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« Ce n’est pas qu’un ministère qui est divisé en deux », Carolyn Bennett

Les changements proposés hier par le gouvernement de Justin Trudeau ont comme but ultime « l'autodétermination » des peuples autochtones, selon la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett. Or, beaucoup de chemin reste à parcourir, disent des experts.

En entrevue à l’émission Power & Politics à CBC, la ministre a précisé qu’il ne s’agissait pas que de diviser le ministère des Affaires autochtones en deux.

« Nous sommes plutôt en train de dissoudre une structure paternaliste et coloniale et nous essayons de migrer vers un nouveau système qui n’est plus que de fournir des programmes, mais plutôt de créer des gouvernements et des institutions dirigés par des Autochtones, a précisé la ministre Bennett. Le but ultime est l’autodétermination. »

Pour le grand chef de la communauté mohawk de Kanesatake, Serge Simon, Ottawa lance un signal positif, mais il demeure prudent face à la suite des choses.

« Pour moi c’est le signal que les libéraux veulent changer les injustices envers les Premières Nations, mais il reste à voir s’il s’agit du bon mécanisme », a affirmé en entrevue à Espaces autochtones Serge Simon, qui invite Ottawa à la prudence.

« Moi, je dirais au chef du Canada de faire cela avec de hautes précautions, parce que si on veut une relation de nation à nation avec le Canada, il nous faut des traités modernes. On n’a pas de traité avec le Canada, nos traités sont avec la Couronne britannique. Et si on est pour désigner notre relation d’une autre façon, il faut assurer aux Premières Nations que notre souveraineté soit reconnue et respectée. »

Le grand chef de Kanesatake s’inquiète également qu’Ottawa ne délègue pas plus de pouvoirs aux nations autochtones, mais se tourne plutôt vers les provinces.

« D’après notre expérience, depuis une trentaine d’années, on voit de plus en plus que les pouvoirs se délèguent aux provinces, sans jamais nous consulter. »

Plus de bureaucratie, moins d’action

En entrevue à CBC News, le professeur à la Western University de London, Christopher Alcantara, a dit s’inquiéter de la multiplication de la bureaucratie à Ottawa.

« En ce qui a trait aux enjeux pratiques, je crois que [cette décision] pourrait avoir un effet négatif, estime le spécialiste des relations entre Autochtones et colons. Cela va compliquer la prise de décision, car nous avons maintenant deux ministres en compétition pour des ressources autour de la table du cabinet. Plutôt que d’avoir un système intégré, nous allons avoir des silos, de petits empires qui protègeront leurs ressources. Cela m’inquiète et j’ai peur face au manque de coordination. »

Aussi en entrevue à Power & Politics, le professeur en gouvernance autochtone à l’Université Ryerson et membre de la nation Beausoleil, Hayden King, a dit craindre qu’il ne s’agisse que d’une mesure symbolique de la part du gouvernement Trudeau.

« La Commission royale [de 1996] avait beaucoup mis l’accent sur une véritable relation de nation à nation, donc de mettre fin au paternalisme, de transférer des ressources et de la richesse aux communautés, obtenir un réel contrôle sur les programmes et les services et nous n’avons pas encore vu cela arriver », explique le professeur.

Hayden King rappelle également que la Commission royale, de laquelle s’est inspiré Ottawa pour sa refonte du ministère, proposait l’adoption d’une « nouvelle Proclamation royale » pour que les communautés puissent légalement tenir responsable le gouvernement fédéral s’il ne respectait pas ses promesses.

« Nous n’avons pas encore vu cela arriver et il semblerait que le gouvernement continue d’avoir une interprétation étroite des traités et des droits des peuples autochtones », indique Hayden King.

Avec les informations de Jean-Philippe Guilbault

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