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Catalogne : le décompte débute; les blessés se comptent par centaines

Le dépouillement des bulletins de vote a débuté, en Catalogne, à la fin d'une journée référendaire placée sous le signe du chaos et de la violence. La police antiémeute a tenté d'empêcher les citoyens de participer au processus, faisant plus de 870 blessés.

Électeurs frappés, matraqués ou encore jetés violemment au sol : les images de la répression du référendum sur l'indépendance de la Catalogne par les forces policières de la Guardia Civil, la police nationale espagnole, ont fait le tour du monde et suscité l'indignation.

Au total, on rapporte 844 civils et 33 policiers blessés.

Et alors que dans les bureaux de vote où les citoyens ont pu voter, on s'activait à dépouiller les urnes pour annoncer les résultats dimanche soir, on ne s'embarrassait pas de politesses, autant parmi les opposants au référendum que parmi ses défenseurs.

À Madrid, place forte du pouvoir conservateur, on rejette ainsi toute responsabilité sur les autorités catalanes.

Inflexible, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a remercié en fin de journée la police d'avoir « accompli sa mission ».

Au cours d'une allocution présentée devant la presse, M. Rajoy a « condamné cette promotion répugnante de l'illégalité », avant de « dénoncer l'endoctrinement des enfants et le harcèlement des juges et journalistes ».

« Si vous voulez discuter de vos opinions politiques, le faire de façon illégale n'est pas la méthode à suivre », a-t-il poursuivi.

Il juge par ailleurs que la force déployée par la police était « équilibrée », et ce, malgré des blessés « regrettables ».

Toujours selon le président Rajoy, ce référendum interdit par la justice était une « véritable attaque contre l'État de droit [...] à laquelle l'État a réagi avec fermeté et sérénité ».

Le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, et son équipe « sont les seuls responsables de tout ce qui s'est passé aujourd'hui et de tout ce qui pourra se passer s'ils ne mettent pas fin à cette farce », a de son côté déclaré le représentant du gouvernement espagnol en Catalogne, Enric Millo, lors d'une conférence de presse.

La grève... et la sécession?

En réponse aux déclarations du pouvoir central, plusieurs mouvements indépendantistes et des syndicats catalans ont appelé dimanche à la grève générale pour mardi.

Chez le groupe souverainiste ANC, on va même plus loin : le leader Jordi Sanchez a carrément appelé Carles Puigdemont à déclarer unilatéralement l'indépendance face à l'Espagne.

« Ne nous laissez pas tomber... Le moment de vérité est arrivé », a lancé M. Sanchez.

M. Puigdemont s'était effectivement engagé à déclarer l'indépendance dans les 48 heures suivant le référendum si le camp du « oui » l'emportait dimanche.

Il n'y a toutefois pas eu de campagne en faveur du camp du « non » avant que le vote ne soit suspendu par la Cour constitutionnelle espagnole.

Appel à démission

À Barcelone, la mairesse Ada Colau a lancé un cri du cœur, implorant les autorités d'arrêter les violences contre la population.

« Si nous vivons en démocratie, alors cessez cette opération policière immédiatement pour que nous puissions parler de ce dont il faut discuter », a-t-elle déclaré aux médias.

Selon elle, le blocage existant entre la Catalogne et l'État fédéral espagnol est entre autres imputable à « l'absence de propositions sérieuses, de négociations politiques ».

Pour la première magistrate, le gouvernement Rajoy s'est « caché derrière les juges et les tribunaux plutôt que de prendre ses responsabilités ».

« Mariano Rajoy est un pleutre [...] qui doit démissionner parce qu'il a abdiqué ses responsabilités politiques », a déclaré Mme Colau.

« L'Union européenne doit prendre position par rapport à ce qui s'est produit en Catalogne », a martelé la mairesse.

Le gouvernement régional de Catalogne blâme directement le président Rajoy et son ministre de l'Intérieur Juan Ignacio Zoido.

Jordi Turull, le porte-parole du gouvernement catalan, soutient que la police nationale espagnole et la garde civile ont agi pour des motifs politiques, dimanche, « avec une intention claire de blesser des citoyens ».

Le ministre catalan des Affaires internationales, Raul Romeva, a annoncé que le gouvernement régional allait s'adresser au Parlement européen en accusant l'administration Rajoy d'avoir violé la charte des droits de l'homme.

Réactions au Québec et à l'étranger

« Les Espagnols ne pourront pas demain matin se dire que tout va continuer comme avant, a indiqué à notre correspondant Jean-François Bélanger le député péquiste de Verchères, Stéphane Bergeron, qui se trouve à Barcelone. Y compris ceux qui n’étaient pas favorables au référendum ou à l’indépendance et qui ont été outrés par l’attitude de Madrid. »

Au Québec, le premier ministre Philippe Couillard a mentionné dans un tweet que son gouvernement « condamne toute forme de violence ». Pour lui, la solution est un « dialogue entre les parties ».

« Il ne peut y avoir de solution violente à un problème politique », a-t-il ajouté, avant d'indiquer que le Québec, de par son expérience référendaire, pourrait offrir ses conseils à Madrid et à Barcelone.

Cet appel au dialogue a été repris par le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, dans un communiqué transmis en après-midi.

Quant au chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, il a préféré saluer « le peuple catalan qui se tient debout devant l'indigne et honteuse violence de l'État espagnol ».

« Les images provenant de la Catalogne m'inquiètent de plus en plus, a écrit sur Twitter la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon. Quelles que soient nos opinions politiques, nous devrions condamner les gestes posés et demander à l'Espagne de changer sa façon de faire avant que des gens ne soient gravement blessés. Votons pacifiquement. »

Son homologue belge, Charles Michel, a lui aussi fustigé Madrid en affirmant que « la violence n'est jamais la solution », avant d'appeler au « dialogue politique ».

Interventions musclées et bastonnades

Plus tôt dans la journée, les autorités sont entrées de force dans plusieurs bureaux de scrutin un peu partout dans la province.

Protégés par des boucliers, les policiers ont notamment fait irruption dans le bureau de vote où le président catalan Carles Puigdemont devait se présenter, à Gérone. Des heurts ont éclaté avec la foule quand la police antiémeute a fracassé les vitres de la porte d'entrée pour pénétrer dans la salle.

M. Puigdemont a finalement voté à Cornella del Terri, quelques kilomètres plus loin. Il a dénoncé la « violence injustifiée » dont a fait usage la police nationale.

À Barcelone, la capitale régionale, la police antiémeute a chargé la foule, faisant de nombreux blessés, dont trois graves. Des projectiles de caoutchouc ont aussi été tirés en direction des électeurs.

« On compte 10 000 policiers nationaux et régionaux en Catalogne », a indiqué notre journaliste Jean-François Bélanger.

« Les proréférendum ont fait passer un mot d'ordre, il faut faire de la résistance pacifique, ne pas confronter les policiers s'ils se présentent. [...] L'appel qui est lancé à tout le monde, c'est de tourner des images » et les faire circuler sur les médias sociaux, a poursuivi le journaliste.

Les tensions entre la police et les partisans du référendum se sont par ailleurs transposées au sein même des forces de l'ordre.

On voit dans une vidéo diffusée sur Twitter des membres de la Garde civile matraquer des pompiers ayant formé un cordon protecteur entre la police et les citoyens.

Une deuxième vidéo permet de voir des policiers régionaux, uniquement vêtus de leur uniforme de travail, être houspillés et frappés par leurs collègues en combinaison antiémeute.

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