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Candidats expulsés et aide aux réfugiés ont marqué la 6e semaine de campagne

Cette sixième semaine de campagne nous a permis de dépasser la moitié de l'exercice. Il y a en effet moins de jours devant nous que derrière désormais. Et on a senti cette semaine que même si la course est encore très serrée entre les trois principaux partis, les intentions de vote commencent à se préciser.

Un texte de Manon Globensky

Du jamais vu

La semaine a commencé avec des choses qu'on ne croyait jamais voir en campagne électorale. La caméra cachée d'une émission de consommation a attrapé un candidat conservateur de l'Ontario, réparateur d'électroménagers de son métier, urinant dans une tasse qu'il vide et replace dans l'évier d'une cliente. Ça a donné naissance au mot-clic #peegate et permis au candidat Jerry Bance de connaitre son 30 minutes de gloire (ou plutôt d'infamie) avant de se faire montrer la porte par Stephen Harper.

M. Harper, qui a aussi dû expulser la même journée Tim Dutaud, un autre candidat ontarien d'une circonscription de Toronto, dont il a été révélé qu'il a participé à des insolences téléphoniques où il se moquait entre autres des handicapés.

Les conservateurs ne sont toutefois pas les seuls à avoir des problèmes de candidats. Joy Davies, une libérale qui se présentait en Colombie-Britannique, a dû se retirer en raison de ses opinions sur la marijuana, qui allaient trop loin. Elle a notamment affirmé que les femmes enceintes qui en fumaient donnaient naissance à des enfants au quotient intellectuel plus élevé.

Un nouveau joueur en provenance d'Australie

Il y a aussi un nouveau joueur dans la campagne. Il s'appelle Lynton Crosby et donne un nouvel accent à la campagne conservatrice, un accent australien. Loin d'être inconnu en politique, il a plutôt été surnommé le magicien d'Oz pour sa capacité à redresser les campagnes et à faire des miracles. Lynton Crosby a gagné quatre élections pour John Howard en Australie et a fait élire le conservateur britannique David Cameron dans la difficile élection de cette année au Royaume-Uni. Sa spécialité? Corriger le message, le concentrer. Il a travaillé des mois sur la campagne de David Cameron, pour finalement arracher la victoire.

Les conservateurs canadiens disent qu'ils ont des contacts depuis longtemps avec lui. Mais s'il vient maintenant à la rescousse, c'est que les conservateurs ont des inquiétudes qui vont bien au-delà d'avoir mal évalué le passé de deux de leurs candidats.

On a également fait grand cas cette semaine du fait qu'une des proches conseillères de Stephen Harper, Jenni Byrne, avait quitté la tournée du chef pour revenir diriger la campagne depuis Ottawa. Les sondages mettent pour la première fois les conservateurs en troisième place au pays, ce qui est une des raisons qui expliquent ce transfert. M. Harper a même dit devant ses militants qu'un gouvernement libéral ou néo-démocrate est une possibilité.

Que le retour de Jenni Byrne au war room soit normal, comme les conservateurs ont essayé de le dire, ou que ce soit une réelle tentative pour reprendre le dessus et réussir à faire passer leurs messages plutôt que d'être constamment en réaction à l'actualité, il était évident que la campagne conservatrice évoluait cette semaine.

La crise des réfugiés

Le premier ministre sortant a confirmé qu'il a compris que les Canadiens tenaient à faire quelque chose pour les réfugiés syriens. Il va présenter sous peu un plan qui expliquera comment on peut accélérer le traitement des demandes d'accueil de ces réfugiés. Le chef libéral Justin Trudeau considère que cette décision est un pas dans la bonne direction. Mais celle-ci n'est pas jugée suffisante par le néo-démocrate Thomas Mulcair, qui reproche à M. Harper d'utiliser prétexte par-dessus excuse pour ne rien faire.

De grandes entrevues

Et la semaine nous a donné trois grandes entrevues avec les Harper, Trudeau et Mulcair réalisées par le chef d'antenne de CBC Peter Mansbridge. Notons l'entrevue de M. Harper, où il a dit, et je paraphrase : « Je ne suis pas parfait, mais les gens comprennent ce que je fais ». Une façon pour lui de dire que malgré le fait qu'il fasse campagne seul cette fois-ci, sans beaucoup de ministres dans son entourage, le choix qui se présente aux électeurs n'en est pas un seulement pour ou contre Stephen Harper.

La popularité des chefs

De leur côté, les néo-démocrates ont quand même choisi de frapper un grand coup, qu'ils ont centré sur l'impopularité, selon eux, du chef conservateur. Ils ont ainsi fait une réplique exacte de la publicité qu'ils utilisent contre Justin Trudeau, et où un comité de sélection dit qu'il n'est pas prêt. Dans la nouvelle publicité du NPD, on dit de Stephen Harper qu'il est temps de le mettre à la porte.

On ne voit pas de publicités partisanes contre les chefs du Parti vert, Elizabeth May, et du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Mais alors que cette semaine marquait le lancement officiel de la campagne du Bloc et de son slogan, « On a tout à gagner », un reportage de ma collègue Julie Dufresne au Saguenay-Lac-Saint-Jean a démontré que l'avenir du mouvement est loin d'être reluisant, même dans la région du Québec qui l'a vu naître. Même un ancien ministre péquiste n'a pas hésité à affirmer qu'il ne serait pas surpris que le Bloc disparaisse après le scrutin du 19 octobre prochain.

Quant à Mme May, elle est devenue cette semaine la première chef de parti à déposer son programme électoral et son cadre financier. Le Parti vert est loin de faire seulement des promesses en environnement. Il a aussi entre autres des propositions pour éliminer les frais de scolarité, améliorer le réseau ferroviaire et légaliser la marijuana et la taxer.

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