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Célébration de la différence aux funérailles du père Emmett « Pops » Johns

Les funérailles du père Emmett Johns ont été célébrées samedi à la basilique Saint-Patrick, à Montréal. Dignitaires et jeunes de la rue se sont réunis pour dire un ultime adieu à celui qu'on surnommait affectueusement Pops.

Des centaines de personnes, dont bon nombre d’anciens itinérants, se sont recueillies autour du cercueil du père Johns lors de ses obsèques. Il a été porté à son dernier repos entouré des jeunes et moins jeunes auxquels il a consacré une bonne partie de sa vie.

La cérémonie a été célébrée par l'archevêque de Montréal, Christian Lépine. Il a brossé le portrait d'un homme d'une bienveillance inouïe qui a eu le « coup de génie » d'aller à la rencontre des jeunes sans-abri à bord d'une caravane motorisée.

L'archevêque a souligné que son approche a depuis été « imitée » – un chapeau bas pour l'organisme Le bon Dieu dans la Rue, que le père Johns avait fondé en 1988.

« L'amour était le pilier de la vie de Pops », a pour sa part souligné le diacre François Lehmann, ami et médecin du défunt, responsable de prononcer l'homélie. Selon lui, l’hommage réservé au père Johns est « une célébration de l’amour ».

Jeunes itinérants

La directrice actuelle des services aux jeunes de Dans la rue, Caroline Dufour, a rendu hommage à Pops lors de la cérémonie en racontant ses premiers pas en tant qu'intervenante. Elle a admis qu'il avait alors dû lui apprendre à cesser de percevoir les jeunes itinérants comme « des paquets de problèmes à régler ».

D’anciens itinérants ont également pris la parole pour livrer des témoignages en plus d’assurer des prestations musicales.

« Il y a dans cette église des gens très différents les uns des autres. Certains avec veston-cravate et beaucoup d’autres avec des cheveux multicolores et parfois des anneaux, ici et là », a témoigné l'un des jeunes qui a connu Pops.

Huit anciens bénéficiaires de l'organisme Dans la rue ont porté le cercueil à la sortie de la basilique.

Cinq musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal ont pris part aux obsèques en interprétant la célèbre chanson Hallelujah composée par Leonard Cohen, une des pièces préférées du père Johns.

Avant les funérailles, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a saisi l'occasion pour faire part de ses intentions d'intégrer le nom du disparu à la toponymie de la ville.

« On travaille en collaboration avec Dans la rue. On trouvait ça important de faire le processus avec eux et ce vers quoi on se dirige, c'est d'utiliser un parc dans le coin du Centre-Sud, là où Dans la rue est situé », a indiqué Mme Plante.

Réactions

Les nombreux dignitaires présents n’avaient que de bons mots pour le père Johns.

« C’est quelqu’un qui redonnait la dignité aux gens, l’espoir, l’estime de soi », a déclaré Denis Coderre, maire de Montréal jusqu'à l'élection de Valérie Plante, en novembre.

« Il a beaucoup aidé les jeunes en les respectant, en leur donnant beaucoup d’amour et d'espoir », a pour sa part souligné Gérald Tremblay, qui a été maire de Montréal pendant 10 ans, jusqu'en 2012.

La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, était également présente à la cérémonie. Elle a écrit sur Twitter que l'« empreinte (du père Johns) restera à jamais sur Montréal ».

La ministre québécoise déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, l'a remercié pour son « dévouement auprès des jeunes ».

Les ministres Marc Garneau, Martin Coiteux, Kathleen Weil et Hélène David avaient également confirmé leur présence.

Drapeaux en berne

Il ne s'agissait cependant pas de funérailles nationales, comme le souhaitait notamment le président de SOS Itinérance, Alexandre Paradis.

Les drapeaux étaient en berne pour l'occasion, notamment à l'hôtel du Parlement, à Québec.

La dépouille du père Johns avait été exposée en chapelle ardente à l'hôtel de ville de Montréal jeudi et vendredi.

Le père Emmett Johns est décédé le 13 janvier à l'âge de 89 ans de causes naturelles.

Ce prêtre, qui était atteint de la maladie de Parkinson, a été l’un des visages importants de la lutte contre l’itinérance à Montréal. Il a sillonné pendant des années les rues du centre-ville, la nuit, dans une autocaravane pour venir en aide aux jeunes de la rue.

Avec les informations de Sébastien Desrosiers

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