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Cette clôture qui n'arrête pas les migrants en Hongrie

Des dizaines de milliers de migrants, pour la plupart des réfugiés fuyant la guerre en Syrie, remontent depuis des semaines la zone ouest des Balkans vers l'Europe. Une fois la frontière entre la Serbie et la Hongrie traversée, ils espèrent rejoindre l'Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Suède par train.

Un texte de notre envoyé spécial en Hongrie Sylvain Desjardins

Le gouvernement hongrois du très conservateur Viktor Orban confirme que l'aménagement d'une clôture de barbelés est terminé sur les 175 kilomètres de sa frontière sud avec la Serbie. Ce sont en fait des rouleaux de barbelés jetés sur le sol. Une vraie clôture en dur est en construction et doit être achevée à la fin de novembre.

Entre-temps, les migrants - qui en ont vu d'autres au cours de leur périple de plusieurs semaines - trouvent facilement des moyens de franchir cet obstacle. Ils arrivent par groupe de 10 à 20, des hommes seuls, mais aussi des familles avec parfois de très jeunes enfants. Ils ne sont pas refoulés, pas arrêtés. Ils sont accueillis par les policiers hongrois qui leur donnent de l'eau, du pain, des biscuits vitaminés. Ensuite viennent les nouveaux problèmes.

Les demandeurs d'asile doivent nécessairement déposer une demande formelle dans le premier pays d'Europe où ils posent le pied. Chaque individu est fiché, empreintes digitales à l'appui.

Un afflux de migrants

En Hongrie, les autorités sont habituées à gérer entre 1000 et 2000 demandes de ce type par année. Or, depuis janvier, ils en ont accueilli plus de 140 000. Les centres d'accueil débordent, les conditions de vie laissent grandement à désirer. Et puisque le traitement des demandes fonctionne au ralenti, les nouveaux arrivants doivent s'attendre à passer plus de six mois dans des conditions de vie lamentables. 

En fait, 99 % de ces réfugiés ne veulent pas rester en Hongrie. Ils visent l'Allemagne ou encore les pays scandinaves. Mais le règlement européen, que beaucoup de gens trouvent maintenant désuet, exige que le droit d'asile soit déterminé par le pays d'accueil.

La police hongroise interdit donc aux migrants de monter à bord des trains qui quittent le pays. Les rares personnes qui en ont les moyens vont se payer un taxi jusqu'à la frontière autrichienne, avec le risque d'être refoulés. D'autres vont s'entasser dans les camions de passeurs sans scrupules, avec le risque d'en mourir, comme le groupe des 71 retrouvés récemment en Autriche.

Dans les faits, l'Allemagne a annoncé qu'elle était prête à contourner le règlement et à accueillir les réfugiés syriens qui arrivent par la Hongrie. Mais encore faut-il qu'ils puissent s'y rendre.

Des voix s'élèvent contre la Hongrie 

Le gouvernement hongrois de Viktor Orban est maintenant critiqué par certains de ses voisins européens. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dit qu'il trouvait scandaleuse l'attitude de certains pays de l'Est européen dans la gestion des flux de migrants.

Mais l'Europe n'arrive pas non plus à gérer cette affluence de demandeurs d'asile. Plusieurs pays, surtout de l'Est, mais aussi de l'Ouest, refusent de participer à un programme de répartition plus équitable des centaines de milliers de personnes en quête d'une nouvelle vie.

Des sommets européens consacrés à cette crise sont à prévoir prochainement.

Entre-temps, ces déplacements de population vont continuer à un rythme soutenu jusqu'à l'arrivée de l'hiver. Et même après. De nombreux exemples européens, en France, en Espagne, en Allemagne l'ont déjà démontré : les plus imposantes barrières n'arrêtent pas les personnes déterminées.

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