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Ce que les 700 morts à La Mecque mettent en lumière

La récente catastrophe à La Mecque, qui a fait 717 morts, démontre bien les difficultés avec lesquelles doivent composer les autorités saoudiennes pour gérer les énormes foules qui souhaitent visiter le premier lieu saint de l'islam. Mais leurs choix ne font pas l'unanimité.

Au fil des ans, le nombre de pèlerins qui visitent La Mecque n'a cessé d'augmenter. Au cours des 20 dernières années, il a plus que doublé. Environ 15 millions de personnes visitent la ville sainte chaque année, dont 3 millions durant la période du hadj (le grand pèlerinage, qui a lieu entre le huitième et le treizième jour du douzième mois du calendrier lunaire musulman).

Selon les autorités saoudiennes, cette déferlante de visiteurs les a forcés à entreprendre des travaux de modernisation. D'une part, la Grande Mosquée est en voie d'être agrandie. Ce projet amorcé en 2011 au coût de 21 milliards de dollars augmentera sa superficie de 400 000 mètres carrés. Cela permettrait d'accueillir 1,2 million de fidèles supplémentaires.

Des travaux d'élargissement de la zone autour de la Kaaba permettront à 150 000 pèlerins d'y circuler à l'heure.

Par ailleurs, un immense complexe a été construit au pied de la Grande Mosquée. Il comprend un hôtel sis dans une tour de 601 mètres de haut, un centre commercial de 5 étages, un stationnement étagé et des résidences de luxe.

Au sommet de la tour, qui est la troisième plus élevée au monde, se trouve une horloge géante, dont chaque cadran mesure 46 mètres de diamètre.

Destruction de sites historiques

Ces projets d'expansion ont impliqué l'expropriation de milliers de maisons situées aux alentours du site. Certains dénoncent le fait qu'il s'agissait parfois de lieux historiques d'une grande importance et craignent que la ville ne perde son âme et ne devienne un nouveau Las Vegas.

Selon le Gulf Institute, basé à Washington, et la Fondation de recherche sur l'héritage islamique, au Royaume-Uni, plus de 95 % des bâtiments millénaires de La Mecque ont ainsi été détruits au fil des ans.

Quelques-uns des lieux détruits ou en voie de l'être :

  • la forteresse d'Ajyad, construite par les Ottomans à la fin du 18e siècle, détruite en 2002
  • la maison de la première épouse du prophète Mahomet, détruite pour construire des toilettes publiques
  • des colonnes ottomanes et abbassides du 17e siècle, détruites dans l'agrandissement de la Grande Mosquée
  • Bayt Al-Mawlid, la maison où serait né le prophète Mahomet
  • la maison du premier calife de l'islam, Abou Bakr

Même la tombe du prophète, à Médine, est menacée, selon une étude obtenue par le quotidien britannique The Independent.

Les revenus du tourisme

Selon le wahhabisme, doctrine religieuse saoudienne, l'adoration des reliques et des saints est considérée comme de l'idolâtrie. Les visites aux sanctuaires, tombes et autres lieux historiques associés au prophète ou à ses proches sont donc fortement découragées.

Par ailleurs, le tourisme est une source croissante de revenus pour l'État saoudien. En 2014, on estimait que le pèlerinage du hadj rapporterait 11,3 milliards de dollars canadiens, un chiffre qui pourrait augmenter à 15 milliards en 2020.

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