Confrontée à un réseau de plus en plus en demande, Hydro-Québec doit construire de nouvelles lignes partout en province, en milieux forestiers comme en milieux urbains. Mais le courant ne passe toujours pas entre certaines municipalités et la société d'État.

Un texte de Mathieu Dion

La petite municipalité de Saint-Adolphe-d'Howard, dans les Laurentides, s'est présentée mercredi et jeudi devant la Régie de l'énergie dans l'espoir qu'Hydro-Québec se voie refuser la construction sur son territoire d'une ligne de 120 000 volts dans sa forme actuelle.

La nouvelle ligne de 40 kilomètres qui partirait du poste de Grand-Brûlé, à Mont-Tremblant, passerait par Saint-Adolphe-d'Howard pour se raccorder à une ligne existante afin d'alimenter les postes de Saint-Sauveur et Doc-Grignon, plus au sud. Son coût est estimé à 92 millions de dollars. Le but est d'assurer un apport supplémentaire d'électricité et d'assurer une plus grande fiabilité, la croissance de 20 % de la population dans les Laurentides depuis 10 ans ayant mené à une saturation du réseau.

Dans le projet mis de l'avant par Hydro-Québec, la ligne passerait sur le dessus de la montagne qui fait la beauté du paysage de Saint-Adolphe-d'Howard. Le comité consultatif de la municipalité, qui milite depuis près de trois ans contre le projet, se défend d'être atteint du syndrome du « pas dans ma cour » et assure vouloir coopérer avec Hydro-Québec.

Un projet qui divise la région 

La solution proposée par Saint-Adolphe-d'Howard lors des audiences devant la Régie de l'énergie ferait passer la majorité de la ligne plus au nord, à Sainte-Agathe-des-Monts, en empruntant les emprises déjà existantes.

Hydro-Québec fait valoir que les solutions mises de l'avant par Saint-Adolphe-d'Howard conduisent à des expropriations dans la municipalité voisine ou ne répondent pas aux objectifs à long terme du projet.

Saint-Adolphe-d'Howard se dit coincée et espère être entendue par la Régie de l'énergie. « C'est quand même un prix assez lourd à payer. Je suis convaincue qu'Hydro-Québec a toute l'expertise pour arriver à une solution de compromis », renchérit Sarah Perreault.

Une autre solution serait d'enfouir les fils. La société d'État écarte cependant cette possibilité pour des raisons de coûts et de durée de vie. « Dépendamment de la géographie, le coût du souterrain est de quatre à dix fois plus dispendieux que l'option d'une ligne aérienne et sa durée de vie est de 40 ans, comparativement à 70 ans pour la seconde option », dit Serge Abergel, porte-parole d'Hydro-Québec.

Lignes souterraines en situation exceptionnelle seulement

Mais enfouir les fils est parfois la solution empruntée. Par exemple, depuis l'été dernier, il est possible de voir l'enfouissement de deux lignes souterraines de 315 000 volts sous le boulevard René-Lévesque, au centre-ville de Montréal. Les travaux nécessitent de grands moyens et causent bien des maux de tête aux automobilistes. « On procède en souterrain quand il n'y a aucune autre alternative », explique Serge Abergel.

L'enfouissement des fils semble vraiment une exception pour Hydro-Québec. Le combat pour obtenir des lignes sous terre semble d'ailleurs déjà perdu pour des résidents d'un quartier de Dollard-des-Ormeaux, dans l'ouest de l'île de Montréal. Le groupe « Build It Underground DDO » a tenté par tous les moyens d'empêcher Hydro-Québec de construire une ligne aérienne de 315 000 volts dans un couloir de près de 3 kilomètres appartenant à la société d'État.

Le projet a déjà reçu l'aval de la Régie de l'énergie. Il reste maintenant l'approbation du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et la dernière du gouvernement du Québec.

Autre projet récent qui a suscité l'opposition de la population, c'est dans Lanaudière. Il s'agit de la ligne de 735 000 volts entre le Lac-Saint-Jean et Montréal. Le projet présentement en construction a suscité la colère de nombreux citoyens, surtout que le gouvernement du Québec a donné le feu vert à Hydro-Québec malgré l'avis contraire du BAPE.

Des cas rares, dit Hydro-Québec

Si ces projets font grand bruit, Hydro-Québec tente de réduire leur portée.

M. Abergel reconnaît que les pylônes ne sont pas invisibles, mais les contraintes sont nombreuses. « On doit répondre à la demande du milieu, aux besoins des Québécois et au projet à un meilleur coût », dit-il.

Parmi d'autres projets à surveiller dans les prochains mois, il y a le projet de ligne d'interconnexion entre le Québec et le New Hampshire en Estrie destinée à l'exportation d'électricité. La procédure d'évaluation sera bientôt devant le BAPE. Une troisième ligne de 735 000 volts de 250 kilomètres est également projetée d'ici six ans entre la Côte-Nord et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

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