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Centre d’amitié autochtone : un village autochtone en ville

Depuis une cinquantaine d'années, les centres d'amitié autochtones du Québec jouent un rôle fondamental dans la promotion de la culture et l'intégration des Premières Nations, Métis et Inuits, dont plus de la moitié vivent maintenant en milieu urbain. À Montréal, un premier centre a ouvert ses portes en 1975 à l'intersection du boulevard Saint-Laurent et de la rue Ontario. Mais peu de non-Autochtones savent ce qu'on y fait.

Un texte de Laurence Niosi

Arrivé à Montréal de son Abitibi natal il y a 26 ans, Paul Moushoom a vécu plusieurs années dans la rue et même une année en prison avant de se trouver un logement grâce à Projets autochtones du Québec, un organisme qui vient en aide aux personnes en difficulté. Au fil des méandres et soubresauts de la vie, le quarantenaire n’a jamais cessé de fréquenter quotidiennement le centre d’amitié du boulevard Saint-Laurent.

Depuis 42 ans, l’institution du centre-ville de Montréal offre un repère aux Autochtones souvent venus de communautés rurales. Le centre offre des services de première ligne - des repas, des douches et des activités culturelles –, mais il sert également de « maison » pour bon nombre des 26 000 Autochtones qui habitent Montréal et les alentours.

Si certains viennent pour les repas chauds, la majorité des Autochtones sont là pour garder contact avec leur culture. C’est le cas de Colin, jeune photographe, qui a récemment déménagé à Montréal. Il fréquente le centre pour faire du perlage, retrouver des amis et, surtout, pour renouer avec une culture qu’il a peu connue en grandissant à Vancouver. Il a d’ailleurs récemment commencé à s’identifier comme bispirituel (une personne queer de « troisième genre »), concept autochtone qu’il ne connaissait pas avant.

Les itinérants en priorité

Le centre a une mission bien simple : celle d’« améliorer la qualité de vie pour les Autochtones de Montréal », explique Moe Bowen, intervenant auprès de la patrouille de rue de l'établissement. Les patrouilleurs distribuent, trois fois par semaine, des lunchs et des produits hygiéniques aux itinérants du centre-ville.

Le Centre d'amitié autochtone de Montréal est d'ailleurs le seul centre du genre au Québec - il y en a 12 en tout - à faire une place aussi grande aux itinérants.

Cette orientation lui a d'ailleurs valu d’être chassé, en 2012, du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ), qui a notamment comme mission d’offrir des services aux familles. Depuis, un nouveau centre avec une vision en ligne avec celle du RCAAQ, baptisé Montréal autochtone, a vu le jour, rue Sherbrooke Est.

Mais le centre d’amitié du boulevard Saint-Laurent ne se consacre pas qu’aux itinérants. M. Bowen estime qu’ils comptent pour environ 40 % de la clientèle. Une autre portion des personnes qui fréquentent le centre est constituée à 30 % de gens à faibles revenus. Les autres - des étudiants, par exemple - viennent simplement pour socialiser ou utiliser des ordinateurs. La majorité sont des membres : une cotisation de 5 $ par année leur donne accès à certains services, comme les dîners.

Même si l’organisme a plus une mission d’accompagnement, Moe Bowen croit avoir aidé de nombreux membres à se sortir de situations difficiles. « Certaines personnes sont retournées aux études, par exemple. C’est une question de motivation. On les voit à moitié chemin et eux doivent faire leur part », dit-il.

Aujourd’hui, si Paul va mieux, c'est en bonne partie grâce au centre de jour. Il suit des cours de soudure et travaille beaucoup sur lui-même après avoir subi des années d’abus à l’adolescence.

« Ici, c'est la famille, c'est comme un village amérindien, comme une réserve. You know? »

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