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Bombardier : les travailleurs d'Irlande du Nord mécontents de Theresa May

Les travailleurs de Bombardier en Irlande du Nord souhaitent que la première ministre britannique, Theresa May, s'implique davantage dans le dossier qui oppose leur compagnie à Boeing. Ils considèrent qu'elle n'en fait pas assez pour sauver leurs emplois.

« Nous croyons que les droits compensatoires mis en place sont injustes et qu'ils menacent les emplois en Irlande du Nord. Nous voulons que Theresa May parle publiquement plutôt que derrière des portes fermées », explique Ron McDowell, 42 ans, un travailleur de l'aérospatial depuis 25 ans manifestant devant le parlement anglais avec une vingtaine d'autres travailleurs.

Le Royaume-Uni et les syndicats s'entendent pour dire que l'argumentaire de Boeing ne tient pas, puisqu'il ne produit pas d'avions comparables à ceux de la C Series.

Jimmy Kelly, des syndicats unis, souligne que la dispute commerciale met en relief les politiques protectionnistes de Donald Trump et la manière dont elles nuisent aux chances de Mme May d'avoir de bonnes relations commerciales avec les États-Unis.

M. Kelly dit ne pas croire pas que le président américain changera de ton, malgré les appels de la première ministre May, faisant référence à la conversation téléphonique que les deux dirigeants ont eue mardi.

Mais le gouvernement May est persuadé d'être en mesure de faire changer la décision américaine et ainsi sauver les quelque 4200 emplois en Irlande du Nord de Bombardier.

Londres fustige Boeing

Le ministre britannique du Commerce a laissé entendre, de la façon la plus claire jusqu'à maintenant, que les contrats commerciaux et militaires entre l'avionneur américain Boeing et le gouvernement de Londres étaient à risque en raison du différend commercial de l'entreprise américaine avec son concurrent québécois.

Dans une déclaration à la Chambre des communes britanniques, mardi, Greg Clark a indiqué que des responsables avaient tenu des dizaines de rencontres avec des dirigeants de Boeing, et qu'il avait lui-même rencontré le directeur général Dennis Muilenburg pour le presser de retirer la plainte.

Selon les informations du Globe and Mail, M. Clark a ajouté qu'il avait aussi clairement indiqué à M. Muilenburg que, « s'il doit y avoir la poursuite d'une relation, alors nous devons nous assurer que Boeing négocie équitablement avec le Royaume-Uni. S'il doit exister un partenariat stratégique, il doit s'agir d'un véritable partenariat, et un vrai partenaire ne poserait pas ce genre de gestes contre un intérêt important du Royaume-Uni, comme Boeing tente de le faire ».

Lorsqu'interrogé spécifiquement par le député travailliste Kevan Jones, à savoir si Boeing mettait en jeu ses occasions commerciales au pays à moins de faire machine arrière, M. Clark a formulé une réponse claire : « Oui! »

Le département américain du Commerce a proposé des droits d'importation d'environ 300 % sur les appareils de la C Series de Bombardier, Boeing accusant l'entreprise sise à Montréal d'obtenir un appui indu de la part des gouvernements canadien et britannique, en plus d'alléguer que Bombardier vendait ses avions aux États-Unis à des prix absurdement bas.

Une décision à propos de ces tarifs est attendue au début de 2018.

Déception

Le ministre Clark a réitéré mardi que le gouvernement britannique était « fortement déçu » par la décision américaine. Il a ajouté que Londres travaillait étroitement avec Ottawa pour infirmer la décision.

Il a par ailleurs affirmé que l'aide britannique versée à Bombardier, aux alentours de 186 millions de dollars, était légale et similaire aux subventions accordées à Boeing et à d'autres compagnies.

De son côté, la première ministre Theresa May a abordé le dossier à deux reprises avec le président américain Donald Trump.

Bombardier emploie environ 4200 travailleurs au Royaume-Uni, principalement dans des usines d'Irlande du Nord, où l'on fabrique des ailes pour la C Series. Il est estimé que 9000 emplois supplémentaires y dépendent indirectement des activités de Bombardier.

Boeing est également très présent au Royaume-Uni. L'entreprise, dont le siège social se trouve à Chicago, compte quelque 2300 employés au Royaume-Uni et y a récemment entamé la construction d'installations évaluées à 32 millions de dollars à Sheffield. Ces installations produiront des déclencheurs servant à activer les aérofreins sur les ailes des avions.

La Défense britannique a également signé des contrats pour acheter des avions-espions P-8 et 50 hélicoptères d'attaque à Boeing.

Ne pas nuire à l'industrie

Mardi, toujours, le ministre Clark a affirmé que si les activités de Boeing au Royaume-Uni étaient importantes, l'affaire Bombardier jetait un éclairage sur une question plus importante encore.

« Nous nous attendons, à l'image du gouvernement du Canada, que si vous participez aux institutions qui font la promotion du secteur aérospatial, vous n'endommagez pas au même moment une autre partie très importante de ce secteur », a-t-il indiqué aux députés du Parlement.

Il a enfin ajouté qu'il avait confié à M. Muilenburg que la réputation de Boeing était à risque au Royaume-Uni. « J'ai été très clair sur le fait que la réputation de Boeing dans ce pays commençait à prendre du mieux en raison de l'investissement à Sheffield et ailleurs. Et mettre en danger ces progrès et notre relation en agissant de façon tout à fait injustifiée est quelque chose que je ne considère pas dans l'intérêt stratégique de Boeing. »

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