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Bertrand Charest coupable de 37 des 57 chefs d'accusation qui pesaient contre lui

Le juge Sylvain Lépine, de la Cour du Québec, reconnaît l'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest coupable de 37 des 57 chefs d'accusation portés contre lui pour agression et inconduite sexuelle envers une douzaine de jeunes skieuses dans les années 1990.

En résumé, le juge a retenu les témoignages de 9 des 12 plaignantes.

Bertrand Charest est ainsi reconnu coupable de 37 chefs d'accusation et est acquitté de 18 autres chefs.

Deux accusations n'ont pas été retenues, car les faits rapportés par des plaignantes se sont déroulés en Nouvelle-Zélande, hors de la juridiction du tribunal.

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Un prédateur en situation d'autorité, estime le juge

Dans sa décision, le magistrat a d'entrée de jeu souligné l'aplomb et l'assurance avec lesquels les plaignantes ont témoigné.

Selon le juge, elles ne pouvaient consentir à aucune des relations qu'elles ont eues avec l'accusé étant donné leur âge et la position d'autorité dans laquelle Bertrand Charest se trouvait. Elles étaient vulnérables et en état d'infériorité face à leur entraîneur.

Le juge Lépine décrit Bertrand Charest comme un prédateur qui a tissé sa toile soigneusement autour de ses victimes de façon à exploiter leur désir de performer. Sa recherche de plaisir sexuel était sans limites, a-t-il dit.

Les contre-interrogatoires de la défense qui visaient à démontrer que Bertrand Charest n'était pas en situation d'autorité et que les relations étaient consentantes n'ont pas servi l'accusé, bien au contraire. Ils ont en fait amplifié la preuve, estime le juge.

Bertrand Charest pourrait se voir infliger à terme une peine maximale de 14 ans de prison pour les crimes qu'il a commis.

L'accusé est quant à lui resté debout pendant toute la lecture du jugement. Calme, il n'a manifesté aucune émotion particulière alors que plusieurs victimes et leurs proches s'étaient déplacés pour assister à la lecture du jugement.

La Couronne satisfaite, pas de surprise pour la défense

À la sortie de la salle d'audience, les procureures de la Couronne étaient satisfaits du jugement.

Me Caroline Lafleur, l'une des deux procureures au dossier, a souligné le fait que les victimes ont bénéficié « d'une grande crédibilité » auprès du juge Lépine.

Du côté de la défense, l'avocat de Bertrand Charest, Me Antonio Cabral, a déclaré que bien que son client soit déçu de l'issue du procès, la décision du juge ne constitue pas une surprise en raison du nombre de victimes qui ont témoigné et de l'aspect convaincant de leur témoignage.

Des récits troublants rapportés par les victimes

Bertrand Charest, 52 ans, avait été arrêté il y a deux ans et demi à la suite de plaintes déposées par d’anciennes skieuses de haut niveau âgées de 12 à 19 ans à l'époque des faits.

Ce procès, qui a duré trois mois au palais de Justice de Saint-Jérôme, a fait grand bruit dans les milieux sportifs et judiciaires en raison, notamment, des faits troublants révélés par les plaignantes lors de leurs témoignages.

Selon les skieuses Bertrand Charest multipliait les allusions, les commentaires et les comportements de nature sexuelle envers ses skieuses de façon à instaurer un climat qui rendait en quelque sorte « normal » ce type de comportement au sein de l’équipe.

Certaines ont rapporté qu'il les touchait régulièrement aux seins et au fesses et qu'il s'amusait même à leur mordre le postérieur.

D’après les témoignages, l'entraîneur multipliait les occasions de se retrouver seul avec elles dans le but de leur proposer d’avoir des relations sexuelles avec lui.

Une des skieuses a dû subir un avortement à l’âge de 15 ans à la suite de plusieurs relations sexuelles non protégées avec Charest. L'accusation d'agression sexuelle avec lésion se rapportait par ailleurs à cet épisode.

C'est lui qui l'aurait accompagnée à une clinique d'avortement à Montréal et l'aurait, par la suite, reconduite chez elle. L'ex-entraîneur se serait alors adressé à son propre père, qui était médecin, pour qu'il prescrive la pilule anticonceptionnelle à l'adolescente.

Tous les faits rapportés par les témoins se sont déroulés entre 1992 et 1998 au Canada ainsi qu'à l'étranger.

Des relations amoureuses et consentantes, selon la défense

Du côté de la défense, les avocats de Bertrand Charest insistaient sur l’aspect consensuel de plusieurs des relations qu’entretenait Bertrand Charest avec ses skieuses.

Bien qu’il n’ait jamais témoigné lors du procès, Bertrand Charest a avoué aux policiers, lors de son interrogatoire, qu’il avait été amoureux de deux de ses skieuses qui étaient mineures à l’époque.

Selon lui, il s’agissait de sentiments réciproques et de relations consensuelles. Il a soutenu que jamais aucune de ces filles n’avait été forcée, et que c’était vraiment de l’amour.

La défense a d’ailleurs produit pendant le procès des lettres d’amour que lui avaient écrites des skieuses lors de diverses occasions. Des lettres qualifiées « d'accablantes » par le juge Sylvain.

La réputation de Canada Alpin ternie

Quelle que soit son issue, ce procès aura ébranlé l’organisation Canada Alpin, qui chapeaute le ski de niveau compétitif au pays. Selon les témoignages des victimes, lorsque certaines se sont plaintes des comportements de Bertrand Charest, l'organisation se serait montrée au début embarrassée et plutôt tiède à l'idée d'ébruiter l'affaire.

Une des victimes alléguées a raconté qu'elle n'avait reçu aucun soutien de la part de Canada Alpin en 1998. Sa mère et elle se seraient fait dire de penser aux commanditaires, avant de porter plainte. La femme avait aussi été déçue que Canada Alpin laisse Bertrand Charest démissionner plutôt que de le mettre à la porte.

Dans un communiqué, Canada Alpin réagit au jugement en déclarant « qu’il n’y a aucune place au sein du sport ou de la société en générale pour des individus, en position d’autorité, qui abusent de leurs pouvoirs de quelque façon que ce soit pour mener à un abus, du harcèlement ou de la discrimination envers autrui ».

L’Association poursuit en déclarant qu’elle continuera à œuvrer avec les associations provinciales de ski, les fédérations nationales sportives et le Comité olympique canadien pour aider à prévenir « toute forme d’abus ou de discrimination », et ce dans tous les sports.

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