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Cannabis, cocaïne ou opioïdes détectés grâce à la salive

Si vous êtes intercepté par un policier sur la route, ne soyez étonné s'il vous demande de fournir un échantillon de salive à titre volontaire. Six corps policiers au Canada mettent à l'essai de nouveaux dispositifs pour détecter la présence de drogue chez les automobilistes. Comment fonctionnent ces appareils? Décryptage.

Un texte de Louis Blouin

Alors qu'Ottawa a l'intention de légaliser le cannabis à usage récréatif, les forces de l'ordre réclament des outils plus efficaces pour lutter contre la drogue au volant. Le ministère fédéral de la Sécurité publique a donc décidé d'évaluer le potentiel de deux appareils de dépistage des drogues par la salive avec un projet pilote jusqu'au printemps 2017.

Ces dispositifs salivaires, utilisés en bordure de la route, permettent aux policiers de détecter la présence récente de drogue chez un automobiliste soupçonné d'avoir les facultés affaiblies. En quelques minutes, ils peuvent savoir si ce dernier a consommé du cannabis, de la cocaïne, de la méthamphétamine ou des opioïdes notamment.

Ces tests ne sont pas obligatoires et sont menés de façon anonyme dans le cadre du projet. Ils n'ont pas de valeur légale au pays, mais cela pourrait changer.

Le Canada décidera s'il va légiférer pour permettre leur utilisation, comme l'ont déjà fait l'Australie et plusieurs pays européens. Ottawa attend le bilan des policiers qui testent les deux appareils sur le terrain.

Des agents du Service de police de Gatineau, qui participent au projet pilote, ont accepté d'expliquer le fonctionnement de ces dispositifs lors d'un barrage routier.

Premier appareil

L'instrument DrugWipe, mis au point par l'entreprise Securetec, semble être le plus simple à utiliser. Le policier doit faire glisser le dispositif sur la langue de l'automobiliste. L'échantillon de salive est prélevé en quelques secondes.

Des produits chimiques sont alors libérés et se mélangent avec la salive, puis l'outil est inséré dans un appareil d'analyse. Il faut compter quelques minutes pour obtenir le résultat.

Deuxième appareil

Le processus de prélèvement d'un échantillon de salive est différent avec l'appareil Alere DDS 2. L'automobiliste doit imbiber de salive une petite éponge placée au bout d'un bâton plastifié. Le prélèvement est plus long et compliqué pour le conducteur.

L'objet est ensuite introduit dans un module de mesure.

Dans les deux cas, ces instruments permettent de détecter la présence récente d'une drogue, mais pas le niveau de son emprise sur le conducteur. Des tests plus poussés doivent ensuite être effectués au poste de police pour prouver que les facultés du conducteur ont bel et bien été affaiblies par la drogue.

Premières impressions

Les policiers seront appelés à fournir leurs impressions au ministère de la Sécurité publique du Canada.

Déjà, le lieutenant Jean-François Grégoire, du Service de police de Gatineau, constate que l'équipement est « volumineux » et nécessite « plusieurs manipulations ». À cela s'ajoute un temps d'analyse plutôt long, « ce qui préoccupe certains policiers ». Cette situation n'est pas idéale dans le contexte où l'agent doit veiller à sa sécurité et toujours demeurer vigilant.

L'agent Mehdi Khedaim préfère l'appareil dont le prélèvement est plus rapide, le jugeant moins intrusif. « Le commentaire que j'ai eu d'un participant, c'est qu'il préférait que ce soit une machine qui prend moins de temps à prélever l'échantillon de salive. »

Des corps policiers de Toronto, de Vancouver, d'Halifax et de Gatineau, notamment, participent au projet pilote.

Prochaine étape?

À Ottawa, le sénateur conservateur Claude Carignan a déposé un projet de loi pour autoriser l'utilisation de ces dispositifs au Canada. Adopté à l'unanimité au Sénat, il est maintenant devant les Communes où il est porté par le député conservateur Alain Rayes. Le gouvernement Trudeau ne veut pas dire pour l'instant s'il va l'appuyer et devrait clarifier sa position en mars.

Questionnée à ce sujet, la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a paru ouverte à l'idée, soulignant l'importance de « fournir aux policiers les outils nécessaires pour assurer la sécurité sur les routes ».

Le gouvernement fédéral doit déposer au printemps son projet de loi sur la légalisation du cannabis à usage récréatif.

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