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Avant l'assaut sur Mossoul, l'énorme défi humanitaire

La progression des forces irakiennes vers Mossoul charrie déjà ses cortèges de milliers de déplacés que les organisations humanitaires tentent d'installer temporairement dans des camps. Aux besoins matériels grandissants se greffent les impératifs sécuritaires et la crainte d'un hiver qui approche à grands pas.

Si, sur le terrain, la situation n'a pas changé significativement mercredi, dans le camp de Khazer, non loin de la ville de Barbella, c'est une autre facette du conflit irakien qui se joue, à quelques kilomètres du fief du groupe armé État islamique (EI).

Dans cet endroit où sont alignées quelque 1250 tentes, des familles irakiennes ayant fui la guerre trouvent refuge en attendant que les armes se taisent. Au fur et à mesure que des villages sont libérés, des milliers de personnes affluent dans ce camp pour retrouver leurs proches.

Notre envoyée spéciale en Irak, Marie-Eve Bédard, rapporte des scènes de retrouvailles émouvantes.

« Je viens de voir ma famille, mes oncles, mes cousins. Je me sens si bien, si bien de les avoir vus. Ça faisait plus de deux ans que je ne les avais pas vus », raconte Ahmed Abdul Salam.

Cela fait trois ans que cet habitant de Topzawa n'a pas vu les siens. Il ne leur a pas parlé depuis non plus, les communications étant strictement contrôlées par les combattants de l'EI.

« Les téléphones étaient interdits. Si vous étiez pris avec un téléphone, on vous coupait la tête. La télévision était bannie. Ils [les terroristes] nous demandaient de payer une taxe, la barbe longue était obligatoire. Nous avons vécu l'âge des ténèbres. Il n'y avait aucune vie possible. On ne pouvait même pas s'informer à la radio », témoigne Subhan Antar face à notre journaliste.

Mais avant de rejoindre leur famille, de l'autre côté de la barrière, les rescapés de Topzawa doivent se soumettre à des contrôles de sécurité rigoureux. Les militaires procèdent en effet à des interrogatoires serrés et à des vérifications d'identité pour éviter que des terroristes s'infiltrent dans le camp.

10 000 déplacés, selon l'ONU

Les Nations unies recensent déjà plus 10 000 personnes déplacées depuis le début de l'opération pour reconquérir Mossoul, le 17 octobre.

L'ONU s'attend à un mouvement des populations autrement plus important pendant et au lendemain de l'assaut, la ville de Mossoul comptant 1,5 million d'habitants.

Les organisations humanitaires craignent que des flux énormes de civils fuyant les zones de combat viennent mettre à rude épreuve leur capacité d'accueil.

Plus de 3,3 millions d'Irakiens ont déjà fui leurs foyers en raison des conflits depuis le début 2014.

Au front

Sur le terrain, aucune évolution significative n'a été rapportée mercredi. Les forces spéciales irakiennes sont désormais à environ cinq kilomètres des quartiers est de Mossoul. Sur les autres fronts, les troupes engagées se trouvent à des distances plus éloignées, notamment au sud.

Quelque 25 000 combattants participent à cette opération militaire d'envergure, dont des soldats irakiens, des combattants tribaux sunnites, des forces kurdes et des miliciens chiites.

Les combattants de l'EI à Mossoul, dont le nombre est estimé à 3000, voire 5000 hommes, se retrouvent dans une évidente infériorité numérique. Mais dans de pareilles circonstances, la force de feu n'a pas toujours le dernier mot.

Rompues aux techniques de la guérilla, les troupes de l'EI ont déjà causé des dommages importants aux forces irakiennes et aux Peshmergas, les combattants kurdes.

Ces hommes, qui n'hésitent pas à sacrifier leur vie, utilisent « une quantité extraordinaire » d'armes à tir indirect (obus, roquettes) et de voitures piégées, a indiqué le général Stephen Townsend, qui dirige la coalition internationale en Irak. Un vaste réseau de tunnels a également été découvert à l'est de Mossoul.

Dans leur retraite vers leur fief, les éléments du groupe armé État islamique emmènent avec eux des civils qu'ils utilisent comme boucliers humains. Ils laissent aussi derrière eux des pièges pour tenter de ralentir la progression des troupes gouvernementales.

Face à cette avancée, des terroristes ont aussi recours à quelques ruses de guerre pour tromper l'ennemi. Ils rasent leur barbe et changent leur habillement pour mieux se fondre dans la population.

« J'ai vu des membres de Daech [acronyme arabe de l'EI] et leur apparence a totalement changé. Ils ont coupé leur barbe et changé de tenue », a fait savoir un habitant de l'est de Mossoul.

Objectif Raqa

Avant même la reprise de Mossoul, la coalition internationale évoque déjà Raqa, le dernier bastion de l'EI en Syrie.

Le chef du Pentagone, Ashton Carter, et le secrétaire à la Défense britannique, Michael Fallon, ont annoncé mercredi qu'une opération « commencera dans les prochaines semaines ».

« C'est notre plan depuis longtemps, et nous sommes capables de soutenir » à la fois les offensives sur Mossoul et sur Raqa, a déclaré M. Carter à Bruxelles.

« Nous espérons qu'une opération similaire va commencer dans les prochaines semaines vers Raqa », a renchéri le ministre Fallon.

Avec des informations de Marie-Eve Bédard

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