CRITIQUE – « Au mois de mai [en avril, en fait], on a joué à la Casa Del Popolo. On est presque 10 fois plus ce soir... Ça fait six mois que le disque est sorti. Six mois... C'est incroyable! »

Beyries a livré ses états d’âme à la moitié de sa prestation, vendredi soir, au Club Soda. Un peu comme si elle devait se convaincre qu’elle ne rêvait pas tout éveillée. Comme si elle avait besoin d’une autre preuve que son disque Landing figure indiscutablement parmi les coups de cœur de l’année 2017.

Pas de doute là-dessus. Les chansons d’Amélie Beyries ont cette faculté de nous toucher de plusieurs façons. Si ses commentaires relevaient de l’évidence pour la plupart des 900 personnes massées dans le Club Soda pour le festival Pop Montréal, ils ont eu aussi un petit effet salutaire.

D’entrée de jeu, Beyries et ses musiciens accomplis (Alex McMahon, Joseph Marchand, Guillaume Chartrain) ont interprété les titres de Landing à la perfection. En fait, c’était presque trop parfait.

Wondering, en ouverture, a été une bonne mise en bouche qui a permis de constater que la voix de la chanteuse, installée au piano, était fort juste. Alone, cette fois avec Beyries à la guitare, a fait entendre des inflexions de voix qui faisaient penser à une Alanis Morissette pas hargneuse du tout, et Right, avec un son riche, a enveloppé la foule de bien-être.

The Pursuit of Happiness, avec ses bases charpentées sur les percussions, a haussé l’intensité d’un cran avant que Same Light nous jette par terre. Planante et envoûtante, elle a amené un degré d’émotion que l’on ne ressentait pas ou peu depuis le début.

Faire tomber une barrière invisible

Amélie Beyries peut générer de l’émotion. On ne crée pas des tas de chansons poignantes après avoir survécu à deux cancers au tournant de la trentaine sans cet élément essentiel. Mais après avoir noté qu’ « à côté de Leonard Cohen, je ne fais pas le poids », en répondant à un spectateur qui a fait une allusion à sa nomination à l’ADISQ, c’était comme si le spectacle venait de s’ouvrir sur un nouvel horizon.

Concentrée, appliquée et peu bavarde jusque-là, Beyries a soudainement fait tomber une barrière invisible et s’est investie comme jamais. De retour au piano, sa version de Soldier, chanson qui l’a fait connaître, n’était rien de moins qu’intense, avec un crescendo musical épatant de sa bande de musiciens.

« Un peu de country n’a jamais fait de mal à personne! » a lancé l’artiste, incitant les spectateurs à chanter les « Oh darling! » avec elle. S’il y en a une qui a chanté, c’est bien Marie-Pierre Arthur qui est arrivée durant la chanson pour accompagner son amie.

Avec Arthur, le guitariste Joseph Marchand et l’excellente choriste Judith Little-Daudelin, Beyries s’est installée au-devant de la scène afin de partager Landslide (Fleetwood Mac).

Si l’interprétation était splendide, l’introduction avec l’histoire de la rencontre entre Beyries et Arthur était digne d’un spectacle des Wainwright ou des McGarrigle. Soudainement, le Club Soda avait des allures de feu de camp sur la plage. Image renforcée par les palmiers installés au fond de la scène.

Beyries, vous l’avez compris, est une Québécoise francophone qui chante en anglais. Mais elle chante aussi en français. Le doublé coup de poing et coup de cœur formé par J’aurai cent ans (Louis-Jean Cormier) et Je pars à l’autre bout du monde (Paul Daraîche) a fait la démonstration que la chanteuse peut tout s’approprier avec sa voix porteuse qui transperce l’âme.

Il suffit peut-être de se mettre à composer en français. En fait, c’est déjà commencé avec Maman, que l’on a entendue au rappel, avant une reprise un peu bancale de Morning Has Broken (Cat Stevens/Yusuf Islam).

Le duo offert par Beyries et Judith Little-Daudelin n’était pas tout à fait au point, mais peu importe. Il y avait là le souffle du plaisir et de la vie.

C’était encore plus vrai quand tout le monde a repris Wondering en clôture, cette fois, avec uniquement le piano en soutien aux voix des artistes et de la foule qui a été mise à contribution. Il y avait quelque chose de magique en cet instant. Et contrairement au début de la soirée, plus personne n’avait besoin de pincer Beyries. À ce moment, elle avait compris que son triomphe n’était pas un rêve.

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