Retour

Barrette va en appel d'offres pour obtenir des médicaments génériques à meilleur prix

Afin de réduire le coût des médicaments génériques, qui est de 800 millions de dollars par année pour le Québec, le ministre de la Santé procédera dès le 1er juillet à des appels d'offres. L'Association canadienne du médicament générique (ACMG), qui représente l'industrie, y voit une procédure « risquée » et évoque de possibles pénuries de médicaments ainsi que des pertes d'emplois et d'investissements.

En impromptu de presse mercredi, Gaétan Barrette a reconnu que sa confiance envers les différents acteurs de l'industrie pharmaceutique était « ébranlée ».

« C'est un monde particulier », a-t-il dit. « La meilleure démonstration de ça, c’est qu’on a besoin de lois pour avoir un levier pour avoir le meilleur prix possible », a-t-il poursuivi.

En juin 2016, l'Assemblée nationale du Québec s'est dotée d'une Loi visant à réduire le coût de certains médicaments couverts par le régime général d'assurance médicaments. En vertu de cette loi, le gouvernement peut procéder par appels d'offres.

Grâce à cette procédure, le ministère pourra retenir l'offre du plus bas soumissionnaire pour les médicaments génériques d'ordonnance. « J'ai bien hâte de voir comment l'industrie [pharmaceutique] va réagir », a affirmé Gaétan Barrette.

Quelques heures plus tard, l'ACMG a répliqué par voie de communiqué que le Québec s'engageait dans « un processus risqué [...] pour lequel les économies réelles sont inconnues, et qui perturberait l'approvisionnement actuel et futur en médicaments génériques moins chers [...] ».

En plus de laisser planer le risque de pénuries, l'ACMG affirme que la procédure d'appel d'offres pourrait « fragiliser les emplois et les investissements importants de cette industrie au Québec ».

Enfin, l'association affirme avoir fait, au début du mois, une « proposition » au ministre Barrette « qui aurait permis au Québec d'enregistrer sur une période de cinq ans des économies totalisant 1,5 milliard de dollars ». L'ACMG appelle Québec à « négocier un accord durable ».

S'il confirme que les négociations avec les fabricants n'ont pas abouti, le ministre de la Santé affirme cependant que ce sont les représentants de l'industrie qui se sont retirés de la négociation. Le président de l'ACMG, Jim Keon, soutient toutefois que son association n'a jamais quitté la table des négociations et qu'il espère toujours que le ministre change d'avis.

Québec invite le Bureau de la concurrence du Canada à être « à l'affût »

Dans une lettre que le sous-ministre à la Santé, Michel Fontaine, a fait parvenir au commissaire du Bureau de la concurrence du Canada cette semaine, le recours aux appels d'offres est qualifié d'« initiative d'envergure » par Québec.

C'est à un point où le ministère de la Santé du Québec invite le commissaire John Pecman à demeurer « à l'affût » des développements que cette initiative pourrait entraîner dans le marché.

En décembre dernier, rappelle le sous-ministre Fontaine, l'Assemblée nationale a adopté « la Loi visant à accroître les pouvoirs de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), à encadrer les pratiques commerciales en matière de médicaments et à protéger l'accès aux services d'interruption volontaire de grossesse » - le tout pour assainir les pratiques commerciales dans le domaine du médicament et pour favoriser la concurrence.

Mises en garde de l'Ordre des pharmaciens du Québec

Du côté de l'Ordre des pharmaciens du Québec, on appelle le ministre Barrette à utiliser la procédure d'appel d'offres « de manière prudente et ordonnée ». Sinon, il pourrait s'ensuivre des conséquences fâcheuses pour les patients, prévient le président de l'Ordre, Bertrand Bolduc.

Ainsi, en imposant un médicament plutôt qu'un autre en raison de l'appel d'offres, le gouvernement pourrait perturber des patients dont la médication a été difficile à trouver et à doser. Des épileptiques, par exemple : « Quand on a une formule gagnante, on ne veut pas la changer, car c'est difficile à contrôler », explique Bertrand Bolduc.

« En santé mentale, juste changer la couleur d'un médicament peut avoir des conséquences pour le patient », explique M. Bolduc.

L'Ordre des pharmaciens recommande au gouvernement de porter son choix sur deux ou trois fournisseurs plutôt qu'un seul, afin d'éviter les ruptures de stock. « Et il faut s'assurer que ces fournisseurs ne s'approvisionnent pas tous aux mêmes endroits pour leurs matières premières », met en garde Bertrand Bolduc.

Une période de transition sera nécessaire, tant pour les patients appelés à changer de médicaments que pour les pharmaciens qui vont devoir écouler leurs stocks sur une certaine période, envisage le président de l'Ordre des pharmaciens. Ce suivi auprès de la population et les délais qui en découleront vont « gruger une partie des économies engendrées par l'appel d'offres, mais bon... », dit M. Bolduc.

Bertrand Bolduc soutient que l'Ordre des pharmaciens du Québec est d'accord pour faire baisser le prix des médicaments et pour en assurer l'accès. Le recours à l'appel d'offres va « déranger le marché pendant un certain temps », conclut-il.

Les médicaments au Québec et au Canada coûtent très cher

Selon des données issues d'enquêtes de la RAMQ réalisées en 2015, les Québécois paient beaucoup trop cher leurs médicaments génériques.

Cette situation se vit dans le reste du pays. En effet, une étude de l'Université de la Colombie-Britannique, faite à partir de données provenant de 10 pays dotés de régimes publics de santé, a révélé qu'en 2015, c'était en Suisse et au Canada que les médicaments génériques coûtaient le plus cher dans les cas de maladies courantes (comme le diabète ou l'hypertension).

Marc-André Gagnon, professeur agrégé à l’école d’administration et de politiques publiques de l’Université Carleton, qualifie l'appel d'offres d'une « espèce de gros bâton qu'on va utiliser pour faire le ménage ». Il croit que l'approche préconisée par le ministre Barrette pourrait avoir plus de succès que celle adoptée par d'autres provinces, où de semblables expériences ont été « un échec complet ».

Plus d'articles

Commentaires