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« Boeing a peut-être gagné une bataille, mais la guerre est loin d’être finie », dit Couillard

Le gouvernement Trudeau doit immédiatement couper tous ses liens avec Boeing pour répliquer à la décision du département américain du Commerce d'imposer des droits compensatoires préliminaires de 220 % sur tout avion de la C Series acheté par des transporteurs américains, plaide le premier ministre du Québec.

« Boeing a peut-être gagné une bataille, mais la guerre est loin d’être finie », a lancé Philippe Couillard mercredi matin, au lendemain de cette décision qui porte un dur coup à Bombardier, avant de demander à Ottawa d’adopter une ligne « très dure » à l’endroit du géant américain de l’aéronautique.

« M. Trudeau, là-dessus, je suis content de ce qu’il a fait, de ce qu’il a dit jusqu’à maintenant », a poursuivi le premier ministre québécois. Il a dit : "il n’est pas question qu’on fasse affaire avec une entreprise qui veut détruire des emplois en aéronautique au Canada". […] Et je sais qu’il va continuer de le dire, mais je veux être certain que le message est entendu. »

Philippe Couillard prévient en outre le premier ministre du Canada qu'à défaut d'un règlement de cette affaire, le Québec ne pourra pas accepter que la Défense nationale achète des avions de chasse Super Hornet de Boeing en attendant de lancer un nouvel appel d'offres pour remplacer sa flotte vieillissante de CF-18.

Selon M. Couillard, c’est non seulement Bombardier, mais tout le Québec qui est « frappé de façon injuste, arrogante » par cette décision rendue dans la foulée d’une plainte déposée par Boeing pour des pratiques anticoncurrentielles, en raison des deniers publics investis dans ce projet.

« Hier, c’est le Québec qui a été frappé. Au cœur de notre économie, de notre industrie aéronautique, de notre génie, de notre innovation. Ce sont nos travailleurs, nos ingénieurs, nos techniciens qui ont été frappés, et leurs familles », a-t-il dit.

« On est frappé parce qu’il y a un géant, lui-même créé, nourri par des décennies de soutien gouvernemental, qui a décidé d’éliminer un concurrent qui fait de meilleurs produits. C'est aussi simple que ça », a poursuivi le premier ministre du Québec, attaquant Boeing de front. « Un concurrent qui, de plus, ne compétitionne avec aucun de ses produits, un grand paradoxe qui confirme sa mauvaise foi ».

« Il n'y en a pas eu de subventions »

Le gouvernement du Québec continuera à plaider sa cause auprès du département américain du Commerce, a assuré M. Couillard.

« Si la logique prévaut, il n'y a aucune base à la plainte de Boeing », a-t-il martelé, en accusant la compagnie d'être « choquée » par les performances des avions de la C Series, qui sont « supérieures à ce qui était prévu ».

Selon lui, l'investissement de 1 milliard de dollars américains fait par son gouvernement en octobre 2015 pour aider Bombardier à compléter le développement et à commercialiser les avions de la C Series « n’a rien à voir avec des soi-disant subventions », comme l'allègue Boeing.

« Si on fait une subvention, on fait un chèque et on envoie ça à l’entreprise, et c’est terminé », a-t-il précisé. « Avec un investissement, on prend un risque, mais il y a un retour possible, comme pour n’importe quel investisseur. On a été excessivement attentif dans l’architecture de cette transaction, de respecter les principes de l’OMC [Organisation mondiale du commerce] et les principes des accords sur ce qui différencie justement une subvention d’un investissement. »

Philippe Couillard a également déclaré que ces « mesures protectionnistes » annoncées mardi feront souffrir non seulement les travailleurs d'ici, mais aussi, « paradoxalement », ceux des États-Unis. Selon lui, le déploiement de la C Series doit normalement entraîner des retombées de 30 milliards de dollars et soutenir 22 000 emplois au sud de la frontière.

Les Québécois n'ont pas à craindre pour l'argent que leur gouvernement a investi dans le développement de la C Series, assure en outre M. Couillard. « Il y a l’Europe, il y a l’Asie, il y a l’Afrique, il y a l’Océanie. Il y a plein d’endroits où cet avion peut compétitionner », a-t-il souligné.

Il a aussi invité le « reste du Canada » à comprendre que le sort réservé à Bombardier, « la plus grande compagnie industrielle du pays », et à la C Series, « le plus important projet d'innovation au Canada », constitue un « enjeu canadien », et non strictement québécois. « Il est temps d’être solidaires d’un océan à l’autre », a-t-il fait valoir.

Il a également appelé les compagnies aériennes canadiennes « à agir pour maintenir la concurrence parmi [leurs] fournisseurs ».

« Cette histoire est loin d’être terminée : on a traversé bien des tempêtes au Québec, on va traverser celle-là et on va gagner », a encore dit Philippe Couillard, qui était accompagné pour l’occasion de sa ministre de l’Économie, Dominique Anglade.

Lisée scandalisé

La décision du département américain du Commerce a aussi été très mal reçue dans les rangs de l’opposition à l’Assemblée nationale.

Au Parti québécois, Jean-François Lisée s’est dit « scandalisé » par cette « tactique d’intimidation commerciale ».

Il s’agit d’une arme régulièrement employée, selon lui, par des multinationales américaines qui utilisent des institutions politiques pour écarter des compétiteurs du marché.

Appelant les gouvernements du Québec et du Canada à tout mettre en œuvre pour faire annuler cette décision, Jean-François Lisée s’est par ailleurs dit « agréablement surpris » de la fermeté démontrée par Justin Trudeau qui a prévenu Boeing qu’il pourrait annuler l’achat de 18 nouveaux chasseurs si le constructeur persistait dans cette voie.

M. Lisée estime sinon que le gouvernement Couillard a commis une erreur en investissant dans la C Serie plutôt que dans l’ensemble de la compagnie, ce que lui reproche aussi la CAQ.

Cette décision a rendu la partie plus facile à Boeing pour accuser ensuite Québec de subventionner illégalement Bombardier, a avancé le chef péquiste.

La CAQ redoute une fermeture du marché américain

Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, François Bonnardel, estime qu’il faut agir sans attendre pour étudier les options qui s’offrent au gouvernement et à Bombardier, dans l’intérêt des travailleurs et des partenaires de l'avionneur québécois. Redoutant une fermeture du marché aéronautique américain pendant des mois, voire des années, il l'a exhorté à agir rapidement pour trouver des solutions et éventuellement « ouvrir de nouveaux marchés ».

« Il n'y a rien de pire en affaires que l'incertitude, et là on risque d'avoir une période d'incertitude qui va durer des mois », a renchéri le chef de la CAQ, François Legault, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale. « Au cours des dernières semaines, le prix de l'action de Bombardier a baissé d'à peu près 40 %. Ce matin, on a une baisse d'encore un autre 10 %. »

Le chef caquiste a demandé au premier ministre s'il avait l'intention de s'asseoir avec le gouvernement fédéral pour rééquilibrer les risques dans ce dossier. M. Couillard a rétorqué que son gouvernement « est constamment à l'affût et à la recherche d'un nouveau partenaire stratégique », tout en rappelant que « le rôle ultime d'un gouvernement [...] n'est pas de devenir un fabricant d'avions ».

Le premier ministre Couillard a par ailleurs dit apprécier le ton sur lequel MM. Lisée et Legault ont abordé le dossier Bombardier en chambre. En conférence de presse, quelques heures plus tôt, il s'était cependant insurgé contre les critiques du PQ et de la CAQ sur sa décision d'investir directement dans la C Serie.

Or, selon M. Couillard, n'eût été ce coup de pouce, le programme de la C Series, et peut-être même Bombardier, aurait rendu l'âme.

Les accords de libre-échange ne protègent personne, selon Québec solidaire

Pour Amir Khadir, cette situation « démontre les problèmes majeurs que l’on dénonce depuis toujours dans les accords de libre-échange ». Selon M. Khadir, en dépit de ces traités censés nous protéger contre ce type d'arbitraire, plus aucune signature ne tient lorsque les intérêts des puissances économiques sont en jeu. Ce sont leurs intérêts qui priment sur tout le reste, rappelle le député de Mercier.

Selon Amir Khadir, le gouvernement canadien doit profiter de la nouvelle ronde de négociation de l’ALENA qui s’ouvre avec les États-Unis pour « remettre en question fondamentalement les termes de cet échange qui a toujours été dans l’intérêt des élites économiques des deux pays plutôt que celui des travailleurs ».

« Je ne compte pas sur la direction de Bombardier pour solutionner ça, il faut que le gouvernement du Québec et du Canada ainsi que les grands syndicats fassent des représentations », a conclu le porte-parole de Québec solidaire.

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