Retour

Bilan du voyage papal à Cuba : un pas de plus vers la réconciliation

Contrairement aux précédentes visites papales, il n'y a pas eu de discours d'adieu à l'aéroport de Santiago. C'est parce que cette mission du pape ne se termine pas à Cuba, mais aux États-Unis.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Missionnaire de la miséricorde : tel était le titre que le pape a choisi pour sa tournée. Un pape qui, de sa vie, n'a jamais mis les pieds à Cuba ni aux États-Unis.

« Nous voulons être une Église qui sorte de la maison pour établir des ponts, abattre les murs, semer la réconciliation », a dit le pape François pendant la messe à la basilique de Cobre, près de Santiago.

La Vierge de la Charité du Cobre, sainte patronne de Cuba, est reconnue comme telle par le Vatican depuis 100 ans. La statuette de la vierge a été trouvée, selon la légende, par des indigènes et un esclave africain il y a 400 ans, et la première église de Santiago a été fondée il y a 500 ans. Beaucoup d'histoire.

Chrétiens - pratiquants ou non - et Santeros révèrent la Vierge del Cobre. Elle correspond à Oshun, dans la Santeria, qui symbolise l'eau douce, la féminité et la fécondité. Pro ou anticastristes, Cubains de l'Île ou exilés et descendants d'exilés en Floride se reconnaissent dans la Vierge du Cobre. C'est le symbole de la « cubanité ».

Pas de service au nom des idéologies

Les papes à Cuba (Jean-Paul II en 1998 et Benoît XVI en 2012) ne disent pas ce qu'il  faut faire, ne donnent pas de conseils, ils passent des messages. Le pape n'a jamais prononcé les mots « droits de la personne ». Mais il a dit à la grand-messe de la place de la Révolution, à La Havane : « Servir n'est jamais idéologique; on ne sert pas des idées, mais des personnes ».

On sert, on ne SE sert pas au bénéfice des nôtres en laissant les autres de côté, générant ainsi une dynamique d'exclusion.

Devant les jeunes, à La Havane encore, il a approuvé l'étudiant de 21 ans Leonardo Hernandez, qui a dit que malgré toutes leurs différences, les jeunes sont « unis par l'espoir de changements profonds futurs à Cuba ».

Le pape François les a encouragés à avoir les rêves les plus grands possible.

Autant de messages à portée morale, mais également politique à l'intention des autorités cubaines et d'autres dirigeants dans le monde.

Les problèmes réellement concrets, les controverses, les désaccords se discutent en conversations privées, sans proclamations publiques, dans des discussions personnelles, directes ou privées, a résumé le porte-parole du Vatican, Monseigneur Federico Lombardi (un jésuite également, comme le pape).

C'est pourquoi rien n'a transpiré du long tête-à-tête que le pape François a eu dimanche avec le président Raul Castro, après sa rencontre de 40 minutes avec Fidel Castro et sa famille.

Ce sera la même chose avec Barack Obama à la Maison-Blanche.

Le rôle du pape François dans le rapprochement entre Cuba et les États-Unis n'est pas fini, au contraire. C'est un processus qui pourrait être long.

À surveiller aux États-Unis

En plus du tête-à-tête à la Maison-Blanche mercredi, le pape s'adressera au Congrès le jeudi matin, une première. Le Congrès américain détient la clé de la levée ou non de l'embargo économique contre Cuba.

Le pape, Barack Obama et Raul Castro seront à New York en même temps. Ils parleront à l'Assemblée générale des Nations unies, une autre première pour le pape et un président cubain. Une rencontre à trois? Tout est possible.

Comme tous les ans, les Nations unies voteront pour ou contre les sanctions économiques contre Cuba. Pour la première fois, les États-Unis vont (très probablement) s'abstenir. Et Israël?

À suivre, avec beaucoup d'intérêt!

Plus d'articles

Commentaires