Si la marijuana à des fins récréative est légalisée, les policiers seront confrontés à des défis de taille. Les représentants des forces de l'ordre préviennent qu'ils n'ont pas tous les outils pour lutter efficacement contre la drogue au volant. Ils ont l'intention d'exprimer leurs inquiétudes à Ottawa.

Un texte de Louis Blouin

La conduite avec facultés affaiblies par les drogues est l'une des principales menaces à la sécurité du public si la marijuana récréative est légalisée. C'est du moins l'avis de l'Association canadienne des chefs de police (ACCP).

Contrairement à l'alcool, aucun dispositif n'a encore été approuvé au Canada pour détecter rapidement la présence de drogue chez un conducteur.

Le surintendant Paul Johnston de la police d'Ottawa « anticipe une augmentation » des cas de cannabis au volant. Celui qui siège au Comité sur l'abus des drogues de l'Association canadienne des chefs de police rappelle que c'est ce qui s'est produit dans les États américains où la marijuana a été légalisée.

L'Association canadienne des policiers (ACP) partage aussi ces craintes et souligne que le Canada doit être mieux préparé. Les deux organisations seront donc présentes à Ottawa au cours des prochains mois pour exprimer leur point de vue et participer au processus de consultation du gouvernement.

Les besoins

À l'instar de l'alcootest, les forces de l'ordre ont besoin d'un dispositif pour « déterminer de façon précise le niveau d'intoxication » d'un automobiliste en bordure de la route, explique M. Johnston. Le gouvernement du Canada doit approuver un appareil dont l'efficacité sera reconnue par les tribunaux, souligne-t-il. Des produits élaborés par différentes entreprises sont déjà à l'étude.

Certains de ces appareils mesurent le niveau d'intoxication avec un échantillon de salive, d'autres avec l'haleine. L'organisme Les mères contre l'alcool au volant (MADD) estime que ces dispositifs sont essentiels pour établir une preuve plus solide.

Actuellement, lorsqu'un conducteur est soupçonné d'être sous l'influence d'une drogue, l'agent doit mener une série de tests de coordination au bord de la route. Si l'automobiliste éprouve des difficultés, un échantillon d'urine, de salive ou de sang sera exigé et un agent évaluateur fera des vérifications plus poussées.

Pour l'ACCP et MADD, il est urgent d'amender le Code criminel et de fixer des seuils d'intoxication comme on l'a fait avec l'alcool en fixant la limite à 80 milligrammes pour 100 millilitres de sang.

L'ACCP ajoute que les corps de police au pays devront s'adapter. Ils auront besoin de plus de ressources et davantage d'entraînement.

Le combat d'un père

Le combat de Gregg Thomson contre la drogue au volant arrive à un moment charnière. En 1999, son fils de 18 ans, Stan, a été tué dans un accident de voiture avec quatre de ses amis. La collision impliquait un jeune conducteur qui avait consommé de la marijuana avant de prendre le volant.

Depuis, M. Thomson milite au sein de MADD et, d'après lui, la légalisation pourrait mieux encadrer la consommation de marijuana. Cependant, il a été « effrayé » par la plateforme électorale libérale. Le père de famille a été choqué par l'absence d'engagements détaillés du gouvernement en matière de sécurité publique.

Pour M. Thomson, il y a énormément de travail à faire pour changer les mentalités quant à la drogue. « Nous sommes au point où nous étions il y a 25 ans en matière d'alcool au volant. » Marie-Claude Morin de MADD souligne l'importance de la sensibilisation auprès des jeunes. Selon elle, les sondages indiquent « que le cannabis est utilisé aussi fréquemment que l'alcool avant de conduire », mais que les accusations sont beaucoup moins nombreuses. « C'est déjà inquiétant, alors imaginez si la chose devient légale. »

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