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C’est jour du « Superbowl politique » américain!

ANALYSE - Le réseau CNN égraine les secondes restantes. Les grands noms du journalisme politique américain ont prévu des émissions spéciales. Voici quelques pistes pour mieux suivre le témoignage de James Comey, qui dirigeait le FBI avant d'être renvoyé par Donald Trump.

À 10 h ce matin, James Comey prêtera serment devant les sénateurs membres de la commission sur le renseignement. La salle Hart 216 du Capitole devrait être pleine. Le tout-Washington politique attend ce moment comme d’autres espèrent le Superbowl ou les cadeaux le matin de Noël.

Aux yeux de plusieurs, l’ancien directeur du FBI représente l’enquêteur sans reproche, incorruptible et rigoureux. Il a été renvoyé il y a un mois de manière cavalière par un président qui semble revanchard, colérique. Trump l’a traité de « fendant » (showboat). Comment Comey répondra-t-il publiquement, devant une audience pendue à ses lèvres?

Watergate, Iran-Contra, Anita Hill : les comparaisons avec des scandales historiques abondent, avant même que James Comey n’ait ouvert la bouche. Le monde politique américain salive devant le choc des personnalités, le parfum de scandale, les allégations sensationnelles. Au centre de tout cela : de graves allégations d’entrave à la justice visant le président Trump.

Un avant-goût

Dans sa déclaration d’ouverture, rendue publique hier, James Comey a prévu confirmer plusieurs des informations qui ont secoué le monde politique américain dans les dernières semaines. À savoir :

  • que le président lui aurait demandé sa loyauté (Comey aurait refusé);
  • qu’il lui aurait aussi demandé de clore l’enquête sur Michael Flynn;
  • qu’il aurait insisté pour que soit déclaré publiquement que Trump n’était pas sous enquête.

Au-delà de ces confirmations, les réponses de James Comey aux questions des élus pourraient nous en apprendre davantage. Voici quelques pistes :

  1. Quelle crédibilité les élus (et les Américains) vont-ils accorder aux affirmations de James Comey sur cette fameuse conversation au cours de laquelle le président lui aurait demandé de mettre un terme à l’enquête sur Michael Flynn, un de ses proches conseillers? Le président a tout nié sèchement (« Non, non. Question suivante. »).
  2. L’ex-directeur du FBI dit avoir des notes détaillées de ses rencontres avec le président Trump. Peut-il offrir d’autres détails pertinents à l’enquête? A-t-il noté d’autres commentaires ou gestes qui lui ont semblé déplacés?
  3. Donald Trump l’a admis : lorsqu’il a renvoyé James Comey, il pensait à « la patente russe » (the Russia thing). C’est l’expression qu’a trouvée le président pour parler de ces allégations, qu’il juge fabriquées, de collusion électorale entre son équipe de campagne et la Russie de Vladimir Poutine. Il sera curieux de voir comment James Comey interprète son renvoi.
  4. Les questions des élus devraient aussi en dire long. Les démocrates rêvent de dénicher un élément incriminant qui pourrait causer la chute du président. Mais les preuves sont encore loins d’être faites. Une série de questions trop agressives ou alarmistes risque d’entacher leurs préoccupations d’un fort parfum de partisanerie aveugle.
  5. Les républicains, eux, ont un autre équilibre à chercher. Ils doivent se montrer préoccupés par les allégations touchant la démocratie américaine sans provoquer la colère de leur président. Oui, les questions sur l’origine des multiples fuites de secrets américains sont importantes. Mais elles ne doivent pas éclipser celles portant sur le comportement du président, sur ses véritables motifs et sur son rapport avec la vérité.
  6. Et que dira Donald Trump sur Twitter? Le président s’est rarement gêné pour ajouter son grain de sel dans les moments délicats. Une habitude qui lui cause souvent d’autres problèmes. Son personnel aurait prévu un jeudi très occupé pour le distraire. Saura-t-il résister à la tentation de ramener encore une fois les projecteurs sur lui?

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