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Canada 150 : de nombreux Autochtones boudent les célébrations

La Confédération soufflera ses 150 bougies le 1er juillet. Alors que le peuple canadien est prêt à célébrer aux quatre coins du pays, de nombreux Autochtones bouderont les festivités.

Un texte de Marie-Pier Mercier

Melanie Dene, une Autochtone originaire du nord de l’Alberta, est l’une de celles qui ne participeront pas aux célébrations.

Sa mère et plusieurs autres membres de sa famille ont vécu dans des pensionnats autochtones, et sa cousine, Shelly Dene, a disparu en août 2013. Son fils avait 5 ans au moment de sa disparition. Il vit maintenant en famille d’accueil.

« J'ai peur de me promener dans les rues d'Edmonton à n'importe quelle heure de la journée parce que je suis une femme et Autochtone », confie Melanie Dene, qui vit maintenant dans la capitale albertaine.

C’est la même chose pour Johnny Lee, un Autochtone qui a vécu à Edmonton toute sa vie.

« Mes parents étaient alcooliques. Il y avait beaucoup de violence chez moi. De la violence verbale et physique », dit-il. « Moi, j’ai été bien traité, mais ma mère et ma soeur ont été victimes d’abus de mon père. J’ai grandi en le détestant. »

Plus tard, la relation entre ses parents s’est transposée dans celle qui l'unissait à la mère de ses enfants.

« J’ai été agressif et violent avec elle. Je buvais beaucoup », explique-t-il.

Avec les années, sa hargne envers son passé s’est transformée en colère envers la société.

« Quand je pense au 150e anniversaire, j’ai un sentiment de colère et de déception. Ce que je vois, ce sont les pensionnats, un génocide, la déportation vers des terres de plus en plus petites et tout ce qui a été enlevé aux Premières Nations à travers ces années », affirme-t-il.

Il qualifie les 150 dernières années de traumatisme intergénérationnel pour son peuple.

« Je ne peux même pas dire que je suis un survivant de ce traumatisme parce que je suis tellement touché par ses effets négatifs », dit l’homme qui a été sans-abri et cocaïnomane pendant huit ans. Aujourd'hui, Johnny Lee va mieux, mais il avoue qu'il vit des rechutes de temps en temps.

Selon Statistique Canada, les Autochtones sont plus de deux fois plus susceptibles de vivre de l’itinérance que leurs homologues non autochtones.

La Confédération n'a pas la même signification pour tout le monde, selon Nathalie Kermoal, vice-doyenne de la Faculté des études autochtones à l’Université de l’Alberta.

« Le gouvernement a mis en place un certain nombre de politiques dans la deuxième partie du 19e siècle pour assimiler les Autochtones. Notamment, toute la question des pensionnats où on a retiré les enfants de leurs familles pour leur enseigner à la manière des Blancs », dit-elle.

Elle explique que cette façon de faire a laissé des traces dans les communautés autochtones, de sorte que beaucoup d’entre elles ne désirent pas participer aux célébrations.

« Il y a beaucoup de choses qui se sont passées avant la Confédération. Dans un sens, c’est gommer une partie de l’histoire et dire que le Canada a réellement existé depuis 1867 », affirme-t-elle.

La réconciliation passe par l’éducation

Il faut que le peuple canadien s’informe pour essayer de comprendre d’où vient cette résistance, selon Nathalie Kermoal.

La Faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta a d’ailleurs créé un cours en ligne pour essayer de rejoindre la population en enseignant l’histoire et l’époque contemporaine des Premières Nations au pays. Le cours peut être suivi au Canada et à travers le monde.

Johnny Lee est l'un de ceux qui sont très actifs dans le processus de réconciliation.

Il s’est donné pour mission d’informer la population sur l’histoire de son peuple à travers différentes activités à Edmonton. Il fait partie de l’organisme RISE, qui regroupe des personnes qui désirent voir une réconciliation entre les Premières Nations et le peuple canadien.

Melanie Dene propose à la population de discuter avec les Premières Nations de leur réalité ou d’aller dans une communauté autochtone et de participer à leurs traditions. « Après toutes ces années, nous sommes toujours là, nous sommes toujours fiers de notre culture et nous voulons parler de qui nous sommes », dit-elle.

Optimiste pour les 150 prochaines années

Johnny Lee voit d'un bon oeil l'avenir de son peuple au cours des 150 prochaines années. « Rien ne sera facile. Je suis impatient et j'aimerais que cela aille plus vite, mais nous allons y arriver », dit-il.

Nathalie Kermoal affirme que cela va prendre plusieurs générations pour obtenir la réconciliation. « Mais j’ai espoir. Je le vois dans les jeunes parce qu’ils ont une volonté de s’ouvrir. J’espère du plus profond de mon coeur que les stéréotypes vont au fur et à mesure finir par disparaître. »

« J’espère que nos cousins non autochtones auront de la compassion, de l’empathie et une compréhension envers notre histoire. Nous ne les blâmons pas. Nous avons des reproches à faire au sujet de leur système. Je pense que c’est là que le changement doit commencer », conclut Melanie Dene.

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