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Bourse du carbone et panneaux solaires gratuits : la recette verte de la Californie

Sécheresse, pollution, feux de forêt : la Californie subit de plein fouet les conséquences des changements climatiques. Face à la situation, cet État américain a décidé de prendre le taureau par les cornes, notamment avec une bourse du carbone à laquelle le Québec participe. Ce mardi, le cinquième encan Californie-Québec a d'ailleurs lieu.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Déjà, dans les années 70, Los Angeles étouffait sous le smog. La légende dit que les enfants de cette époque ignoraient que la métropole était bordée à l'est par des montagnes, car ils ne pouvaient pas les voir à cause de la pollution.

La Californie a réagi. L'air est propre à Los Angeles et les véhicules émettent 99 % moins de polluants qu'en 1980, selon l'Air Resources Board.

Dans les années 2000, elle est aux premières loges pour constater les effets des changements climatiques. On y observe des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et hors saison.

Une sécheresse qui dure

L'année 2015 est la quatrième d'une sécheresse unique dans l'histoire moderne, avec des feux de forêt sans précédent. Autre conséquence : les conifères sont la proie d'insectes (notamment des bostryches typographes) qui menacent à moyenne échéance le tiers de la forêt californienne.

Le sud, aride, voudrait qu'on lui envoie de l'eau des réservoirs du delta de Sacramento. Mais là aussi, les réserves diminuent, car les cours d'eau ne sont plus aussi alimentés par les neiges de la Sierra Nevada. Il vient tout juste de pleuvoir et de neiger dans les hauteurs, mais cela ne suffit pas.

El Niño est attendu avec impatience, car il devrait normalement apporter de la pluie. Avec appréhension aussi, car les pluies pourraient être torrentielles et dévastatrices, ou encore trop chaudes pour apporter de la neige sur les sommets, ce qui est essentiel à l'alimentation des cours d'eau.

Le CO2, ennemi numéro un

La Californie veut réduire les émissions de gaz à effet de serre pour revenir au niveau de 1990 (le Québec vise une réduction de 20 % des émissions de 1990).

Pour ce faire, il faut donner une valeur, un coût, un prix au carbone. Plutôt qu'une taxe sur le carbone comme en Colombie-Britannique ou en Alberta, la Californie a opté pour une bourse du carbone, le « Cap and Trade ».

Quatre fois par an, elle organise une vente aux enchères de crédits de carbone. Les entreprises privées ou les services publics qui n'ont pas réussi à baisser leurs émissions au niveau requis (revu à la baisse tous les trimestres) doivent s'acheter à l'encan des « crédits de carbone ».

Celles qui baissent leurs émissions accumulent des crédits qu'ils peuvent revendre, de gré à gré, à d'autres entreprises polluantes. Ce sont les « crédits compensatoires ». Depuis novembre 2014 le Québec participe aux mêmes ventes aux enchères. 

L'Ontario emboîte le pas

Le voisin du Québec s'y joindra bientôt, la première ministre Kathleen Wynne l'a déjà annoncé. Il reste à mettre en place les règles pour les entreprises des secteurs publics et privés qui seront soumis aux réductions de CO2 et à s'aligner sur la Californie et le Québec.

Et d'ajouter que « c'est important pour les autres provinces d'avoir l'exemple de la Californie et du Québec pour décider si c'est un système pour elles ».

C'est pour cela que Mme Wynne était à Los Angeles. Elle y a rencontré le gouverneur Jerry Brown et « Madame Clean Air », Mary Nichols, la présidente de la California Air Resources Board qui organise ces enchères. Entre autres tâches, car l'affaire Volkswagen, c'est de son ressort également.

De l'or vert?

Ces encans rapportent de l'argent : 600 millions chacun pour la Californie, une centaine de millions pour le Québec. Ces sommes vont dans le Fonds vert au Québec et dans le California Climate Investment Fund du côté américain.

Ces fonds servent à aider l'agriculture verte et économe en eau : panneaux solaires pour pomper l'eau et irrigation au goutte à goutte. Mais aussi à favoriser l'acquisition de voitures électriques ou hybrides, et à améliorer les transports en commun verts (tramways, trolleys, etc.).

La Californie a d'ailleurs un « très grand projet » : un train à grande vitesse entre San Francisco et San Diego; 800 kilomètres. Ce sera le premier en Amérique, mais l'opposition est forte. Le chantier a du mal à décoller dans la région de Fresno, dans la vallée centrale.

Un projet auquel rêve aussi Kathleen Wynne dans le corridor Toronto-Hamilton. Un TGV qui pourrait ensuite atteindre Montréal.

À regarder : le reportage de Jean-Michel Leprince au Téléjournal

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