Une commission parlementaire tient des audiences spéciales aujourd'hui pour démêler la confusion entourant la vente des actions de Rona par Investissement Québec. De quoi s'agit-il exactement? Explications.

Un texte de Danielle Beaudoin

D'où vient la controverse?

En février dernier, l'annonce de la vente de la quincaillerie québécoise Rona au géant américain Lowe's a provoqué un tollé. Les partis d'opposition à l'Assemblée nationale ont accusé le gouvernement libéral de laisser partir un fleuron québécois.

Cette annonce a aussi soulevé des questions quant au rôle qu'aurait pu jouer le gouvernement pour empêcher la transaction. Au cours du débat public sur toute cette question est ressorti le fait qu'Investissement Québec, le bras financier du gouvernement, avait vendu la totalité de ses actions en 2014.

Les dénégations de Jacques Daoust

D'autres questions fusent sur la place publique. Qui, au gouvernement Couillard, a donné l'autorisation à Investissement Québec de vendre les actions de Rona?

Dès le début de la controverse, au printemps dernier, Jacques Daoust, alors ministre des Transports, est montré du doigt. Il était ministre de l'Économie en 2014 au moment des faits. Il a toujours maintenu qu'il n'était pas au courant de la vente des actions de Rona par Investissement Québec.

Le rapport de la vérificatrice générale

Quelques semaines plus tard, au début de juin, un rapport de la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, vient contredire Jacques Daoust.

La vérificatrice conclut que le ministre de l'Économie a donné son accord en décembre 2014 pour que le conseil d'administration d'Investissement Québec liquide toutes les actions de Rona. Mme Leclerc s'appuie sur des procès-verbaux du conseil d'administration d'Investissement Québec.

Jacques Daoust nie les affirmations de la vérificatrice générale.

Jacques Daoust ne remet pas en question le travail de la vérificatrice, mais il laisse entendre que le procès-verbal en question n'était peut-être pas exact.

La Coalition avenir Québec et le Parti québécois (PQ) accusent Jacques Daoust de mentir à la population, et ils réclament sa démission. Le premier ministre Couillard défend son ministre et propose de faire la lumière sur ce dossier en commission parlementaire.

Le procès-verbal du 17 novembre 2014

Selon des documents publiés par le PQ le 7 juin à l'Assemblée nationale, Jacques Daoust a rencontré le conseil d'administration d'Investissement Québec le jour même où la Société d'État a décidé de liquider les actions de Rona.

Le PQ a produit un procès-verbal d'Investissement Québec qui montre que M. Daoust s'est présenté à la fin de cette réunion, tenue le 17 novembre 2014.

À cela, Jacques Daoust répond qu'il a bel et bien participé à cette réunion, mais que la vente des actions de Rona n'a pas été discutée en sa présence. Il maintient qu'il n'était pas au courant.

Des courriels révélateurs

Le 18 août dernier, les médias publient un échange de courriels survenu le 26 novembre 2014 entre Jean-Jacques Carrier, vice-président principal d'Investissement Québec, et Pierre Ouellet, alors chef de cabinet du ministre Daoust.

M. Carrier demande au chef de cabinet de confirmer par courriel que le ministère de l'Économie est d'accord avec la vente des actions de Rona par Investissement Québec. Deux heures plus tard, Pierre Ouellet lui répond par la simple mention « O.K. », ce qui laisse place à l'interprétation.

Voici les courriels en question.

Premier courriel de Jean-Jacques Carrier à Pierre Ouellet, à 14 h 16 :

La réponse de Pierre Ouellet deux minutes plus tard :

Et le « O. K. » de Pierre Ouellet, à 16 h 42 :

La démission de Jacques Daoust

Le lendemain de ces révélations, Jacques Daoust démissionne à titre de ministre des Transports et député de Verdun.

Il maintient sa version des faits : « J'ai toujours dit la vérité, et mes déclarations dans le dossier de la vente des actions de Rona ont été rigoureusement exactes. Je n'avais pas été informé de l'intention des administrateurs de vendre la participation d'Investissement Québec dans Rona, je n'ai pas donné d'autorisation à celle-ci et je n'avais pas à le faire en raison des règles en vigueur à Investissement Québec. »

Le véritable rôle de Pierre Ouellet

L'opposition reste sur sa faim et elle continue de se poser des questions : Pierre Ouellet, l'ancien chef de cabinet de Jacques Daoust, a-t-il pris l'initiative d'autoriser la transaction d'Investissement Québec sans en parler à ses supérieurs? Ou alors, à qui a-t-il demandé une autorisation? Que savait exactement le premier ministre Couillard?

La CAQ réclame la comparution des trois « témoins clés » aux audiences d'aujourd'hui : l'ex-ministre de l'Économie Jacques Daoust, son ancien chef de cabinet, Pierre Ouellet, et l'ex-président et chef de la direction de Rona, Robert Dutton.

Qui comparaît à la commission parlementaire?

La Commission de l'économie et du travail entend aujourd'hui Mario Albert et Yves Lafrance, tous deux ex-PDG d'Investissement Québec, Jean-Claude Scraire et Louis Roquet, ex-présidents du conseil d'administration de la société d'État, Guylaine Leclerc, vérificatrice générale du Québec, ainsi que Pierre Ouellet, ex-chef de cabinet de Jacques Daoust au ministère des Transports.

La Commission n'entendra ni Jacques Daoust ni Robert Dutton.

Avec la collaboration du journaliste François Cormier

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