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Bois d’oeuvre : négocier avec les Américains ou les affronter en cour?

Le Canada a toujours gagné ses causes sur le bois d'oeuvre, mais les Américains n'ont jamais respecté les décisions de cour. Faut-il encore se battre contre eux devant les tribunaux ou doit-on privilégier une entente, même imparfaite, pour régler rapidement ce conflit?

Une analyse de Gérald Fillion

Les victimes de la crise du bois d’oeuvre qui est relancée ne sont pas les grandes corporations, comme West Fraser Timber, Canfor ou Résolu. Ce ne sont pas non plus les actionnaires de ces entreprises, preuve étant que les titres de ces entreprises ont bondi en bourse mardi après l’annonce de droits compensateurs par les Américains plus faibles que ceux imposés en 2001. Ce ne sont pas non plus les politiciens, qui essaient de sauver les meubles, qui tentent de démontrer qu’ils s’activent avec ardeur pour la classe moyenne.

Les victimes, ce sont les travailleurs et ce sont les familles à revenus moyens. Ce sont des citoyens, qui travaillent d’arrache-pied pour se bâtir une vie décente, pour eux et leur famille, qui sont et seront les victimes de ce cinquième conflit du bois d’oeuvre. Ce sont les travailleurs des sociétés forestières, qui verront leurs activités ralentir dans les prochains mois et prochaines années.

Et ce sont aussi les ménages américains, qui devront reporter leurs intentions d’achat ou qui devront s’endetter davantage pour faire l’acquisition d’une propriété ou pour rénover, compte tenu de la hausse du prix du bois d’oeuvre que vont engendrer les droits imposés par les Américains. Le Canada a une part de 30 % dans le marché américain du bois d’oeuvre. Des droits de 20 et 25 % auront un effet réel sur les prix à la consommation.

Ce sont les gens ordinaires aux États-Unis qui vont en payer le prix, disait la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, mardi à CNBC, chaîne d’informations économiques aux États-Unis. Eh oui, il y a aura des pertes d’emplois dans les usines canadiennes, a dit le ministre des Ressources naturelles Jim Carr en point de presse.

Négocier ou lutter?

Il n’y a rien de bon dans ce conflit pour le Canada. C’est toujours le même scénario qui se répète depuis le début des années 80 : les Américains accusent les Canadiens de subventionner leur industrie forestière en donnant un accès à tarif privilégié aux entreprises aux terres publiques, qui couvrent 90 % de la forêt canadienne.

Chaque fois, les Américains ont été déboutés, ils ont perdu leur cause. Tout ce qu’ils ont gagné en relançant la crise, c’est du temps et de l’argent, ce sont des votes aussi pour des politiciens attentifs aux pressions de l’industrie forestière américaine. Mais, fondamentalement, ils ont tort. Ils ont toutefois le gros bout du bâton.

À RDI économie, la ministre québécoise de l’Économie, Dominique Anglade, a déclaré « qu’il faut d’abord privilégier dans un premier temps une entente négociée » pour dénouer l’impasse. Le Québec semble y voir la seule voie de résultat, la plus rapide en tous cas.

« M. Trump est un deal maker. M. Ross [le secrétaire américain au Commerce] est un deal maker, a déclaré Raymond Chrétien, négociateur pour le Québec dans le dossier du bois d’oeuvre. Alors, il y a une possibilité de faire un deal à mon avis au cours des prochains mois, peut-être d’ici la fin de l’année. »

« Je ne partage pas son optimisme », a dit à RDI économie l’expert Carl Grenier, qui a déjà été engagé dans le passé dans des négociations sur le bois d’oeuvre entre les deux pays [...] On doit se rappeler que lorsqu’on se fie à la règle du droit, on gagne. Et quand on s’approche de la table de négociations, on perd. »

« Il faut continuer le combat, selon Carl Grenier. Il faut se servir de ces mécanismes parce qu’on n’a pas la force de marché pour s’asseoir à la table et avoir des ententes pour mettre fin à ces attaques qui vont nous satisfaire autant qu’elles vont satisfaire les Américains. »

Il est clair que les décideurs politiques aimeraient faire comme Stephen Harper en 2006 et annoncer rapidement une entente sur le bois d’oeuvre plutôt que de voir s’éterniser un conflit que les Américains refusent de perdre depuis 40 ans.

Faut-il persévérer parce qu’on a fondamentalement raison? Ou faut-il plier encore et accepter de négocier pour acheter temporairement la paix en attendant le prochain jour de la marmotte?

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