Sans faire de vague, des entrepreneurs québécois se sont bâti un petit empire du bitcoin et veulent désormais rivaliser avec les plus gros joueurs du secteur. Pour Radio-Canada, ils ont levé le voile sur leurs activités.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Quelque part dans une zone rurale de la grande région de Montréal se trouve une immense mine de bitcoins.

Les occupants de l’endroit aiment la discrétion. En fait, ils ouvrent pour la première fois les portes de leurs installations à un journaliste. Le bruit des machines est assourdissant. « On a 4600 machines qui fonctionnent 24/7 », dit Louis Valois, le vice-président Infrastructures de Bitfarms.

Nous nous trouvons dans une mine de bitcoins, c'est-à-dire un immense entrepôt de serveurs, dont les propriétaires souhaitent garder l'emplacement secret pour des raisons de sécurité.

Bitfarms est un gros joueur de ce secteur émergent. Selon ses dirigeants, l'entreprise génère des profits de plusieurs millions de dollars par mois grâce au cours actuel du bitcoin.

Qu’est-ce qu’une mine de bitcoins?

Le bitcoin est une cryptomonnaie qui permet à ses utilisateurs de faire des transactions ou de spéculer sans passer par une banque. Des ordinateurs sécurisent toutes ces transactions. Les mineurs – c'est ainsi qu'on appelle les propriétaires qui mettent leurs machines à la disposition du réseau – reçoivent une petite fraction de bitcoin en guise de récompense sur chacune des transactions.

Les mineurs étaient à l’origine des particuliers, mais l'activité est devenue une affaire de professionnels au fil du temps.

« J'ai commencé dans mon sous-sol », se souvient Pierre-Luc Quimper, un des fondateurs de Bitfarms. L'été dernier, il s'est joint à des partenaires pour passer à la vitesse supérieure.

M. Quimper a déjà fondé plusieurs entreprises dans le domaine des technologies de l’information. « J'ai starté ma première entreprise quand j'avais 14 ans. J'ai laissé tomber l'école vraiment jeune, en début de secondaire », raconte-t-il.

La compagnie possède quatre mines comme celle qui est au Québec. Plusieurs autres sont en développement, mais il faut toujours plus d'électricité.

Bitfarms compte une soixantaine d'employés. Pour profiter du cours élevé du bitcoin, elle a acheté une compagnie de service d'électriciens.

Le Québec, un endroit prisé

Le Québec aiguise l'appétit de gros joueurs mondiaux du bitcoin : l'électricité y est bon marché et le climat froid est un atout pour contrôler la température des serveurs.

Des représentants de compagnies étrangères sillonnent le Québec pour trouver les meilleurs sites où installer des mines de bitcoin.

« Les gens envoient des représentants ici au Québec pour trouver des locations spécifiques », dit Louis Roy, associé chez Raymond Chabot Grant Thornton, qui aide des entreprises du domaine de la cryptomonnaie à s'implanter au Québec.

Cette concurrence n'inquiète pas Bitfarms. « On a une bonne longueur d’avance sur tout le monde qui est en train de vouloir s’implanter au Québec. On a deux ans de développement de recherche d’électricité. On a appris beaucoup pour le Québec, on a vraiment une bonne longueur d’avance », dit Pierre-Luc Quimper.

Les obstacles sont toutefois nombreux : le bitcoin est volatil et il a régulièrement mauvaise presse. Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephan Poloz, a dit jeudi, dans le cadre d’un discours annuel, que le bitcoin et les cryptomonnaies font partie des choses qui l’empêchent de dormir la nuit.

M. Quimper et ses collègues, eux, rêvent d'avoir encore plus de machines.

Ils estiment avoir les reins assez solides pour y arriver : les investissements de la compagnie se sont fait sans aucun financement bancaire pour l’instant. Bitfarms s’est récemment associée à des partenaires israéliens pour être cotée à la Bourse de Tel-Aviv.

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