ANALYSE - Il y a longtemps que le chef de cabinet de Philippe Couillard, Jean-Louis Dufresne, fait grincer des dents chez les députés libéraux. Le bras droit du premier ministre était reconnu pour ne pas faire dans la dentelle et ses décisions étaient souvent sans appel. Il faut croire que la tension est devenue intenable pour que Philippe Couillard accepte de se séparer de son ami de toujours.

Jean Chrétien parlait des nervous Nellies pour qualifier ses députés inquiets de perdre leur circonscription. L’étiquette sied bien aux libéraux de Philippe Couillard qui savent lire les sondages et qui voient l’échéance électorale approcher.

Le caucus libéral, qui débute jeudi à Val-d'Or, s’annonçait d’ailleurs particulièrement houleux. Les cancans étaient nombreux contre le bureau du premier ministre qui a permis à Éric Tétrault, un ancien de l’équipe Charest, de se présenter dans la circonscription de Louis-Hébert.

Le risque apparaissait énorme surtout que l’entourage du premier ministre savait qu’un rapport sur le comportement de M. Tétrault, chez Arcelor Mittal, existait et pouvait être potentiellement explosif.

La colère de l’ancien député de Louis-Hébert, Sam Hamad, encore très apprécié de ses collègues, s’est aussi fait sentir. M. Hamad a refusé net de donner un coup de main à son successeur alimentant les rumeurs de dissension au sein du gouvernement.

Mais, il y a plus. Plusieurs députés d’arrière-ban tapent du pied en espérant un remaniement ministériel.

Le premier ministre a déclaré, à plus d’une reprise, qu’il y en aurait un à l’approche des élections pour faire de la place à des femmes et à des jeunes. Les signaux ne venaient pas. Et puis, le cas du député vétéran Pierre Paradis, qui a été l’objet d’une plainte pour inconduite sexuelle, n’est toujours pas réglé et continuera d’embarrasser le gouvernement cet automne.

Le mécontentement était tel qu’un coup de barre s’est imposé. Le bras droit du premier ministre devait partir.

La nouvelle garde

La décision amène une période d’incertitude au bureau du premier ministre. Non seulement Philippe Couillard a-t-il accepté de laisser partir son principal allié, mais son autre grand ami d’enfance et premier fonctionnaire de l’État est en congé de maladie. Juan Roberto Iglesias, 71 ans, doit toutefois reprendre le boulot la semaine prochaine.

N’empêche, Philippe Couillard, reconnu pour sa loyauté à l’égard de ses amis proches, se retrouve déstabilisé.

C’est Jean-Pascal Bernier qui devient chef de cabinet de Philippe Couillard. Âgé de 38 ans, il a roulé sa bosse au cabinet de l’ex-présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne. Un homme brillant, introverti, complètement différent de son prédécesseur.

Mais en coulisse, on s’interroge à savoir s’il aura la couenne assez dure pour diriger le bateau libéral dans la tempête électorale. Pas étonnant que le premier ministre ait déclaré lors de l’annonce du départ de M. Dufresne que ce dernier demeurerait à ses yeux une éminence grise.

Et pour ajouter à cette instabilité, le directeur des communications de M. Couillard, Harold Fortin, change de poste pour assister M. Bernier. M. Couillard aura besoin très rapidement d’un directeur des communications solide, les communications étant essentielles en politique.

Pour l’heure, le caucus a obtenu ce qu’il voulait, mais le premier ministre demeure le seul capitaine à bord. C’est Philippe Couillard qui tient toujours le gouvernail.

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