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Avant Trudeau et Obama, retour sur les relations de leurs prédécesseurs

L'histoire des relations Canada-États-Unis est complexe et trouble. Deux voisins poussés par la force des choses à se parler, parfois à s'apprécier et parfois à se détester. Les relations personnelles des dirigeants en place au fil des décennies n'y sont pas étrangères.

Un texte de Manon Globensky

Depuis les années 60, 10 présidents américains ont côtoyé 12 premiers ministres canadiens. Retour sur ces rencontres peu ordinaires.

DIEFENBAKER-KENNEDY

La relation la plus étrange remonte d'ailleurs au début des années 60. John F. Kennedy avait 43 ans quand il a rencontré John Diefenbaker, alors âgé de 66 ans, lors de la célèbre visite du couple Kennedy à Ottawa en mai 1961.

Jacqueline Kennedy-Onassis a évoqué quelques années plus tard le souvenir d'un dîner ennuyant, où le premier ministre canadien ne cessait de raconter des histoires à propos de Churchill. Selon les documents de l'époque, la relation entre les deux hommes était toxique et elle s'est détériorée avec le temps.

John Diefenbaker accusait JFK de lui manquer de respect. On dit même qu'il jalousait la popularité du jeune président américain au Canada. M. Kennedy, lui, percevait son vis-à-vis canadien comme entêté et ennuyant et en était venu à le détester, après que « Dief » n'eut pas réagi comme il le voulait en ne plaçant pas immédiatement le Canada en état d'alerte durant la crise des missiles cubains.

Les deux hommes s'accusaient mutuellement d'être des « fils de p... ».

PEARSON-KENNEDY

Un biographe du successeur de John Diefenbaker, Lester B. Pearson, raconte que lors des élections de 1962 et 1963, le président Kennedy a voulu donner un coup de main aux libéraux pour défaire John Diefenbaker.

Lou Harris, sondeur personnel de JFK, est venu au Canada avec un faux passeport au nom de Lou Smith, le nom de sa mère, pour engager 500 téléphonistes pour le plus grand sondage jamais entrepris jusqu'alors et qui a permis aux libéraux de comprendre quelles étaient les priorités des électeurs, et non pas seulement leur sentiment sur les candidats.

En 1962, le président Kennedy a aussi fait un cadeau à Pearson. Il l'a invité à la Maison-Blanche pour un dîner en compagnie de 49 autres lauréats de prix Nobel. Dîner qui a eu lieu en plein milieu de la campagne électorale. Diefenbaker était réduit à un gouvernement minoritaire en 1962, puis Pearson a été élu en 1963, également avec un gouvernement minoritaire.

TRUDEAU-NIXON/FORD/CARTER/REAGAN

Pierre-Elliott Trudeau a été premier ministre sous quatre présidents américains : Richard Nixon, Gérald Ford, Jimmy Carter et Ronald Reagan.

À son arrivée au pouvoir en 1968, le nouveau premier ministre a signalé que le Canada allait se défaire de son image de boy-scout pour plutôt faire de sa politique internationale un reflet de ses politiques nationales en matière de justice sociale, d'essor économique et d'amélioration de la qualité de vie.

Dès mars 1969, le premier ministre Trudeau a été accueilli à la Maison-Blanche pour une visite de deux jours. Lors d'une conférence de presse au prestigieux National Press Club, M. Trudeau a lancé sa phrase célèbre qui comparait les États-Unis à un éléphant.

Les relations entre M. Trudeau et les Américains partaient du mauvais pied. Le grand nombre d'objecteurs de conscience à la guerre du Vietnam qui avaient cherché refuge au Canada était un irritant. Et quelques jours à peine après son séjour à Washington, M. Trudeau avait décidé de retirer de l'Europe la moitié de ses troupes de l'OTAN, ce qui n'a pas amélioré les choses.

La reconnaissance de la Chine par le Canada en 1970 a fait rugir la Maison-Blanche, mais n'a pas mené à un grand froid, puisque les Américains se préparaient eux-mêmes à rétablir les relations. Jamais M. Trudeau n'a réussi à établir de bonnes relations avec Nixon et on a découvert en 1971, dans les enregistrements des conversations du président américain au bureau ovale, qu'il qualifiait Pierre-Elliott Trudeau de « trou-de-c..... ». Ce à quoi le premier ministre a répondu : « Des gens plus intelligents m'ont insulté de bien pire façon. »

Ses relations avec le président Jimmy Carter ont été qualifiées de chaleureuses, tout en contraste avec le grand froid qui s'est établi ensuite avec l'administration Reagan.

Les deux hommes personnellement s'entendaient assez bien, selon les historiens. Mais le Canada et les États-Unis à l'époque étaient à l'opposé, notamment à propos de la politique nationale de l'énergie du premier ministre Trudeau.

En 1983, lors d'une rencontre à Londres, alors que M. Trudeau tentait de convaincre les Américains de rencontrer les Soviétiques et d'œuvrer pour le désarmement, le premier ministre et le président Reagan avaient eu une prise de bec qui avait fait dire au sous-secrétaire d'État d'alors que les efforts de M. Trudeau étaient semblables au comportement erratique d'un gauchiste qui a fumé de la marijuana.

MULRONEY/REAGAN/BUSH

Les années Mulroney ont été un des meilleurs exemples de cordialité et de la façon dont les bonnes relations personnelles se traduisent en relations cordiales entre les deux pays. Brian Mulroney et Ronald Reagan s'appelaient par leurs prénoms après seulement une rencontre, et le premier ministre canadien pêchait la truite avec George Bush père.

M. Mulroney a eu huit rencontres au sommet avec le président Reagan, dont le fameux « Shamrock Summit » à Québec, où les deux hommes ont entonné When Irish Eyes are Smiling sur scène. Il a eu neuf rencontres bilatérales avec le premier président Bush.

De 1984 à 1993, ce que Brian Mulroney a appelé l'engagement constructif, a donné le traité des pluies d'acides, le traité de libre-échange, l'ALENA, et le traité de souveraineté dans l'Arctique.

Brian Mulroney a dit qu'il n'a jamais eu peur d'utiliser l'accès privilégié du Canada à son voisin du sud pour rencontrer non seulement le président, mais le Congrès et les lobbyistes parce que, avait-il dit en entrevue à La Presse, « le pouvoir à Washington est très divisé. C'est important d'avoir tous les alliés possibles. Cela dit, quand le président parle, ça bouge. Il est le seul à pouvoir mobiliser l'administration entière ».

CHRÉTIEN-BUSH/CLINTON

Le premier ministre Jean Chrétien a connu lui aussi deux présidents américains. Bill Clinton et George W. Bush, deux hommes aux personnalités très différentes et dont les présidences ont été très différentes. Avec Bill Clinton, les rapports sont chaleureux, les deux chefs vont jouer quelques fois au golf ensemble, mais Jean Chrétien, qui voulait se démarquer de la flamboyance de son prédécesseur, a toujours eu l'air de minimiser l'importance de la diplomatie du golf.

Si ses demandes pour renégocier l'ALENA n'avaient pas été entendues, son souhait d'entendre Bill Clinton sur l'unité canadienne a été exaucé en février 1995, puis en octobre 1999 à Mont-Tremblant, où le président américain avait livré un vibrant plaidoyer en faveur du fédéralisme et exprimé la préférence des États-Unis pour un Canada fort et uni.

M. Chrétien a eu de moins bonnes relations avec son successeur George W. Bush. Si le Canada a, dans un premier temps, dit oui aux demandes américaines et participé à la guerre en Afghanistan après les attaques du 11 septembre, le premier ministre Chrétien a dit non à une participation canadienne à la deuxième guerre du Golfe contre le régime de Saddam Hussein en Irak.

En mai 2003, le président Bush a prétexté un emploi du temps trop chargé en raison de la guerre en Irak pour annuler un voyage à Ottawa, mais la rumeur voulait que l'administration Bush ait été vexée du refus canadien et de quelques commentaires désobligeants lancés par des membres du gouvernement.

HARPER-BUSH/OBAMA

Le premier ministre Stephen Harper avait beaucoup d'affinités avec le président Bush fils, les deux hommes venant de l'Ouest et aimant la simplicité. Mais M. Harper, en situation minoritaire pendant les dernières années du deuxième mandat Bush, n'a rencontré George W. Bush qu'une fois en rencontre bilatérale à la Maison-Blanche, à l'occasion du 60e anniversaire de ce dernier.

Ses relations avec le président Barack Obama, elles, ont été en dents de scie. Elles ont bien débuté, puisque Barack Obama a choisi le Canada pour faire son premier voyage officiel à l'étranger, renouant avec une tradition de plusieurs de ses prédécesseurs. Après cette première rencontre officielle, les deux hommes ont eu trois rencontres bilatérales et de nombreuses occasions de se parler lors de sommets internationaux. Dans la dernière de ces rencontres bilatérales en décembre 2011, Barack Obama est resté ferme dans sa décision de prolonger de plus d'un an l'examen du tracé de l'oléoduc Keystone XL.

En marge d'une réunion de l'ONU à New York, quelques mois plus tôt, Stephen Harper avait pourtant dit que l'approbation de Keystone était une évidence. Et donc à partir du deuxième mandat Obama, le gouvernement Harper a semblé voir l'ensemble de ses relations avec les États-Unis à travers le prisme de l'inaction américaine dans le dossier Keystone. Encore à New York, en 2013, Stephen Harper a mis au défi la Maison-Blanche en disant qu'un non n'est pas une réponse acceptable.

En avril 2014, le nouvel ambassadeur américain à Ottawa, Bruce Heyman, entre en fonction au moment où Washington retarde encore une fois sa décision sur Keystone. M. Heyman est un ami personnel de Barack Obama, un de ceux qui ont travaillé à ses campagnes de financement. Le gouvernement Harper a mis à peine une semaine à mettre l'ambassadeur Heyman au ban des échanges bilatéraux.

Les ministres ont refusé de le rencontrer, et les hauts fonctionnaires ont offert le service minimum. Ce sont les attaques en octobre 2014 à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa qui vont ramener l'ambassadeur Heyman - et les États-Unis - dans les bonnes grâces, alors que Stephen Harper engage le Canada dans la lutte contre le groupe armé État islamique.

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