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Augmentation de la note de crédit du Québec : à quel prix?

ANALYSE - Dès leur arrivée au pouvoir, les libéraux de Philippe Couillard ont dressé un bilan sombre des finances publiques du Québec. Le premier ministre a évoqué un trou, un déficit, un manque à gagner, des problèmes budgétaires de plus de 7 milliards de dollars dans les finances publiques et la crainte d'une décote du Québec par les agences de notation. Le ministre des Finances Carlos Leitao a évoqué la situation du Portugal et de la Grèce pour appuyer son urgence d'agir en matière de compressions budgétaires.

Nous avons expliqué, à plusieurs reprises, que ce discours politique avait pour objectif de mettre beaucoup de pression sur la machine dans le but d’atteindre des réductions de dépenses ou de croissance significative des dépenses. Malgré les effets sur les services publics, contre vents et marées, le gouvernement Couillard a persisté et se félicite aujourd’hui de voir l’agence de notation Standard and Poors hausser la note de crédit du Québec, la faisant passer de A+ à AA-.

L’agence souligne le contrôle strict des dépenses, la hausse des revenus de taxation, la bonne santé du Fonds des générations et la réduction de la dette par rapport au PIB. Cette politique de rigueur, ponctuée de certaines mesures d’austérité, a permis au ministre Leitao d’annoncer des surplus de plus de deux milliards de dollars au cours des deux derniers exercices et d’en prévoir autant au cours des trois prochains.

Les économistes s’entendent pour dire que le gouvernement du Québec a raison de vouloir maîtriser les finances publiques et de viser l’équilibre budgétaire. Mais, ils ne s’entendent pas sur la vitesse d’exécution.

Les restrictions étaient-elles nécessaires?

Dans un texte étoffé publié en fin de semaine dans La Presse Plus, l’économiste Jean-Pierre Aubry écrivait que « l’analyse du cadre budgétaire mise en place par le gouvernement ne peut être complétée sans évaluer la justesse de ce choix, soit un poids d’endettement plus faible et une cote de crédit plus élevée pour sa dette dans les marchés par opposition à des dépenses de missions sujettes à une gestion plus serrée et ayant un niveau plus bas. »

Il remet en question le moment et l’empressement du gouvernement pour arriver à cette hausse de notation.

« On peut se demander, écrit Jean-Pierre Aubry, si c’était le bon temps pour imposer tant de restrictions alors que les effets du vieillissement de la population ont déjà commencé à réduire la croissance économique et à hausser la demande de soins de santé. On peut aussi se demander si de maintenir un solde budgétaire nul, permettant une réduction plus lente du poids de l’endettement, mais non négligeable, aurait été suffisante pour garder la confiance des marchés financiers envers la dette du Québec tout en offrant davantage de services. »

La pression du Fonds des générations

Depuis 2006, le gouvernement du Québec s’oblige à investir dans le Fonds des générations pour dégager des gains de placements et offrir une assurance aux marchés financiers à long terme. Avec les milliards investis dans le Fonds des générations, ce n’est pas seulement le déficit zéro qui est visé, mais bel et bien des surplus budgétaires.

L’économiste Pierre Fortin nous écrit que le gouvernement Couillard a raison d’investir des surplus dans le Fonds des générations qui « fait la job » selon lui. Le Fonds impose une « routine » budgétaire, « aide à protéger le vrai surplus budgétaire de l’appétit dépensier de tout un chacun » en plus d’offrir une assurance aux agences de notation et un possible avantage financier pour le gouvernement.

Toutefois, il se demande si c’est « une bonne chose pour le bien-être collectif des Québécois que leur gouvernement provincial continue à comprimer durement les dépenses de missions afin d’accumuler des milliards en surplus budgétaires annuels. [...] C’est qu’il y a bel et bien un "trade-off" inévitable, dit-il, entre compressions des services publics et réduction de la dette. »

Selon lui, le gouvernement du Québec, avec cet engagement de dégager des surplus à chaque exercice, aura du mal à répondre aux « problèmes pressants » qui surgissent en santé, en éducation, en infrastructures dans un contexte de vieillissement de la population et de réduction de la population active.

Il est certes réjouissant de voir la note de crédit du Québec être rehaussée par une agence de notation internationale. Mais, c’est important de comprendre que les décisions budgétaires des dernières années ne sont pas sans conséquence.

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