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« C’est une décision d’affaires qu’Uber aura à prendre » - Laurent Lessard

« On n'est pas dans un mode de négociations, ça, on l'a fait l'an passé », a déclaré le ministre des Transports, Laurent Lessard, en commentant les doléances d'Uber qui menace de quitter le Québec si le gouvernement n'assouplit pas sa réglementation pour prolonger d'un an le projet pilote dont il bénéficie.

« Ça, c’est une décision d’affaires qu’ils auront à prendre », a simplement laissé tomber M. Lessard en renvoyant la balle dans le camp de la multinationale. « Je m’attendais à ce scénario. »

Le ministre Lessard a rencontré les dirigeants d’Uber la semaine dernière pour les informer des resserrements de leurs conditions d’exploitation en raison des nombreux manquements de l’entreprise sur les plans de la formation des chauffeurs, des inspections mécaniques et des vérifications de sécurité.

« Ils ont la responsabilité que chacun des chauffeurs d’Uber respecte les mêmes règles », a déclaré M. Lessard.

« Il y a des gouvernements qui ont décidé de les mettre dehors », a déclaré M. Lessard en déplorant que son gouvernement soit taxé d’être sévère envers l’entreprise. « Le plus sévère pour moi, c’est que c’est pas permis », a-t-il poursuivi en citant les cas de Londres et de Vancouver, où Uber a été bouté hors du marché.

« Uber ne fait que du chantage depuis son arrivée [au Québec], et dans le dossier du renouvellement du projet pilote, il fait la même chose », a déclaré le porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos, Wilson Jean Paul. Ce dernier déplore que ses membres doivent faire des inspections mécaniques tous les ans, suivre des formations et faire vérifier leurs antécédents judiciaires lors de chaque renouvellement de leur permis de travail.

« Quand on demande à une multinationale de donner une formation de 35 heures, je pense que ce n’est pas beaucoup », a-t-il poursuivi.

Uber menace de quitter le Québec

Le directeur général d'Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, avait affirmé plus tôt dans la journée que son entreprise cesserait ses activités au Québec le 14 octobre prochain si le gouvernement ne revenait pas sur les nouvelles conditions qu'il veut lui imposer.

La semaine dernière, le gouvernement Couillard a confirmé qu’il était prêt à renouveler pour un an le projet pilote mis en place en octobre 2016 pour encadrer les activités de la compagnie de transport, mais à certaines conditions.

Uber est ainsi appelée à se plier à de nouvelles exigences, dont une augmentation de 20 à 35 du nombre d'heures de formation des chauffeurs, l'obligation d'effectuer une inspection mécanique tous les 12 mois et un resserrement du processus de vérification des antécédents judiciaires par la police.

Le ministre Lessard s’est montré ferme sur la vérification des antécédents judiciaires par un service de police et la formation de 35 heures. Il s’est toutefois montré ouvert à des « aménagements » sur le délai pour suivre la formation. Elle pourrait ainsi s’étendre sur plusieurs semaines par blocs de 5 ou 7 heures qui pourraient être offerts en ligne.

Or, les dirigeants d'Uber jugent ce cadre réglementaire trop contraignant, en particulier en ce qui a trait au nombre d'heures de formation exigé.

Pour Jean-Nicolas Guillemette, si Québec maintient ces nouvelles conditions, son entreprise n'aura d'autre choix que de mettre fin à ses activités dans la province à compter du 14 octobre prochain.

Les règles de fonctionnement d’Uber permettent à des particuliers, des travailleurs occasionnels pour la plupart, de transporter des gens avec leur véhicule personnel en échange d’une quote-part sur le prix du transport.

Or, le modèle d’affaires défendu par Uber, en plus de concurrencer les chauffeurs de taxi traditionnels, soulevait des problèmes fiscaux et des enjeux de sécurité qui rendaient les opérations d’Uber illégales en vertu des lois du Québec.

Affirmant avoir toujours été disposé à se conformer aux lois québécoises, Jean-Nicolas Guillemette en conclut que l'intransigeance de Québec privera ainsi d'Uber près d'un million d'utilisateurs, et de revenus des milliers de chauffeurs partenaires.

En considérant toutes les heures travaillées par les 10 000 chauffeurs partenaires d'Uber, Jean-Nicolas Guillemette estime que son entreprise a créé l'équivalent de 3000 emplois dans la province avec plus de 8 millions de courses réalisées l'an dernier. Le tout avec un taux de satisfaction des clients de plus de 90 %, souligne-t-il.

Le maire de Montréal, Denis Coderre, s'est montré peu impressionné par la sortie d'Uber. Il a précisé que l'éventuel départ d'Uber ne l'empêcherait pas de dormir.

Un départ qui mettrait fin au deux poids, deux mesures, dit Chevrette

Questionné sur les ondes de l'émission Gravel le matin, le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi, Guy Chevrette, a émis des réserves sur un possible départ d’Uber du Québec.

« Ils n’ont jamais encore remis les 24 millions [de dollars] de taxes non payées […] Il n’y a à peu près pas de poursuites qui ont été faites malgré 400 ou 500 infractions », a ajouté Guy Chevrette.

Pour les chauffeurs de taxi traditionnels, qui doivent payer pour se procurer des permis et se plier à plusieurs contraintes, la présence d’Uber dans le marché du transport est une concurrence déloyale, voire frauduleuse, soutient-il.

Si Uber devait quitter le Québec, Guy Chevrette estime que ce serait une occasion pour le gouvernement de travailler à la modernisation de l’industrie du taxi, de concert avec les chauffeurs traditionnels.

« Le départ d’Uber permettrait de moderniser légalement, de ne pas avoir deux poids, deux mesures, d’avoir les mêmes règles de concurrence et qu’on ait les mêmes obligations pour partir sur un pied d’égalité. », explique Guy Chevrette.

Pour Alexandre Taillefer, propriétaire de Taxelco, c'est une bonne chose que le gouvernement du Québec mette en place des règlements « les plus équitables possible et au bénéfice de la population ».

Quant à Uber, M. Taillefer estime que c'est dans sa façon de faire de « brandir des menaces ».

Selon lui, les exigences qu'impose Québec à Uber sont minimales et encore loin de celles qu'on impose à l'industrie du taxi actuellement au Québec.

« Nos normes sont encore plus contraignantes, ne serait-ce qu’en vertu des polices d’assurance qu’on doit mettre en place pour nos taxis. Le coût de notre police est probablement trois fois plus important que celui d’un chauffeur Uber », a expliqué le propriétaire de Taxelco sur les ondes de RDI.

L'opposition divisée

L'annonce d'Uber a donné lieu à des réactions très différentes sur les bancs de l'opposition à l'Assemblée nationale.

À la Coalition avenir Québec, où l'entrepreneuriat est sacré, on accueille très mal l'ajout de ces conditions à Uber que le député François Bonardel a dénoncées comme un frein à l'innovation.

À l'inverse, Québec solidaire estime qu'un mauvais citoyen corporatif n'a pas sa place au Québec et que si Uber refuse de respecter les lois, il n'est pas obligé de demeurer au Québec.

Le Parti québécois a pour sa part blâmé la tergiversation du gouvernement Couillard dans ce dossier.

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