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Bertrand Charest s’excuse, mais n’admet rien

La Défense suggère entre quatre et six ans de détention pour l'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest reconnu coupable de crimes sexuels sur neuf jeunes skieuses. L'homme de 52 ans a profité de son passage en cour pour présenter certaines excuses aux victimes sans toutefois reconnaître les faits.

Un texte de Geneviève Garon

« Malgré toutes mes tentatives pour faire le bien autour de moi pendant toutes ces années, je suis vraiment désolé de n'avoir pu soulager vos souffrances. Je n'ai jamais eu l'intention et la volonté consciente de vous blesser. »

Debout dans le box des accusés, une feuille froissée entre les mains, Bertrand Charest pleure en lisant sa lettre, tourné vers trois de ses victimes assises au fond de la salle d'audience. Il formule des regrets, mais ne reconnaît pas les agressions à proprement dit.

« Je suis profondément désolé pour les torts qui auraient pu vous être occasionnés de quelque nature que ce soit. Je réalise qu'à 25 ans, je n'avais pas la maturité et tous les outils pour bien vous guider en passant 10 mois par année avec vous loin de la maison. »

L'homme de 52 ans réitère avoir été amoureux de deux de ses anciennes athlètes et se dit attristé qu'elles soient blessées.

En juin dernier, Bertrand Charest a été reconnu coupable de 37 chefs d'accusation pour des crimes sexuels commis sur neuf adolescentes entre 1991 et 1998, alors qu'il était entraîneur de l'équipe canadienne junior de ski alpin.

« Un atout pour la société »

L'avocat de Bertrand Charest a suggéré au tribunal de lui imposer entre quatre et six ans de détention, ce qui est beaucoup moins que les 12 ans réclamés par le ministère public. Avant d'être arrêté en 2015, l'ingénieur de formation avait trois entreprises, était prospère, en couple, avec deux enfants. « Il est un atout pour la société », a affirmé Me Antonio Cabral.

Bertrand Charest n'a pas récidivé depuis les années 1990 et présente une « amorce de réhabilitation », dit son avocat.

Il se base sur les rapports psychosexologiques et présentenciels produits dans les derniers mois pour affirmer que Bertrand Charest a bien collaboré et est ouvert à suivre une thérapie.

Le juge Sylvain Lépine a semblé dubitatif par rapport aux efforts de réhabilitation de l'agresseur. « S'il ne reconnaît pas ses crimes, comment pouvez-vous dire qu'il y a une amorce? », a-t-il demandé à Me Cabral.

L'avocat a rappelé que son client « part de loin » puisqu'au début du procès il n'avouait aucun tort et qu'il porte sa condamnation en appel, ce qui limite sa possibilité de reconnaître des faits.

Contexte amoureux

Il y a une distinction à faire entre un agresseur sexuel armé qui viole une victime dans un parc et un entraîneur qui « s'attache aux filles » et a des rapports sexuels avec elles, a expliqué Me Cabral.

Il a souligné le « contexte particulier » des agressions : Bertrand Charest était seul pendant de longs mois à l'extérieur du pays avec ses athlètes et il y a eu échange de lettres d'amour avec plusieurs d'entre elles. Il n'aurait jamais été violent, mais plutôt manipulateur pour obtenir du sexe.

« Ça ne vient pas excuser les gestes, c'est inacceptable », a affirmé Me Cabral qui considère tout de même que la « culpabilité morale » de son client est diminuée.

Encore une fois, le juge Lépine s'est interrogé : « C'est quoi le message que le tribunal va envoyer à tout le Canada, aux jeunes qui veulent faire du sport » si l'accusé reçoit une peine moindre en raison du « contexte amoureux »?

La poursuite demande 12 ans

La semaine dernière, la poursuite a réclamé une peine de 12 ans de détention contre l'ex-entraîneur de ski. La procureure Caroline Lafleur a insisté sur le nombre élevé de victimes, son manque d'empathie envers elles et le fait qu'il était en position d'autorité au moment des agressions.

En comptant à « temps et demi » la durée de sa détention préventive, Bertrand Charest a passé l'équivalent de quatre ans et deux mois derrière les barreaux.

Le juge prononcera la peine le 8 décembre.

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