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BD Juste pour rire : une jeune maison d’édition poussée vers la faillite

La maison d'édition de Québec Berber 13-13 n'aura finalement pas survécu au scandale Juste pour rire. La jeune entreprise qui avait lancé, en juillet dernier, la bande dessinée Victor sur les 35 ans du Festival juste pour rire a engrangé des pertes qui ont eu raison de sa survie.

Un texte d'Anne-Josée Cameron

Boudée par les libraires et le public à la suite du scandale Rozon, la bande dessinée s’est avérée un gouffre financier pour les éditeurs. Le manque d'argent et les nombreux soucis ont forcé Berber 13-13 à déclarer faillite le 7 mai dernier.

« Tenir une maison d'édition à bout de bras pendant 5 ans tient de la logique du guerrier », laisse tomber Jean-Philippe Bergeron, l'un des cofondateurs de Berber 13-13.

Le projet du groupe Rozon devait pourtant représenter une occasion en or pour la petite entreprise du quartier Saint-Sauveur.

En mai 2015, la maison d’édition est approchée pour donner un nom et un univers magique à la mascotte de Juste pour rire pour ses 35 ans.

« On ne pouvait pas dire non, soutient Jean-Philippe Bergeron. À l'époque, c'était la bonne décision. On aurait été niaiseux de ne pas le faire. Il y avait des gens qui nous avait dit: « Faites attention, c'est une grosse entreprise. Mais comme il nous avait donné carte blanche... »

La bande dessinée Victor est sortie en juillet 2017, quelques mois avant les accusations visant Gilbert Rozon. Berber 13-13 se retrouve, en octobre 2018, avec 2000 copies invendues de la bande dessinée. L’entreprise avait assumé tous les frais d'édition.

« Dans les négociations, le fait que c'est une grosse machine, ils te le font savoir assez vite. Là, on a eu un choc de valeurs. Mettons que la carte blanche était bien différente de ce qu'on imaginait ».

Le 7 mai dernier, Berber 13-13 a officiellement fait faillite avec une dette d'un peu plus de 50 000 $. Ce contrat avec Juste pour rire a révélé la réalité parfois cruelle du monde des affaires.

« On a fini par régler en janvier 2018, mais pour une somme dérisoire. On avait tellement peur de ne rien avoir que finalement on a demandé une somme ridicule, réfléchit à voix haute l'éditeur de Québec. On avait perdu de l'argent, trop pour une petite entreprise comme la nôtre », résume-t-il.

Bande dessinée de genre

Pourtant, tout avait bien commencé pour édition Berber 13-13.

Il y a cinq ans, trois passionnés de bande dessinée fantastique lançaient leur premier album, Bulle, et faisaient leurs premiers pas dans le monde de l'édition.

Publiée à compte d'auteur, cette bande dessinée allait devenir la pierre d'assise sur laquelle s'édifierait la maison d'édition BerBer 13-13, nommée ainsi en l'honneur des deux fondateurs, Damien Berger et Jean-Philippe Bergeron.

Déterminée et enthousiaste, la petite équipe de Berber 13-13 se lance dans le monde de l'édition et du même coup de l'entrepreneuriat.

« Nous, on est des scénaristes. À l'origine, on avait présenté Bulle à des maisons de production et non à des maisons d'édition, se souvient Jean-Philippe Bergeron. Ensuite, on a rencontré Marie Lamonde-Simard et c'est devenu une BD, puis une petite maison d'édition. On voulait tout simplement permettre aux artistes de créer », explique-t-il.

Peu à peu, Berber 13-13 se taille une place dans le milieu de la bande dessinée de genre. Les projets s'enchaînent à force de débrouillardise et de passion. La jeune maison d'édition acquiert même les droits de la série Grande Ourse.

Un chapitre se tourne aujourd’hui pour Berber 13-13. Mais les cofondateurs sont loin de ne retenir que du négatif de l’expérience.

« Après avoir vécu beaucoup de tristesse, on a réalisé qu'on avait appris énormément, ajoute-t-il avec conviction. Tous nos artistes ont retrouvé leurs droits et, nous, on conserve les droits sur Bulle, le projet qui a été à l'origine de tout. On espère bien un jour publier le dernier tome de la saga ».

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