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Bombardier a l'appui du Royaume-Uni, où l'avionneur est un gros employeur

La décision du département américain du Commerce d'imposer des droits compensatoires préliminaires de 220 % sur les avions de la C Series vendus aux États-Unis suscite de vives réactions au Royaume-Uni, où des milliers d'emplois sont en jeu.

Bombardier emploie 8000 travailleurs en Irlande du Nord, la région la plus pauvre du pays, dont 4200 pour ses seules activités aéronautiques; 1000 d’entre eux se consacrent à la fabrication des ailes du C Series dans une usine de Belfast construite avec l’aide des gouvernements britannique et nord-irlandais.

Le transporteur américain Boeing a d’ailleurs évoqué dans sa plainte les 135 millions de livres en aide financière obtenus par Bombardier pour construire cette usine, soit 225 millions de dollars canadiens au taux de change actuel.

« Amèrement déçue par la première décision sur Bombardier », a tweeté la première ministre Theresa May. « Le gouvernement continuera de travailler avec l'entreprise pour protéger des emplois vitaux en Irlande du Nord. »

« Nous continuerons de défendre fortement les intérêts britanniques en soutien à Bombardier au plus haut niveau puisqu’une décision défavorable mettra à risque les emplois et les moyens de subsistance de 4200 employés qualifiés à Belfast », a ajouté une porte-parole du gouvernement.

Le parti nord-irlandais DUP, partenaire gouvernemental des conservateurs de Theresa May, ne dit pas autre chose. « Le C Series est un avion extrêmement innovant, vital pour les opérations de Bombardier à Belfast », a dit sa chef, Arlène Foster, qui parle d’une « décision très décevante ».

« Le gouvernement britannique croit clairement que le soutien qui a été donné au projet C Series par l’entremise d’investissements initiaux remboursables est légitime, légal, et respecte les règles de l’Organisation mondiale du commerce », a commenté pour sa part le secrétaire à l’Irlande du Nord du gouvernement Mau, James Brokenshire.

Des contrats de Boeing en péril?

Le secrétaire d’État au Commerce, Greg Clark, est persuadé que l’International Trade Commission, qui doit rendre une décision finale dans ce dossier en février, tranchera en faveur de Bombardier.

« Ce que la commission doit faire, c’est regarder si Boeing a subi un préjudice : il n’y en a pas, parce que cet avion n’est pas en concurrence avec ceux de Boeing. Alors nous sommes convaincus que nous pourrons le démontrer et que la cause sera rejetée », a-t-il dit.

Le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon, laisse quant à lui planer la possibilité que Boeing perde des contrats avec le gouvernement britannique, l'un de ses plus importants clients.

« Ce n’est pas le comportement auquel nous nous attendons de la part de Boeing et cela pourrait mettre en péril notre future relation avec eux », a-t-il déclaré mardi depuis Belfast.

L'affaire est cependant délicate dans la mesure où Boeing emploie 2200 travailleurs au Royaume-Uni. La compagnie américaine dit que les entreprises britanniques constituent son troisième fournisseur en importance, après les firmes américaines et japonaises.

Un expert britannique des questions de défense, Howard Wheeldon, relativise cependant ces menaces du ministre Fallon.

« Je crois qu'il y a beaucoup de démonstration de force (sabre-rattling), mais, de façon pratique, ce n'est pas en jeu », a-t-il commenté. « Ils peuvent faire de la politique, mais ils ne peuvent pas abandonner ce dont ils ont besoin, et ce qu'ils se sont engagés à acheter de Boeing. »

Syndiqués et patrons d'Irlande du Nord sont ébranlés

Le plus important syndicat représentant des travailleurs de l’usine de Bombardier à Belfast, Unite, affirme que la décision du département du Commerce est non seulement « une menace directe et très sérieuse » pour ses membres, mais aussi pour toute la chaîne d’approvisionnement.

« Cela pourrait causer de sérieux dommages à notre économie et à notre société, qui a besoin d’une économie robuste pour appuyer son progrès politique sur la voie de la réconciliation », a commenté Jimmy Kelly, secrétaire général du syndicat.

La confédération patronale CBI, qui a aussi critiqué la décision américaine, a également souligné l’impact de cette décision sur la vie politique en Irlande du Nord, qui a été longtemps déchiré par les tensions entre les catholiques et les protestants.

L’Irlande du Nord n’a pas de gouvernement depuis neuf mois, les partis régionaux n’ayant pas encore réussi à s’entendre sur sa composition.

« Avec cette décision prise très loin de Belfast qui met à risque des emplois et la prospérité de la région, nous avons besoin d’un gouvernement décentralisé qui peut défendre les besoins des travailleurs locaux et des entreprises les plus touchées », a indiqué Angela McGowan, directrice de la confédération.

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