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Bispiritualité : se réapproprier son identité de genre

Les Autochtones se réapproprient de plus en plus leur identité de genre. Les Premières Nations, Inuits et Métis sont chaque fois plus nombreux à s'identifier comme bispirituels, ou personnes « aux deux esprits » masculin et féminin, un terme popularisé il y a 25 ans par le militant canadien Albert McLeod, qui était de passage cette semaine à Montréal.

Un texte de Laurence Niosi

Cory Hunlin, 33 ans, se considère comme gai depuis l’âge de 10 ans. À Vancouver où il a grandi, ses amis étaient généralement des femmes, il n'avait pas de copine et avait peu d'intérêt pour la chasse, une activité que pratique sa famille dans la commaunauté de Williams Lake, en Colombie-Britannique. C’est en déménageant à Montréal il y a quelques années qu’il a entendu parler du bispiritualisme, une notion qui lui a permis de reprendre contact avec sa communauté en puisant son identité dans ses propres traditions.

Depuis le mois de mars, le jeune photographe fabrique des bijoux avec des perles au Centre d’amitié autochtone du boulevard Saint-Laurent, un espace sécuritaire (« safe space ») où il ne se sent jamais jugé. Le perlage – une activité traditionnellement féminine dans les cultures autochtones – lui permet, en quelque sorte, d’embrasser son esprit féminin.

« Ça avait du sens tout d'un coup, être bispirituel et faire du perlage », dit-il.

Si de plus en plus de jeunes gais s’identifient au bispiritualisme – un concept généralement peu connu – c’est notamment grâce au militant canadien Albert McLeod, de passage à Montréal pour le Sommet des genres, une série de conférences tenues partout dans le monde depuis six ans.

Le codirecteur du groupe Two-Spirited People of Manitoba, lui-même Métis d’origine écossaise et crie, milite depuis 30 ans pour les droits des Autochtones de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre (LGBT).

Dans les années 1990, c’est lui qui a popularisé le mot « bispirituel » (en anglais, Two-Spirit, une traduction du mot anishnabek, niizh manidoow), un terme générique pour décrire un Autochtone faisant partie de la communauté LGBT. Le mot succède au terme « bardache », utilisé par les premiers missionnaires pour désigner une personne bispirituelle, et aujourd’hui délaissé.

Décolonisation

Un geste politique, l’affirmation de son identité de genre? Du moins, elle aide à désapprendre la pensée dominante colonialiste, affirme Albert McLeod. « Beaucoup de Premières Nations se sont renommées avec leurs noms traditionnels. La communauté queer autochtone a fait cela avec la bispiritualité. Nous ne sommes pas différents des autres en termes de processus de décolonisation », souligne-t-il.

Alors que les termes comme « homosexuel » ou « gai » sont nés il y a quelques décennies seulement, « les idées autochtones sur le genre datent de milliers d’années », indique Albert McLeod.

Nombreuses cultures autochtones utilisaient des variations du terme « spirituel » pour décrire des personnes qui possèdent à la fois un esprit féminin et un autre masculin.

Dans les langues autochtones, des termes font référence à la sexualité ou au genre. En cri, napêw iskwêwisêhot signifie un homme qui s’habille comme une femme, ou înahpîkasoht, une femme qui s'habille et qui vit comme un homme. Les Inuits ont un quant à eux un « troisième genre », baptisé Sipiniq.

Aujourd’hui, être gai est encore tabou dans les communautés autochtones, un héritage de la colonisation et des outils d’assimilation culturelle comme les pensionnats, estime Albert McLeod. Des chercheurs avancent d'ailleurs que les homosexuels étaient traditionnellement beaucoup plus acceptés dans les communautés que dans les sociétés occidentales.

Pour lutter contre l'homophobie, l’éducation est cruciale, dit Albert McLeod, qui aimerait voir la communauté LGBT autochtone prendre plus de place sur la scène politique, notamment dans l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

« Nous pouvons contribuer aux communautés et travailler à trouver des solutions contre la pauvreté, la drogue, l’assassinat de femmes. Nous savons c’est quoi d’être opprimés », dit-il.

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