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Cégeps : des comptes de dépenses approuvés sans justificatifs

Le constat de la vérificatrice générale est sans appel : il y a du laxisme dans la surveillance des frais engagés par les dirigeants de certains cégeps au Québec.

Guylaine Leclerc a réalisé une analyse des comptes de dépenses des dirigeants de 5 des 48 établissements collégiaux de la province. Dans près des deux tiers des cas examinés, indique-t-elle dans l'un des chapitres de son rapport automnal, « des frais de déplacement, de représentation et de réception ont été remboursés sans que les pièces justificatives soient présentes ou suffisantes, ou encore sans que les approbations requises soient obtenues ».

Les 232 comptes examinés totalisaient 167 445 $, soit 7 % de l'ensemble des dépenses remboursées de 2012 à 2015 dans les cinq cégeps. Les sommes approuvées sans justification valable pourraient en ce sens « être significatives pour l'ensemble du réseau collégial ».

Gestion déficiente des contrats

La vérificatrice générale déplore également le processus de gestion des contrats d’approvisionnement, de service et de construction dans les cégeps audités. Des 55 contrats étudiés, accordés entre 2012 et 2015 – d'une valeur totale de 20 millions de dollars–, quelque 22 % d'entre eux ont fait l'objet de dépassements de coûts variant de 12 à 85 %.

L’une des sources du problème est la mauvaise évaluation des besoins et, donc, des coûts et de l’échéancier. De nombreuses modifications à des contrats, parfois par dizaines, ont été décelées en cours de mandat. Le délai d’exécution a souvent excédé quatre semaines.

En 2015, la moitié des établissements collégiaux étaient déficitaires, selon la Fédération des cégeps du Québec. La mauvaise gestion peut-elle en être la cause?

C'est certain qu'à partir du moment où il y a un déficit au niveau de la gestion des dépenses administratives, ça a nécessairement un impact sur les résultats.

Guylaine Leclerc, vérificatrice générale du Québec

En réaction aux recommandations de la vérificatrice générale, la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, s'est engagée à mettre en place un plan d'action pour améliorer la gouvernance de l'ensemble des cégeps. « Il faut avoir cette culture de reddition de comptes, a-t-elle ajouté. Comptez sur moi, je vais regarder ça de très près. »

Défaillance dans la réinsertion sociale des contrevenants

Dans un autre chapitre de son rapport, la vérificatrice générale fait état de taux de récidive importants chez des personnes ayant purgé une peine d’incarcération. Entre 18 % et 55 % des contrevenants ont de nouveau commis une nouvelle infraction depuis la fin de leur passage derrière les barreaux en 2007-2008.

Mme Leclerc dénonce le retard pris par le ministère de la Sécurité publique pour effectuer une première étude en la matière, soit l’année dernière. Celle-ci a été « difficile à réaliser, compte tenu des données absentes, imprécises ou incohérentes du système d’information du ministère ».

Les efforts et les évaluations pour suivre le cheminement des contrevenants sont ainsi insuffisants et manquent de rigueur, selon elle. Impossible alors de savoir si la sécurité du public est plus ou moins menacée qu'auparavant. « Je ne peux pas vous dire quels sont les plus grands impacts, a-t-elle affirmé aux journalistes, mais une des choses qui est importante, c'est qu'on ne sait pas si ça fonctionne. »

Moi, je regarde ces chiffres, puis la réponse à laquelle on s'attend, c'est que ce n'est pas acceptable. Le ministre devrait être scandalisé de la faiblesse du suivi.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

Attaqué par l'opposition péquiste à la période des questions, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a dit prendre acte des recommandations du rapport et que des travaux sont déjà en cours pour améliorer la situation.

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