La victoire du Brexit au Royaume-Uni relance la question de l'indépendance de l'Écosse moins de deux ans après la tenue d'un référendum sur le sujet qui s'est soldé par la victoire (55 %) d'un maintien au sein du Royaume-Uni.

Jeudi, les Écossais se sont prononcés en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE dans une proportion de 62 % et chacune des 32 circonscriptions écossaises a voté en faveur de l'UE.

Les Écossais seront toutefois entraînés vers la sortie de l'UE en raison du vote favorable au Brexit dans le reste du Royaume-Uni, ce qui fait ressurgir les tensions et réactualise les enjeux ayant mené à la tenue du référendum écossais.

« La possibilité d'un second référendum doit être sur la table et elle est sur la table », a ainsi déclaré la première ministre de l'Écosse, Nicola Sturgeon, à Édimbourg.

Même si son parti - le Parti national écossais (SNP) - a perdu la majorité absolue au Parlement d'Édimbourg, Mme Sturgeon estime « hautement probable » la tenue d'un deuxième référendum d'autodétermination moins de deux ans après la première consultation, en septembre 2014.

L'Écosse a dit non au référendum

La première ministre écossaise ajoute qu'elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour faire respecter le vote de ses concitoyens, « en d'autres termes, pour garantir notre place dans l'UE et dans le marché commun ». Elle souhaite empêcher que les Écossais soient exclus contre leur gré de l'Union européenne.

Le SNP avait indiqué, après l'échec référendaire de 2014, qu'il n'y aurait pas de nouvelle consultation sur l'autodétermination à moins d'une évolution majeure dans le dossier.

Le Brexit constitue ce type de changement, selon Mme Sturgeon, qui estime qu'il serait politiquement difficile pour le futur gouvernement britannique de s'opposer à la tenue de cette deuxième consultation.

L'ancien premier ministre indépendantiste écossais, Alex Salmond, a déclaré sur Sky News que « la chose intelligente à faire pour l'Écosse serait de ne jamais quitter l'Union européenne. »

L'Écosse « assise entre deux chaises »

« Il y a deux ans, les Écossais ont voté pour rester dans le Royaume-Uni, mais maintenant il est impossible de rester à la fois au Royaume-Uni et en Europe », illustre le professeur de sciences politiques à l'Université d'Aberdeen, en Écosse, Michael Keating.

Un éventuel référendum qui se traduirait par une victoire des indépendantistes poserait des problèmes puisque le nouveau pays serait forcé d'ériger des frontières avec le Royaume-Uni en raison de son appartenance à l'UE et des obligations douanières qu'elle devrait imposer.

M. Keating estime toutefois que le désir d'autonomie des Écossais ne se traduit pas par une volonté d'indépendance. Les Écossais veulent « plus d'autonomie et demeurer dans une Europe réformée », selon M. Keating. « Ils [les Écossais] sont assis entre deux chaises, poursuit-il, mais il n'y a pas de contradiction à vouloir être en faveur de l'Europe et à la fois en faveur de la décentralisation de l'Écosse. »

Cameron, l'arroseur arrosé

L'ancien chef du parti politique indépendantiste québécois Option nationale, Jean-Martin Aussant, se réjouit du fait que « les campagnes de peur » faites pendant le référendum sur le Brexit - « comme il y en a dans tous les référendums », selon lui - n'ont pas eu l'effet escompté.

« La population - par millions - a quand même décidé de voter selon ce qu'elle pensait le mieux pour son territoire », poursuit celui qui a travaillé plusieurs années dans les milieux financiers de Londres. « Les campagnes de peur ne marcheront pas tout le temps. »

M. Aussant souligne l'ironie de l'argumentaire du premier ministre britannique, lors de la campagne référendaire de 2014 en Écosse. « M. Cameron disait, en 2014, aux Écossais qui voulaient leur souveraineté : ''Ne votez par pour la souveraineté parce que vous allez sortir de l'Union européenne.'' »

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