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Baisse majeure des adoptions internationales au pays

L'imposition de normes plus sévères a entraîné une diminution marquée du nombre d'adoptions à l'international par des parents canadiens, révèlent des données de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC).

Selon le ministère fédéral, ce recul est également attribuable à des coûts particulièrement élevés et à la multiplication des voies d'accès à la parentalité.

L'an dernier, on ne recensait que 793 adoptions à l'international, indiquent les informations ministérielles. Il s'agit du total le moins important depuis des décennies.

À titre de comparaison, le nombre d'adoptions en 2016 est moitié moins important que celles enregistrées en 2012, où 1379 enfants étrangers avaient trouvé une nouvelle famille.

Au dire de Deborah Brennan, présidente du Conseil d'adoption du Canada, plusieurs facteurs expliquent cette tendance baissière.

S'aider soi-même

Une adoption internationale peut entraîner des frais allant jusqu'à 50 000 $. Quant aux démarches administratives, elles peuvent s'étirer sur des périodes allant de 18 mois à plusieurs années.

Par ailleurs, un nombre grandissant de pays a imposé des normes plus strictes pour les adoptions internationales, quand ils n'interdisent pas carrément la pratique.

D'autres États ont mis sur pied des systèmes plus robustes pour favoriser l'adoption à l'intérieur de leurs propres frontières.

« Je crois qu'ils portent davantage attention au fait de s'assurer qu'ils créent des infrastructures, au sein de leur territoire, pour prendre soin de leurs enfants eux-mêmes », mentionne Mme Brennan.

Cette dernière estime que cette tendance est positive pour les enfants adoptés, puisque le fait de demeurer dans leur pays d'origine permet de conserver les liens familiaux, culturels et ethniques.

« Selon moi, plusieurs parents adoptant à l'international échouent parfois à maintenir ces liens et ces racines », estime-t-elle.

Davantage d'adoptions domestiques ?

Au moment où les Canadiens se tournent de plus en plus vers d'autres méthodes pour fonder une famille, y compris en faisant appel à des services de fécondation in vitro ou à des mères porteuses, Mme Brennan espère qu'une diminution des adoptions à l'étranger entraînera une hausse des adoptions d'enfants d'ici.

En ce moment, quelques 30 000 enfants canadiens attendent de trouver de nouveaux parents.

Plusieurs d'entre eux sont âgés de plus de six ans, vivent avec leurs frères et sœur ou souffrent de handicaps.

Aux yeux de Deborah Brennan, certains des principaux problèmes, lorsque vient le temps de trouver les bons parents pour un enfant, et vice-versa, sont le manque de travailleurs sociaux et d'importantes lacunes dans le système d'adoption interprovincial.

En 1993, la Convention sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale a imposé des garde-fous stricts pour s'assurer que toutes les adoptions s'effectuaient dans le meilleur intérêt de l'enfant.

L'accord prévoyait également de nouvelles mesures pour s'attaquer aux enlèvements, ainsi qu'à la vente et au trafic d'enfants.

Des autorités provinciales et territoriales ont d'ailleurs suspendu les adoptions provenant de certains pays, y compris :

  • Le Cambodge
  • La Géorgie
  • Le Guatemala
  • Le Liberia
  • Le Népal

Dans la foulée de la Convention de 1993, les données indiquent que le nombre d'adoptions à l'international est demeuré élevé au Canada, avec quelques fluctuations mineures entre 1999 et 2009.

Diminution chinoise

Dans l'Empire du Milieu, le nombre d'enfants donnés en adoption a fortement diminué au cours de la dernière décennie, passant de 660 enfants, en 2007, à seulement 94 l'an dernier.

Pendant cette période, la Chine, qui était autrefois le principal pays d'origine des adoptions internationales, a assoupli sa politique de l'enfant unique, permettant aux familles de ne pas donner leurs enfants subséquents en adoption.

Chez Citoyenneté et Immigration Canada, le porte-parole Rémi Larivière n'est pas en mesure d'expliquer comment ce changement a pu affecter le programme d'adoptions pour les parents canadiens.

Il indique toutefois que le développement, en Chine, d'un système d'adoption domestique « robuste » a mené certaines provinces chinoises à fermer leurs frontières à l'adoption internationale.

« Cela a allongé les délais pour adopter un enfant, ce qui pourrait décourager certains parents canadiens potentiels », mentionne M. Larivière.

La Chine a également imposé des règles strictes concernant l'éligibilité à adopter un enfant d'origine chinoise, qu'il s'agisse l'âge des parents ou de leur revenu, par exemple.

Quant aux parents souffrant de difformités faciales ou d'obésité, l'adoption leur est carrément interdite en Chine.

Blocage russe

La Russie, autrefois elle aussi un pays de choix pour les Canadiens désirant adopter, a mis en place des restrictions en 2013, y compris une interdiction imposée aux pays ayant légalisé le mariage entre conjoints de même sexe.

De son côté, le gouvernement canadien maintient une liste de 24 pays n'autorisant pas l'adoption internationale, dont l'Argentine, la République démocratique du Congo, l'Éthiopie, l'Irak, le Pakistan, ou encore l'Arabie saoudite.

Enfants sans parents, sans domicile

À Victoria, en Colombie-Britannique, Robin Pike, directrice de l'organisme Choices Adoption and Counselling, affirme que si l'idée de garder les enfants dans leur pays d'origine est noble, impossible de savoir, pour l'instant, si la mesure a l'effet visé.

« Nous savons qu'il y a des centaines de milliers d'enfants qui sont sans familles, qui sont orphelins ou qui ont été séparés de leur famille pour une raison ou pour une autre », dit-elle.

« Je pense que c'est un bon principe, mais je crois aussi que les enfants qui auraient pu être adoptés très rapidement, avant la convention de 1993, attendent aujourd'hui beaucoup plus longtemps sans solution permanente, sans famille permanente. »

La tendance en matière d'adoptions internationales est également à la baisse aux États-Unis, alors que l'on en recensait 5370 en 2016, comparativement à 19 601 en 2007.

Pour Mme Pike, la politique a souvent son mot à dire, lorsque des pays décident de stopper les adoptions internationales, même si cela n'est pas nécessairement dans le meilleur intérêt de l'enfant.

« Plusieurs pays désirent être considérés comme des nations industrialisées, alors si d'autres pays adoptent vos enfants et leur trouvent un foyer – ce que vous devriez faire vous-même –, alors l'attitude a changé dans plusieurs pays et ceux-ci ont commencé à dire "nous allons nous occuper de nos propres problèmes de services à l'enfance" », dit-elle.

« La grande question reste de savoir si la situation a changé pour les enfants. Sur le plan politique, toutefois, il ne fait aucun doute qu'il s'agissait d'une décision très favorable à prendre dans bien des pays. »

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