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Cette fameuse frontière qui fait peur à Trump

À Yuma, en Arizona, à la frontière mexicano-américaine, la chaleur est suffocante, l'espagnol se mêle à l'anglais, on mange des hamburgers et des tacos dans le même repas, et on trouve trop souvent des cadavres de migrants dans le désert.

Yanik Dumont Baron

  Un texte de Yanik Dumont Baron

J'ai passé cinq jours dans la région de Yuma pour essayer de mieux comprendre la relation complexe entre les deux peuples voisins.

En cinq jours, j'ai rencontré des clandestins et le shérif, qui n'aime pas trouver des morts dans le désert. Il y avait aussi cet homme d'affaires bien aisé et ces pauvres vendeurs ambulants. J'ai partagé un repas avec une famille divisée par la frontière, et j'ai discuté avec ceux qui tirent profit de cette même démarcation.

De tous ces gens, c'est Julio Cesar Aguillera qui m'a le plus appris. Ce Mexicain de 25 ans est marié et père de deux enfants. Il a le droit de travailler aux États-Unis. Julio est donc privilégié. Mais il a aussi un problème : il a perdu les papiers qui lui permettent de traverser la frontière. Il est donc pris aux États-Unis.

La famille de Julio n'a pas les mêmes privilèges. Elle ne peut pas entrer aux États-Unis, même pour la journée. Ce qui fait que Julio est coupé de sa femme et de ses enfants depuis six semaines déjà. Séparés par une frontière. Eux, au Mexique, lui, aux États-Unis.

Cette frontière, c'est une longue ligne sur une carte, pour la plupart des Américains. C'est aussi l'objet de craintes et de tiraillements politiques.

Pour ceux qui habitent si près, la frontière prend une tout autre signification. C'est un obstacle ou une occasion, un passage obligé lent et pénible ou une tracasserie avant le lunch.

Des bouchons même la nuit

La famille de Julio habite San Luis Rio Colorado, dans l'État de Sonora. Pour venir travailler à Yuma, il doit normalement se lever à 1 h du matin. Aussi tôt parce qu'il faut se mettre en file avec des centaines d'autres employés mexicains. Il y a des bouchons la nuit à la frontière.

À l'aurore, des écoliers viennent s'ajouter à la file. Les parents de ces jeunes sont des Mexicains qui ont le droit de vivre aux États-Unis, mais qui préfèrent habiter au Mexique parce que c'est moins cher.

Quand les files sont trop longues, au moment des récoltes par exemple, certains résidents mexicains louent ensemble une chambre d'hôtel du côté américain. Ils évitent ainsi les attentes interminables à la frontière.

Bien sûr, les salaires sont meilleurs aux États-Unis. Et les employeurs américains, les agriculteurs comme les entrepreneurs, aiment bien ce bassin de main-d'œuvre relativement bon marché. Pour eux, la frontière n'existe pas vraiment. C'est même une source de bonnes occasions, de fruits et légumes frais et à bas prix.

Il y a aussi ces snowbirds, canadiens comme américains, pour qui la frontière n'est qu'une formalité. Une fois la voiture stationnée, il ne faut pas cinq minutes à pied pour entrer à Los Algodones, au Mexique. Il suffit de passer un tourniquet et un douanier qui ne pose pas de questions. C'est presque comme prendre le métro.

Les touristes s'y rendent pour des soins dentaires bon marché. On y trouve aussi des médicaments, des lunettes et de l'alcool à meilleur prix qu'aux États-Unis. « Si on n'a pas d'assurance maladie, pourquoi s'en passer? » demande Dal, né au Michigan.

Les Mexicains qui les accueillent y trouvent leur compte. En plus des services médicaux, il y a les souvenirs, les restaurants et les bars, en plus des mendiants.

« La ville dépend à 100 % du tourisme », avoue Teresa Lara Sanchez, une résidente de Los Algodones, dont les deux enfants sont dentistes. Elle s'inquiète un peu, parce qu'elle n'aime pas la façon dont le candidat républicain à la Maison-Blanche, Donald Trump, parle de la frontière et des Mexicains.

Donner un coup de main aux migrants

Alma Bonn, une habitante de Yuma, n'aime pas vraiment, elle non plus, ce que propose le candidat républicain. Cette Américaine, née de parents mexicains, passe son temps à aider les réfugiés qui viennent d'arriver aux États-Unis, même s'ils sont entrés illégalement. Ceux qui en veulent aux clandestins sont des ignorants, croit-elle. « Ils feraient la même chose à leur place. »

La plupart de ces migrants ne sont pas nés au Mexique. Ils viennent d'Amérique centrale, d'Afrique, d'Asie. Ce sont des gens qui passent par le Mexique dans l'espoir d'arriver à la terre promise. Ils fuient des conditions économiques difficiles, des quartiers violents, des vies perturbées par la mort, les menaces.

« Nous ne sommes pas des criminels », s'exclame Henry Cruz Diaz, indigné.

Du Honduras, il a mis 16 jours pour arriver en Arizona. Il est venu avec son fils de 6 ans. Il espère un jour pouvoir aider sa femme et son autre garçon à passer aux États-Unis. Un autre qui espère effacer cette frontière.

Parmi les bénévoles qui accueillent les migrants, il y a des républicains. Des gens qui appuient Donald Trump et qui mettent la politique de côté, comme l'Américaine Licha Jones, dont les parents sont Mexicains.

 

Et pas question non plus d'expulser tous les clandestins qui habitent dans l'ombre, affirme Licha Jones. « Les gens n'y pensent pas, mais les États-Unis ont besoin de cette main-d'œuvre. »

Rendre la frontière moins cruelle

Même le shérif du comté de Yuma parle tout en nuances. Ce grand moustachu appuie aussi Donald Trump.

Sa préoccupation, c'est surtout de freiner les narcotrafiquants qui empoisonnent les Américains. Les politiciens, croit le shérif Leon Wilmott, « doivent trouver une solution au problème de l'immigration. »

Lui, il en a assez de trouver des cadavres de migrants, morts de soif, dans le désert. Il ne parle pas d'effacer la frontière, mais de la rendre moins dure, moins cruelle pour certains.

Julio, lui, voudrait effacer la frontière. C'est ce qui le sépare de sa famille. Pris aux États-Unis depuis six semaines, il attend ses nouveaux papiers pour rentrer chez lui. Ça pourrait prendre trois mois encore. Trois mois pour faire disparaître cette barrière.

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