec qu'en contenu, mercredi soir. Mais, à 20 jours des élections, le refus de l'homme d'affaires de s'engager à reconnaître les résultats a volé la vedette.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

C'est à Las Vegas, capitale mondiale du divertissement, que les deux adversaires ont croisé le fer pour la dernière fois. Signe de la tension croissante entre les deux candidats, ils ne se sont pas serré la main, se dirigeant directement vers leur lutrin.

On y a vu un Donald Trump plus discipliné et mieux préparé que lors des échanges précédents. Mais l'outsider politique a clairement indiqué qu'il ne rentrerait pas dans le rang. Celui qui accuse le camp Clinton depuis des jours de « truquer » l'élection présidentielle en a remis.

Hillary Clinton « n'aurait jamais dû avoir le droit de se présenter à la présidence », a-t-il lancé, évoquant la polémique sur l'utilisation d'une messagerie privée lorsqu'elle était secrétaire d'État de 2009 à 2013.

Interrogé directement à ce sujet, il a laissé entendre qu'il pourrait ne pas concéder la victoire s'il était défait et a critiqué du même souffle les « médias corrompus ».

Relancé par le modérateur Chris Wallace sur la transition pacifique qui tient lieu de tradition aux États-Unis, Donald Trump a refusé de se commettre davantage. « Je vous le dirai en temps et lieu. Je vais garder le suspense, d'accord? » Dans les heures avant le débat, son colistier, Mike Pence, avait pourtant soutenu que le ticket républicain respecterait le verdict des urnes, tout comme sa fille Ivanka.

Trouvant ses propos « horrifiants », sa rivale l'a accusé de « dénigrer la démocratie ». « Quand les choses ne vont pas comme il veut, il clame que les choses sont truquées », a-t-elle soutenu.

Elle a donné en exemple ses réactions en lien avec les caucus républicains de l'Iowa, la recommandation du FBI de ne pas déposer d'accusations contre elle, la poursuite pour fraude contre l'Université Trump ou même la cérémonie des prix Emmy pour la télévision, où son émission de téléréalité n'avait pas remporté de prix.

De Russie et de marionnettes

Après des échanges initiaux plus posés, le ton a monté au fil du débat.

Dans un segment sur l'immigration, le modérateur a interrogé l'ex-première dame sur son « rêve » d'un marché panaméricain avec des frontières ouvertes. Elle avait tenu ces propos au cours d'un discours rendu public par WikiLeaks, dans la foulée du piratage d'un compte courriel du président de sa campagne, John Podesta.

Répondant qu'elle parlait alors de questions énergétiques, elle a rapidement fait dévier le débat sur la Russie, que des experts en renseignement ont accusée de vouloir influencer l'élection présidentielle par du cyberespionnage.

« Donald Trump admettra-t-il que les Russes sont derrière ces cyberattaques contre les États-Unis? », a-t-elle demandé, ajoutant qu'il avait même encouragé Moscou à pirater ses courriels.

Martelant qu'il n'y avait aucune certitude à ce sujet, il a répondu qu'il ne connaissait pas Vladimir Poutine, mais qu'il serait bien que les deux pays s'entendent. « Poutine n'a aucun respect pour cette personne », a-t-il ajouté en désignant son adversaire.

« Vous êtes la marionnette », a riposté Donald Trump.

Droit à l'avortement, droit de porter une arme

Les deux candidats ont offert des visions plus contrastées que dans les derniers débats, sur des questions comme l'économie, l'immigration, la fiscalité ou le commerce, mais aussi sur des enjeux de société comme le contrôle des armes à feu ou l'avortement.

Le candidat républicain, qui avait par le passé une position pro-choix, a affirmé que les juges qu'il nommerait à la Cour suprême annuleraient « automatiquement » la décision historique Roe c. Wade, qui a légalisé l'interruption volontaire de grossesse en 1973. Ce sera ensuite aux États de trancher, a-t-il ajouté.

« Sur la base de ce qu'[Hillary Clinton] dit et ce qu'elle a fait, vous pouvez prendre le bébé et l'arracher de l'utérus au neuvième mois, le jour [de l'accouchement], a-t-il affirmé. Et ce n'est pas acceptable. »

Sa rivale a de son côté pris le parti des femmes confrontées à la décision « la plus difficile » qu'elles pourraient avoir à prendre au cours de leur vie.

Fier du soutien de la National Rifle Association (NRA), Donald Trump a aussi affirmé que le deuxième amendement, qui garantit aux citoyens le droit de porter une arme à feu, serait « en état de siège absolu » advenant une présidence Clinton.

« Même si je soutiens le deuxième amendement, cela ne signifie pas que je veux que des gens qui ne devraient pas posséder des armes à feu soient capables de vous menacer ou de vous tuer, vous ou les membres de votre famille », a-t-elle dit aux électeurs, plaidant pour une vérification des antécédents. 

Donald Trump a en outre réitéré sa promesse de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique, pour contrer l'immigration illégale, mais aussi pour stopper le trafic de drogue. Il a aussi répété qu'il fallait expulser les « mauvaises personnes » qui sont des criminels et a accusé la candidate démocrate de vouloir des « frontières ouvertes ».

Affirmant que les politiques envers les immigrants « déchireraient le pays », Hillary Clinton a en outre affirmé que son rival avait recruté et exploité « des travailleurs sans papiers » pour la construction de la tour Trump, ce qu'il a nié.

Les allégations d'inconduite sexuelle? La faute de Clinton

Donald Trump a également dû se défendre contre les accusations d'attouchements sexuels lancées par une dizaine de femmes au cours de la dernière semaine. Il a nié en bloc les accusations et a affirmé qu'elles avaient largement été démenties.

« Je ne me suis même pas excusé auprès de ma femme parce que je n'ai rien fait », a-t-il lancé. Dans des entrevues diffusées cette semaine sur CNN et Fox News, Melania Trump a pourtant dit qu'il lui avait présenté ses excuses.

Cette « fiction totale » a été inventée par des femmes en quête de célébrité ou orchestrée par la campagne « vicieuse » de sa rivale, a-t-il soutenu. Il a ensuite contre-attaqué en évoquant la suppression de quelque 30 000 courriels par sa rivale, liés à son serveur personnel.

« Elle a menti des centaines de fois aux gens, au Congrès, au FBI », a-t-il tonné.

Vantant son parcours d'homme affaires, Donald Trump a par ailleurs accusé son adversaire de n'avoir rien fait pour faire bouger les choses pendant ses trois décennies de vie publique, une attaque à laquelle elle n'a pas manqué de répondre.

Deux visions de la fiscalité

Promettant de diminuer « de façon massive » les impôts des particuliers et des entreprises, Donald Trump a soutenu que la démocrate voulait « doubler » les impôts des Américains. Celle-ci a de son côté affirmé que son plan économique aiderait la classe moyenne et a ajouté que seuls les mieux nantis, comme Trump, seraient davantage imposés. « À moins qu'il puisse l'éviter », a-t-elle dit. « Une si méchante femme », a-t-il répliqué.

Au terme du débat, le modérateur a surpris les candidats en leur demandant une déclaration finale, un segment imprévu dans le plan de match. L'ancienne sénatrice de New York a notamment tendu la main aux démocrates, aux républicains et aux indépendants. L'homme d'affaires a de son côté promis de rendre sa grandeur à l'Amérique, reprenant ainsi son slogan Make America Great Again.

Ce dernier face-à-face était modéré par le chef d'antenne de Fox News Chris Wallace, réputé pour son intégrité. C'était la première fois qu'un journaliste de la chaîne conservatrice tenait ce rôle au cours d'une élection générale.

Cette fois encore, le choix des invités de Donald Trump au débat se démarquait. Après avoir invité des accusatrices de Bill Clinton au débat précédent, il a cette fois-ci convié Malik Obama, un demi-frère du président américain, et Patricia Smith, la mère d'une des victimes de l'attaque du consulat américain à Benghazi en 2012.

L'homme d'affaires, qui perd du terrain même dans de nombreux États pivots, se présentait à ce débat en ayant attaqué son propre parti, ciblant de façon particulière l'élu républicain le plus important de Washington, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan.

Il reste aux deux protagonistes trois semaines de campagne pour séduire les électeurs. Les sondages donnent une avance confortable à la démocrate, mais lui confèrent surtout une nette majorité pour ce qui est des grands électeurs.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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