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Canadiens morts en Afghanistan : ceux qui restent se souviennent

Le 7 octobre 2001, moins d'un mois après les attentats du 11 Septembre, la coalition menée par les États-Unis effectue ses premières frappes aériennes en Afghanistan. Près de 15 ans après le début de cette guerre, nous avons retracé les parents de certains des 158 militaires morts pendant la mission canadienne dans le sud de ce pays.

Un texte de Cathy Senay

Des rencontres qui étaient un prétexte pour leur demander si, après toutes ces années, cette guerre a valu la peine. Elles nous ont aussi permis de constater que certains parents avaient donné à leur deuil la forme d'un soutien à d'autres parents endeuillés.

« Je suis encore là »

La table de cuisine de Johanne Larente, à Longueuil, est remplie de souvenirs, de photos, de coupures de journaux publiés après la mort de son fils, Simon Longtin. Ce jeune militaire de 23 ans a perdu la vie en Afghanistan le 19 août 2007 lorsque le véhicule blindé léger qu'il conduisait a roulé sur une bombe artisanale. Elle nous montre un article du jour du rapatriement du corps de son fils.

Mme Larente a compté. Elle sait que son fils est le 67e militaire canadien à avoir trouvé la mort pendant la mission canadienne en Afghanistan. Le premier de la base de Valcartier près de Québec. Johanne Larente pose ses yeux sur la une d'un journal. « D'autres Québécois vont mourir [...] Ça a donné un méchant coup », explique-t-elle.

Celui qui a donné les premiers soins à Simon Longtin est le technicien médical Nicolas Beauchamp, 28 ans. Il est lui-même mort dans des conditions similaires trois mois plus tard. Le véhicule à bord duquel il circulait a été la cible d'un engin explosif. Deux plaques commémoratives à leur mémoire sont exposées au Champ d'honneur national à Pointe-Claire, dans l'ouest de l'île de Montréal. Elles sont l'une près de l'autre dans le columbarium.

Tout comme Johanne Larente, Nicole Robidoux et Robert Beauchamp apprennent à vivre avec la douleur que provoque encore aujourd'hui la mort de leur fils Nicolas.

Depuis 2009, ce couple vivant à Saint-Marcel-de-Richelieu est bénévole pour le réseau ESPOIR formé d'une trentaine de parents de militaires endeuillés qui aident les autres à passer à travers cette épreuve. Robert Beauchamp fait ses appels de son bureau dans le sous-sol. « Je me retire ici. Calme. Je fais mon appel. Je n'entends pas de bruit. Je peux me concentrer sur la personne parce que la personne qui est la plus importante, c'est celle au bout du fil, » confie M. Beauchamp. Lui et sa femme tiennent à le spécifier, ils sont là pour accompagner les autres parents, pas pour les conseiller.

« Puis quand les gens nous demandent "Ça fait combien de temps que notre fils est décédé?", quand on peut leur dire, ça fait 7 ans, 8 ans, et que là, la vie continue, bien ça leur donne espoir »,  poursuit Nicole Robidoux.

L'Afghanistan, 15 ans plus tard

Des morts inutiles?

15 ans après le début de la guerre en Afghanistan, Nicole Robidoux et Robert Beauchamp cherchent encore une réponse claire, immuable : « Des fois, on rencontre des personnes, et ils vont nous émettre leurs commentaires. "Ah, ç'a été une guerre pour rien". Dans le fond, je suis consciente. Mais je ne veux pas y penser parce que mon fils n'a pas perdu sa vie pour rien », explique Mme Robidoux. »

Johanne Larente, elle, est plus critique face à la mission canadienne : « Qu'est-ce que ça a changé que notre armée aille là? Pas grand-chose. »

Puis dans le coin du salon se trouve une sculpture représentant un pouce en l'air. Un cadeau de Simon juste avant son départ.

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