Déjouant tous les pronostics, Donald Trump sera le 45e président des États-Unis. Si les sondages et les experts prédisaient une victoire ferme d'Hillary Clinton à l'orée du scrutin, les États pivots traditionnellement démocrates lui ont, contre toute attente, tourné le dos. Explications.

Un texte de Guillaume Lepage

Les deux candidats ont mené dans plusieurs États pivots une lutte serrée, très souvent avec un écart de quelques points seulement. Mais c'est avec des victoires clés en Ohio et en Floride que le magnat de l'immobilier a réussi à se faufiler devant la secrétaire d'État, explique Vincent Boucher, chercheur en résidence à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

« Trump a remporté ces deux États qui sont considérés comme des baromètres du résultat des élections présidentielles, indique-t-il. La Floride a été remportée par le gagnant du scrutin présidentiel dans toutes les élections depuis 1964, à l'exception de celles de 1992. L'Ohio, de son côté, a été remporté par le gagnant du scrutin dans toutes les élections présidentielles depuis 1964, sans exception. »

Dans les faits, Donald Trump a récolté 49,1 % des voix en Floride, alors qu'Hillary Clinton en a obtenu 47,7 %. Du côté de l'Ohio, le candidat républicain a fait mieux, obtenant 52,1 % des suffrages exprimés contre 43,5 % pour la candidate démocrate. Fait à noter : ces deux États avaient voté pour le président sortant, Barack Obama, en 2008 et en 2012.

« On pensait que cette année on allait voir la tendance historique de l'Ohio être brisée parce qu'on anticipait une victoire de Clinton [à la présidentielle] et on savait que Trump était en avance et faisait bien dans l'Ohio, poursuit Vincent Boucher. Mais finalement le gagnant du scrutin présidentiel, Donald Trump, a encore une fois remporté l'Ohio. »

Le vote blanc

Les États traditionnellement démocrates de la « Rust Belt », autrefois le coeur de l'industrie lourde américaine, ont aussi été décisifs dans la victoire de Donald Trump, explique Julien Tourreille, également chercheur pour la Chaire Raoul-Dandurand. Son discours protectionniste et hostile à l'establishment a rallié une forte majorité de la classe ouvrière blanche de cette région.

« Tous les États-clés où allait se jouer la course ont basculé en faveur de Donald Trump, notamment les États de la "Rust Belt" comme le Michigan, le Wisconsin, la Pennsylvanie et l'Ohio, indique-t-il. Ces États, anciennement industrialisés, ont été frappés depuis 20 ans par la désindustrialisation. Son discours contre le libre-échange et dénonçant le fait que, depuis 30 ans, les élites politiques ont été incapables de remplir leurs promesses de création d'emplois a visé dans le mille. »

« Ce qu'on a constaté, c'est que même si les dirigeants des syndicats se positionnent encore pour le parti [d'Hillary Clinton], la base a échappé aux démocrates et s'est tournée vers Donald Trump », ajoute le spécialiste de la politique étrangère et de défense des États-Unis.

L'effet Sanders

Devant la victoire du milliardaire new-yorkais dans ces États durement touchés par le chômage, Vincent Boucher se demande si la candidature de Bernie Sanders n'aurait pas changé la donne. À l'instar de M. Trump, le sénateur du Vermont se positionnait contre les traités de libre-échange et visait à ramener les emplois industriels et manufacturiers dans la région.

« Je ne pense pas que ça aurait changé fondamentalement [les résultats] », répond Julien Tourreille, qui convient toutefois que le protectionnisme de Bernie Sanders aurait pu « limiter l'attrait de Trump ». Selon lui, il serait cependant « resté le candidat du Parti démocrate ». « Est-ce que l'électorat blanc aurait fait confiance à Sanders plutôt qu'à Trump? Je pense que Trump aurait eu la prime de l'honnêteté sur le coup parce qu'il aurait pu dire : "Sanders ne peut pas autant que moi renouveler le parti et altérer sa position comme élément de changement". »

« C'est possible », juge pour sa part Linda Kay, professeure au Département de journalisme de l'Université Concordia. Au final, selon elle, Hillary Clinton n'a pas projeté l'image d'une « agente de changement » et n'est pas parvenue ainsi à rassembler derrière elle les jeunes électeurs et ceux des minorités visibles. « Les électeurs qui ont voté pour Barack Obama par le passé ne sont pas sortis voter pour Hillary Clinton », tranche-t-elle.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale 

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