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Bombardier : Pierre Beaudoin renonce à l'augmentation de sa rémunération pour 2016

Cédant aux multiples pressions, le président du conseil d'administration de Bombardier, Pierre Beaudoin, renonce à l'augmentation de 37 % de sa rémunération pour 2016. Il a demandé au conseil d'administration de la ramener au niveau de 2015.

« La confiance de nos concitoyens et celle de nos gouvernements sont extrêmement importantes pour l'entreprise et pour moi. Il est clair que la situation a dévié l'attention qui était portée sur le travail important réalisé par nos employés et notre haute direction pour que cette formidable entreprise renoue avec la croissance. Je prends cette mesure afin de remettre l'accent sur l'essentiel - la transformation de Bombardier pour en faire le manufacturier d'avions et de trains le plus compétitif au monde », a-t-il écrit dans un communiqué.

L'entreprise n'a toutefois pas dit si les cinq autres dirigeants allaient aussi renoncer à leur augmentation. Ils devraient suivre l'exemple de M. Beaudoin, estime le directeur général de l’Institut sur la gouvernance, Michel Nadeau.

« C’est vrai qu’ils ont signé un contrat avec Delta et Air Canada en 2016, mais ce n’est pas suffisant. Les ventes ont baissé et les pertes ont été de 981 millions de dollars américains, ce n’est pas une grande année. Ils doivent reconnaître que dans le contexte, ce n’est pas pertinent. Dans Bombardier, il y a plus d’argent public que d’argent privé. Ne parlons donc plus d’une entreprise privée », a-t-il commenté en entrevue à Radio-Canada samedi.

Bombardier justifie ses bonis

Dans une lettre publiée samedi, le président du comité des ressources humaines et de la rémunération chez Bombardier, Jean C. Monty, justifie les bonis versés aux dirigeants de l’entreprise.

Il explique que 75 % de leur rémunération n’est pas garantie et est basée sur des cibles précises à court et à long terme. Il précise que plus de la moitié des 32 millions de dollars de rémunération des hauts dirigeants de Bombardier est conditionnelle à l’amélioration des performances de l’entreprise au cours des trois prochaines années.

Plus tôt vendredi, le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, n'a pu échapper au débat entourant les hausses de rémunération substantielles de six hauts dirigeants de Bombardier. Interrogé sur cette question, il a invité « le conseil d'administration à revoir sa politique de rémunération ».

C'est que la direction de Bombardier, qui reconnaît avoir frôlé la faillite en 2015, a reçu près de trois milliards de dollars en aide publique. La multinationale, considérée comme un fleuron de l'économie québécoise, a de plus annoncé la suppression de 14 500 emplois d'ici la fin de 2018.

Dans ce contexte, la nouvelle selon laquelle cinq de ses hauts dirigeants et le président de son conseil d'administration ont obtenu des hausses de rémunération allant jusqu'à 50 % a semé la consternation. Mercredi, l'entreprise annonçait que la rémunération totale de ces dirigeants atteignait environ 43 millions de dollars, celle de M. Beaudoin étant de 7,1 millions de dollars. Au sein du gouvernement de Philippe Couillard, il y avait jeudi un malaise perceptible relativement à cette affaire.

Vendredi, le premier ministre a de nouveau commenté l'affaire : « Je sais que les dirigeants de Bombardier, c’est des Québécois comme nous. Ils entendent ce que disent et ressentent les Québécois, alors je pense qu’ils seront certainement capables au moins d'avoir une réflexion sur la question. »

Dominique Anglade, ministre de l'Économie, a répété ce qu'elle avait dit jeudi : « Force est de constater que la décision qui est prise choque la population. Et avec raison. »

Elle est allée un peu plus loin en invitant Bombardier « à réfléchir à quel geste elle souhaite poser pour réellement répondre à la réaction qu'elle a créée dans la population, et pas juste au niveau de la population, au niveau de l'ensemble des élus ».

L'opposition réclame l'intervention du gouvernement

François Legault, chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), affirme que Philippe Couillard doit intervenir en convoquant le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, dans son bureau.

Au Parti québécois, le député Alain Therrien réclame excuses et remboursement de la part de Bombardier.

Des syndiqués qui prennent des notes

L'affaire n'est pas passée inaperçue non plus du côté des employés syndiqués de la multinationale. David Chartrand, coordonnateur pour le Québec de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale, dit en prendre bonne note.

« Lorsque j’aurai une négociation avec Bombardier et qu’on me demandera de la part des salariés des aménagements, des concessions quelconques, c’est là que je me servirai de certains arguments », promet-il.

Claude Béland appelle les politiciens à écouter la voix des citoyens

Claude Béland, ex-président du Mouvement Desjardins, enjoint aux investisseurs mécontents de Bombardier de se déplacer à l'assemblée annuelle de l'entreprise le 11 mai prochain, pour s'opposer en personne aux importantes augmentations de salaire octroyées aux membres de sa haute direction.

En entrevue jeudi à 24/60 à Radio-Canada, M. Béland ne cachait pas sa stupéfaction devant ces augmentations qu'il qualifie d'« injustes et indécentes ».

Celui qui a aussi présidé le Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC) affirme que les entreprises semblent succomber davantage à la tentation de la cupidité, plutôt que de se consacrer au bien commun.

Claude Béland attend des politiciens « qu'ils se prennent en main » à cet égard, « parce que c'est ça que les citoyens veulent », dit-il.

« Le pouvoir politique a l'air d'écouter plus le pouvoir économique », déplore-t-il. Et si les politiciens n'écoutent pas les citoyens, « qui va le faire? » demande M. Béland. « Est-ce que ça va finir par une révolution? » s'inquiète l'ex-président du Mouvement Desjardins.

La famille Beaudoin-Bombardier a l'entreprise bien en main...

M. Béland a par ailleurs reconnu qu'il est difficile, voire impossible, de faire plier la famille Beaudoin-Bombardier sur l'aspect de la rémunération de ses patrons, puisque les actions à droit de vote multiple lui permettent de contrôler 53,23 % des droits de vote.

Depuis quelques jours, le MÉDAC dit avoir reçu des appels d'actionnaires mécontents désireux de lui transmettre leurs procurations en vue des votes de l'assemblée annuelle.

Manifestation dimanche

Une manifestation est organisée dimanche à 11 h 30 devant le siège social de Bombardier à Montréal, situé sur le boulevard René-Lévesque Ouest.

L'un des organisateurs, Étienne Diotte, invite les citoyens indignés comme lui à venir faire connaître leur frustration de manière pacifique.

« S’il n’y avait pas eu de pression médiatique, l’argent aurait été encaissé tout simplement. Ça ne peut pas fonctionner comme ça et ça ne va pas suffire à calmer la colère des citoyens. Nous sommes tous un peu floués dans cette situation-là », a-t-il expliqué samedi en entrevue à Radio-Canada.

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