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Bombardier largue 7000 employés et annonce la vente de 45 C Series

Air Canada annonce la signature d'une lettre d'intention avec Bombardier portant sur 45 commandes fermes de C Series et sur des options en vue de l'achat de 30 appareils supplémentaires. Le fabricant québécois d'avions et de trains annonce au même moment la suppression de 11 % de sa main-d'oeuvre à l'échelle mondiale.

Bombardier larguera 7000 employés d'ici deux ans, dont 2000 contractuels, sur les 70 900 personnes qu'il emploie. Il y aura 2830 emplois supprimés au Canada, dont 2400 au Québec. En Europe, 3380 travailleurs perdront leur emploi. Ailleurs, il y aura 790 licenciements.

Ces compressions annoncées mercredi seront en partie compensées par des embauches dans certains secteurs en croissance, notamment à Mirabel, pour soutenir l'accélération de programmes et de projets stratégiques comme le C Series.

Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier, explique que ces mesures sont requises pour rendre l'entreprise basée à Montréal plus solide et plus compétitive. « Nous avons atténué les risques de nos principaux programmes et stabilisé l'entreprise, en nous assurant d'avoir les liquidités nécessaires et en prenant une série de mesures pour rebâtir nos marges », a-t-il déclaré par voie de communiqué.

David Chartrand, coordonnateur québécois de l'Association internationale des machinistes (AIMTA), soutient qu'il y aura bel et bien des compressions au sein des usines de Bombardier de la province. Il ignore toutefois à quel endroit elles seront effectuées. « Ce n'est jamais plaisant, déplore-t-il. Peu importe que ce soient des cols bleus ou des cols blancs ou tout autre type d'emplois qui sont perdus, il y a un impact sur l'économie. »

Alain Bellemare espère que la commande d'Air Canada, la première pour la C Series depuis 2014, servira de vitrine à ses nouveaux modèles et qu'elle créera un effet d'entraînement sur la scène internationale.

« Nous ajoutons un client important, un transporteur aérien international établi en Amérique du Nord, pour compléter nos commandes reçues en Europe et en Asie », s'est réjoui M. Bellemare. Ce dernier soutient qu'il s'agit d'un tournant dans le développement de la C Series.

« C'est la confirmation majeure de la réalité et de la valeur que le programme de la C Series peut apporter aux grandes compagnies aériennes », a-t-il déclaré en conférence de presse. « [L'entente avec Air Canada] constituera un catalyseur pour les futures commandes nord-américaines. »

Parallèlement à la signature de cet accord, le transporteur, dont le siège social est situé à Montréal, s'est engagé à faire réaliser les travaux de révision et d'entretien lourd des nouveaux appareils au Québec pendant au moins 20 ans, collaborant ainsi « à la mise en place d'un centre d'excellence de calibre mondial », selon le gouvernement du Québec. Selon la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, ce centre d'excellence devrait employer au moins 1000 personnes.

Pour voir le graphique sur les revenus et le carnet de commandes sur votre appareil mobile, cliquez ici.

L'aide d'Ottawa toujours attendue

Le patron de Bombardier espère toujours que le fédéral aidera à son tour l'entreprise, comme l'a fait Québec en injectant un milliard de dollars US dans la C Series. Ottawa n'a toujours pas pris de décision.

« Nous avons besoin de 2 milliards de dollars afin de combler nos besoins de liquidités pour le développement de la C Series », a déclaré M. Bellemare en énumérant les différentes étapes qu'il restait à franchir. Bombardier doit encore obtenir la certification du CS 300 et soutenir l'entrée en services des nouveaux appareils avant qu'il le programme puisse voler de ses propres ailes.

À Ottawa, les partis d'opposition ont invité le gouvernement à l'action. Du côté du parti conservateur, on croit que cela doit se faire au moyen de réductions d'impôts et de taxes, alors que le Nouveau Parti démocratique a incité le gouvernement à fournir une aide financière directe à Bombardier. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a indiqué qu'il allait étudier la question. 

Bombardier prévoit des revenus de 16,5 à 17,5 milliards de dollars américains pour l'année 2016 et annonce un carnet de commandes d'une valeur de près de 60 milliards.

L'entreprise proposera d'ailleurs à ses actionnaires un regroupement d'actions afin de porter la valeur de l'action entre 10 $ et 20 $. Le regroupement d'actions doit être approuvé par l'assemblée des actionnaires et la Bourse de Toronto. Les dirigeants estiment que ce regroupement permettra d'attirer des investisseurs.

Un contrat attendu depuis longtemps pour la C Series

La lettre d'intention signée par Air Canada porte sur 45 commandes fermes et sur des options en vue de l'achat de 30 appareils supplémentaires. Dans ses résultats publiés aujourd'hui, Bombardier explique que la vente des 45 appareils représente un montant de 3,8 milliards de dollars.

Les premières livraisons sont prévues pour la fin de 2019 et se poursuivront jusqu'en 2022.

Les 25 premiers appareils livrés remplaceront les E190 d'Embraer exploités actuellement par Air Canada, a fait savoir le transporteur aérien.

Le président et chef de la direction d'Air Canada, Calin Rovinescu, s'est défendu d'avoir subi des pressions politiques dans le choix de l'appareil de Bombardier pour sa flotte d'aéronefs. « Le gouvernement fédéral n'est pas intervenu pour inciter Air Canada à acheter [des appareils] de la C Series, a-t-il insisté. Ça fait longtemps que nous étudions l'appareil de Bombardier. »

M. Rovinescu a vanté les mérites du CS 300 comme étant le meilleur appareil de sa catégorie, soit de plus de 75 passagers et de moins de 175 passagers.

« Nous adorons cet avion », a renchéri son collègue de la direction d'Air Canada Benjamin Smith. « C'est le premier avion de cette taille conçu en plusieurs décennies, a-t-il souligné. Sans compter le niveau d'efficacité qu'il nous offre et qui se traduira par un avantage concurrentiel pour notre offre en Amérique du Nord. »

Quant aux autres appareils, ils viendront « soutenir la croissance de la plaque tournante et du réseau d'Air Canada, créant ainsi l'un des parcs aériens les plus jeunes et les plus écoénergétiques du monde ».

« C'est une excellente nouvelle, se réjouit M. Chartrand. J'espère toutefois que nous n'aurons pas d'autres mauvaises nouvelles au même moment. Je suis impatient de voir le jour où nous aurons seulement de bonnes nouvelles qui ne seront pas assombries par de mauvaises en même temps. »

« C'est merveilleux parce que c'est la première importante commande en provenance d'Amérique du Nord, poursuit le syndicaliste. C'est significatif pour nous, nos membres et pour Bombardier. »

Pour voir l'évolution du titre de Bombardier sur votre mobile, cliquez ici.

Québec et Ottawa se réjouissent

L'entente entre Bombardier et Air Canada pour l'achat de dizaines d'avions de la C Series a été saluée tant par le premier ministre du Québec que par le ministre fédéral des Transports.

Le premier ministre Couillard y voit une excellente nouvelle pour l'industrie aérospatiale québécoise.

« Nous avons toujours cru au potentiel de croissance de la Série C, et je suis convaincu que cette entente renforcera son positionnement dans le marché des avions commerciaux », a déclaré Philippe Couillard.

Le ministre fédéral Marc Garneau parle de son côté d'une « bonne nouvelle pour l'industrie canadienne de l'aérospatiale », tout en se disant touché, comme le premier ministre Couillard, par les mises à pied annoncées au même moment par Bombardier.

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