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Ces entreprises qui accueillent les chefs en campagne

Depuis le début de la campagne, les chefs de partis politiques ont visité des dizaines d'entreprises un peu partout au Canada. Dans plusieurs cas, il s'agit d'une façon d'illustrer une promesse ou un message. Mais qu'en retirent les compagnies qui se prêtent au jeu?

Un texte de Daniel Thibeault

Vendredi dernier, Stephen Harper a rencontré les journalistes de médias ethniques de la région de Vancouver. Cette réunion, à laquelle les autres médias n'étaient pas invités, était organisée dans des locaux loués à la microbrasserie Red Truck de Vancouver.

Le refus d'inviter les grands médias traditionnels à la rencontre a rapidement suscité un tollé sur les réseaux sociaux. Le jugement est vite tombé. « Une brasserie locale de moins à appuyer », a par exemple publié un utilisateur de Twitter.

Dommages irréparables?

Selon Gilles Levasseur, professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa, il faut prendre ce genre de commentaires avec un grain de sel.

« Il va toujours y avoir des critiques, c'est toujours le cas. La question c'est : ceux qui critiquent, est-ce qu'ils sont assez forts? Puis, ce que l'on voit apparaître dans le monde des réseaux sociaux, c'est la vitesse avec laquelle les gens soulèvent une tempête, mais que le lendemain, il y a une autre tempête, puis on n'est plus capable de se rappeler qu'elle était la tempête d'hier. »

Il croit que les avantages de recevoir quelqu'un comme le chef conservateur sont bien supérieurs aux risques. Une fois la tempête passée, « ce dont on se souvient, c'est de l'image, du logo, de la visibilité. Quand est on très petit, et qu'on n'en a jamais eu, c'est important ».

M. Levasseur donne l'exemple de la pâtisserie d'Ottawa où est allé le président américain Barack Obama lors de sa première visite au Canada, en 2009. Le Moulin de Provence affiche les photos et diffuse encore les vidéos de la visite du président. « Ça donne une certaine visibilité, un certain statut, même si on n'est pas tous d'accord avec M. Obama. »

« Il y a un vieux dicton qui dit que toute publicité, c'est de la bonne publicité », souligne Pierre Katona, responsable du marketing chez Maretin Family Fruit Farm à Waterloo, en Ontario. C'est dans son entrepôt que Stephen Harper a fait pour la première fois sa mise en scène avec des billets de banque pour illustrer sa vision du coût des promesses libérales.

« On a vu une petite réaction négative », dit-il, surtout sur Facebook et Twitter. Mais, selon lui, « les gens disent n'importe quoi en ligne. Je pense [...] que les gens sont capables [maintenant] de faire la différence entre les idiots qui écrivent n'importe quoi parce qu'il n'y aucune conséquence, et les gens qui alimentent des discussions légitimes ».

Choisir la bonne entreprise

Le parti politique qui décide de tenir un événement dans une entreprise doit aussi choisir le bon endroit. Certains sites sont à éviter, explique le professeur Levasseur. Une entreprise qui ferait des jeux vidéo très violents, par exemple, pourrait susciter des questions embarrassantes pour un politicien en visite. Même chose avec une usine de fabrications de saucisses à hot-dog, un produit qui, pour plusieurs, a une connotation négative.

Et puis, il y aussi « les cas où [...] on doit s'habiller avec un vêtement ou un accessoire qui est relatif à l'industrie, dit le professeur Levasseur. On a vu cela avec [Gilles Duceppe] qui a eu ce problème-là avec un chapeau sur la tête quand il est allé visiter une fromagerie ».

Répondre à la controverse

Quand les premiers commentaires négatifs ont été publiés sur Twitter, la brasserie Red Truck a rapidement répondu, précisant que la salle avait été louée par le Parti conservateur, et que l'entreprise n'entretient aucune affiliation politique.

Red Truck a décliné la demande d'entrevue de Radio-Canada, mais sa porte-parole, Carla Shore, a mentionné que la salle avait déjà été utilisée par au moins un autre parti politique. Elle a aussi souligné qu'après quelques jours, les utilisateurs de Twitter avaient modéré leurs commentaires négatifs, et que la microbrasserie avait plutôt utilisé l'incident pour encourager ses clients à voter lundi.

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