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Avortements sélectifs : entre éducation et législation

Le ministre de la Santé de l'Ontario, Eric Hoskins, dit qu'il a approché le Collège des médecins et des chirurgiens pour éventuellement resserrer les directives concernant les avortements sélectifs dans la province. 

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Les inquiétudes du ministre surviennent à la lumière d'une nouvelle étude qui montre que les immigrantes originaires d'Inde privilégient l'avortement lorsqu'elles apprennent qu'elles sont enceintes d'une fille.

Selon l'étude, les Canadiennes d'origine indienne qui ont déjà au moins deux enfants donnent naissance à plus de garçons, ce qui suggère qu'elles choisissent un avortement lorsqu'elles apprennent qu'elles attendent une fille aux alentours de la quatorzième semaine de grossesse.

Le ratio à la naissance dans ce groupe est de 138 garçons pour 100 filles. Il est de 105 garçons pour 100 filles dans les autres groupes de femmes. Le rapport ne s'est toutefois pas attardé à expliquer le phénomène.

Le Dr Marcelo Urquia de l'Hôpital St. Michael's de Toronto est l'un des auteurs de l'étude qui a été publiée dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

Le Dr Urquia ne pense pas que l'imposition du silence sur le sexe de l'enfant durant les 24 premières semaines de grossesse ait un effet dissuasif, parce que les femmes choisiront d'autres juridictions comme les USA pour y subir un avortement au-delà de la limite permise au pays.

Au Canada, il est illégal d'utiliser des technologies comme l'échographie pour sélectionner le sexe d'un fœtus.

Réactions négatives

Le ministre de la Santé, Eric Hoskins, se dit perturbé par les résultats de l'étude, d'autant qu'en Ontario, le ratio chez les mères indiennes est encore plus élevé, soit 196 pour 100 filles. M. Hoskins condamne les avortements sélectifs, mais il reconnaît que le sujet est délicat, parce qu'il ne veut pas limiter l'accès de toutes femmes à l'avortement.

Le ministre dit qu'il est en contact à ce sujet avec le Collège des médecins et des chirurgiens de l'Ontario, mais l'ordre professionnel s'est refusé à tout commentaire. Le Collège a renvoyé la balle à la Société canadienne des obstétriciens et des gynécologues du Canada, qui ne nous a pas rappelés.

Non à une législation

Au Centre communautaire pour femmes d'Asie du sud de Toronto, il est surtout question de prévention auprès des immigrantes indiennes qui viennent y rencontrer des travailleuses sociales pour leurs problèmes conjugaux et familiaux.

La directrice générale du Centre, Kripa Sekhar, pense que les femmes sont parfois obligées de subir un avortement contre leur gré après y avoir été contraintes par leur mari, leurs beaux-parents ou leur famille.

« C'est un problème de générations difficile à éradiquer », ajoute-t-elle.

Les préjugés sont souvent bien enracinés selon elle, parce que la vie d'un garçon a plus de valeur, puisque c'est le fils qui devra un jour subvenir aux besoins de ses parents et non sa sœur. « Ironiquement, c'est l'homme qui définit le sexe de l'enfant, rappelle Mme Sekhar, mais certaines femmes en rejettent la faute sur elles-mêmes si elles ne peuvent donner un fils à leur mari. »

Rien ne sert toutefois de légiférer à ce sujet selon elle, parce qu'une loi coercitive ne ferait qu'aggraver la situation, cette fois dans la clandestinité. Kripa Sekhar rappelle que l'Inde a tenté de légiférer sur les avortements sélectifs, mais sans grand succès.

Des initiatives encourageantes voient toutefois le jour, comme à Brampton qui compte l'une des plus importantes communautés indiennes en Ontario. Le Centre de santé communautaire punjabi tente de changer les mentalités et de faire accepter l'idée de célébrer la fête de Lohri à la naissance d'une fille. Pour l'heure, cette fête est strictement réservée aux garçons.

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