Il n'y a pas si longtemps, la comédienne Christine Beaulieu – qui reprend ces jours-ci sa remarquable pièce J'aime Hydro à l'Usine C – aurait tout aussi bien pu écrire « J'aime Bombardier ».

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Les Québécois aimaient Bombardier. Son côté entreprise familiale, y compris sa gouvernance par actions multivotantes, qui déplaisait tant à Toronto parce qu’elle garantissait que son siège social resterait au Québec.

Son côté David contre Goliath, ce petit joueur qui, avec la C Series, était prêt à en découdre contre des géants comme Airbus et Boeing. Et s’il fallait un coup de pouce du gouvernement québécois, on n’allait pas s’y opposer. Bien au contraire, on se demandait pourquoi Ottawa hésitait autant.

Il y avait aussi le plaisir de prendre un train en Europe ou en Asie et de constater qu’il avait été conçu par une société québécoise. Et, bien sûr, son lien avec la plus intimement québécoise des inventions : la motoneige.

Dans ces temps révolus, l’expression « il y a un petit peu de nous autres là-dedans » était un signe de fierté et pas encore de colère.

Mais le capital de sympathie est comme le capital politique, on peut le perdre très rapidement si on ne fait pas attention. Ainsi, lorsque les Québécois ont vu les augmentations de salaire que venaient de voter les dirigeants de Bombardier, cette fierté est devenue de la colère.

C’est parce que les dirigeants de Bombardier ont oublié que, quelques mois plus tôt, les contribuables québécois les avaient – de leur propre aveu – sauvé de la faillite.

Contrairement à ce qu’a soutenu le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, la situation de l’entreprise ne s’est pas améliorée au cours de la dernière année. Elle a dû faire des mises à pied, au Québec même, précisément parmi les contribuables qui l’ont sauvée de la faillite.

Personne ne s’objecterait à ce que les hauts dirigeants de Bombardier qui feraient en sorte que la C Series soit un grand succès commercial aient leur part des profits. Mais nous n’en sommes pas là.

Comme la grenouille de la fable

Au lieu de regarder la réalité, ils se sont vus comme étant déjà un joueur majeur de l’aéronautique mondiale et ils ont donc cru qu’ils devaient obtenir des salaires des ligues majeures. Comme dans la fable de La Fontaine, ils ont voulu être la grenouille qui se voyait aussi grosse que le bœuf.

Certes, avec la C Series, Bombardier pourrait devenir un joueur sur la scène internationale. Mais ce n’est pas encore Boeing ou Airbus. La société doit, bien entendu, attirer de bons gestionnaires, mais il est difficile de penser qu’une entreprise de sa taille puisse payer les salaires de Boeing.

La réalité, c’est que lorsqu’une entreprise doit avoir recours aux fonds publics dans une situation d’urgence pour assurer sa survie, il est tout à fait normal que les pouvoirs publics exigent quelques sacrifices de ses dirigeants.

Ce fut le cas, en 2009, pour l’industrie automobile sous Barack Obama. Ou pour les banques britanniques sous David Cameron. Ou, en 2013, quand Air Canada a eu besoin de l’aide d’Ottawa. Aide conditionnelle à des clauses sévères quant à la rémunération de ses dirigeants.

Le gouvernement Couillard n’a tout simplement pas vu cet enjeu. Il a investi plus d’un milliard de dollars dans Bombardier, sans penser à des conditions qui auraient été tout à fait normales dans les circonstances. Comme d’exiger un siège au Conseil d’administration de la compagnie mère, là où les grandes décisions se prennent.

Cela est, certes, un problème politique pour le gouvernement. Mais c’est un problème encore plus sérieux pour les dirigeants de Bombardier. Il n’aura donc fallu qu’une couple de jours pour que la société ne gaspille son énorme capital de sympathie auprès des Québécois.

Bombardier devra vendre beaucoup d’appareils de la C Series, et rapidement, pour que les contribuables québécois oublient ce qui s’est passé au cours des derniers jours. Parce qu’ils seront passés très rapidement de la fierté à la colère.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine