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Castro et Obama saluent les retrouvailles cubano-américaines

Tour à tour, Raul Castro et Barack Obama ont prononcé lundi à La Havane des discours aux forts accents de réconciliation à l'occasion de la visite du président américain à Cuba.

Les États-Unis et Cuba « peuvent coexister et coopérer de manière civilisée », a déclaré mardi le président cubain Raul Castro, au cours d'une conférence de presse conjointe avec son homologue américain. 

Le chef d'État cubain a dit reconnaître les efforts déployés par l'administration Obama pour faire lever l'embargo américain contre l'île, qui demeure en vigueur malgré le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Il a évoqué aussi les appels du président au Congrès pour que cette mesure de rétorsion économique soit abandonnée.

Les mesures adoptées par la Maison-Blanche envers Cuba sont « positives, mais insuffisantes », a cependant ajouté M. Castro, qui affirme avoir présenté à son homologue américain des exemples des conséquences de cet embargo pour les Cubains, et des idées de mesures à mettre en oeuvre pour y remédier.

« On pourrait faire beaucoup plus si l'embargo était levé », a encore dit Raul Castro, après avoir évoqué certains des progrès accomplis par les deux pays depuis leur décision d'ouvrir un dialogue en vue d'une normalisation complète de leur relation. 

Le président cubain a aussi prévenu qu'il sera « nécessaire » que le territoire sur lequel se trouve la base militaire américaine de Guantanamo soit restitué à Cuba pour que cette normalisation soit complétée.

Par ailleurs, Raul Castro a indiqué avoir discuté de quelques dossiers internationaux avec le président Obama, dont le processus de paix en Colombie.

Le secrétaire d'État John Kerry, qui accompagne le président Obama, devait d'ailleurs rencontrer lundi, séparément, les protagonistes de ce processus entamé il y a trois ans.

C'est la première fois qu'un secrétaire d'État rencontre les représentants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) depuis le début des négociations. Washington a inscrit les FARC sur sa liste de groupes terroristes en 1997 et plusieurs de ses leaders ont été inculpés aux États-Unis pour trafic de cocaine.

« Un jour nouveau », dit Obama

Pour sa part, Barack Obama a salué « un jour nouveau »  dans les relations entre les deux pays, soulignant l'« esprit d'ouverture » de son homologue. 

« Nous avons 50 ans à rattraper », a-t-il dit en expliquant que son discours serait plus long que ceux des frères Castro réputés pour leurs logorrhées.

« Nous avons abordé la question [des droits de la personne]. Nous allons de l'avant. Nous ne voyons pas Cuba comme une menace contre les États-Unis. Nous allons continuer de défendre les principes fondamentaux auxquels nous croyons, comme le droit d'expression, le droit de culte », a martelé le président américain. 

Il a toutefois ajouté que l'avenir de Cuba « sera décidé par les Cubains ». « C'est vrai, le chemin est plein d'obstacles. Heureusement, nous ne nageons pas entre les requins », a-t-il illustré.

Première visite d'un président américain en 88 ans

Le président Barack Obama, son épouse et ses deux filles sont arrivés dimanche à Cuba pour une visite de trois jours.

Ce séjour historique a été minutieusement préparé par les Cubains. Durant les dernières semaines, les travailleurs de la construction ont « pris d'assaut » les principales rues de La Havane pour les embellir, les réparer, les peindre et les remplir de plantes et de palmiers. La famille présidentielle a d'ailleurs amorcé son séjour en visitant le quartier historique et la cathédrale de La Havane.

Les leaders des mouvements d'opposition et des dissidents sont aussi descendus dans les rues de la capitale dimanche pour parler avec les journalistes venus couvrir la visite. Les policiers cubains, épaulés par plusieurs centaines de manifestants favorables au régime, ont dispersé une marche des « Dames en blanc » - las Damas de Blanco. Une cinquantaine de leurs membres ont été interpellées.

Lundi, Barack Obama s'est rendu sur la place de la Révolution. Il a déposé une gerbe de fleurs devant le mémorial consacré au héros de l'indépendance cubaine au XIXe siècle José Marti, un bâtiment dominé par un portrait gigantesque d'Ernesto « Che » Guevara.

« C'est un grand honneur de rendre hommage à José Marti, qui a donné sa vie pour l'indépendance de sa patrie. Sa passion pour la liberté et l'autodétermination se perpétue aujourd'hui chez le peuple cubain », a écrit Barack Obama sur le livre d'or du mémorial.

Le calendrier de Barack Obama prévoit une rencontre mardi avec des dissidents à l'ambassade américaine.

Il prononcera aussi un discours, retransmis en direct à la télévision cubaine, et assistera à un match de baseball qui opposera les Rays de Tampa Bay à l'équipe nationale cubaine.

Il ne rencontrera pas Fidel Castro, l'instigateur de la révolution qui a changé le cours de l'histoire cubaine en 1959.

Le dernier président des États-Unis en fonction à avoir mis les pieds à Cuba est Calvin Coolidge, qui avait fait le voyage sur un navire de guerre en 1928.

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