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Changements climatiques : le pouvoir des petits

Dans les couloirs de la conférence de Marrakech, Philippe Couillard est très à l’aise. Il multiplie les poignées de main et les rencontres. C’était la même chose l’année dernière à Paris, où l’ancien vice-président américain Al Gore a fait son éloge devant un parterre de dignitaires dédiés à la cause climatique.

À Marrakech, on lui a bien sûr demandé sa réaction face au projet de Donald Trump de soustraire les États-Unis de l’accord de Paris sur les changements climatiques. Il a commencé par dire qu’il fallait attendre, que la position du président désigné des États-Unis allait peut-être s’adoucir. Il a peut-être raison, qui sait?

Puis, il s’est souvenu d’un épisode semblable, quand le gouvernement canadien de Stephen Harper, en 2011, s’est retiré du protocole de Kyoto, la première grande entente sur le climat. « Ça a donné encore plus d'espace pour le Québec afin d'assumer son rôle de leadership et d'augmenter ses relations et son influence, notamment à travers les Nations unies », dit le premier ministre.

M. Couillard a probablement raison. Après ce geste, son prédécesseur, Jean Charest, est devenu une star de la lutte contre les changements climatiques. Acteur clé du Climate Group, un groupe de gouvernements régionaux - dont l’État de New York, le Connecticut, la Catalogne, la Bretagne, la Bavière, la Wallonie ou encore l’Écosse - le Québec s’imposait en tant que leader régional.

C’est d’ailleurs sous le gouvernement Harper que le partenariat entre la Californie et le Québec s’est concrétisé. La Californie qui, faut-il le préciser, a une population plus grande que celle du Canada en entier.

Le pouvoir local

À Marrakech, tous les leaders à qui on a demandé de réagir à l’arrivée de Donald Trump ont répondu à peu près la même chose.

Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, a eu ces mots : « Aujourd’hui, les villes, les États et les régions sont devenus des moteurs pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il n’y a pas que Washington. »

François Hollande, le président français, explique que « les régions, les villes, les entreprises, les ONG et les citoyens prennent des initiatives pour conjuguer la lutte contre réchauffement et le développement économique. »

Catherine McKenna, la ministre de l’Environnement du Canada, estime elle aussi que « ce n’est pas seulement le leadership des gouvernements nationaux. Il y a les municipalités, les ONG, les entreprises, les peuples autochtones. [...] Je pense que c'est une vague qu'on ne peut pas arrêter. »

Des positions que partage sans hésiter l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, qui a fait de la lutte contre les changements climatiques son principal combat.

De passage à Marrakech, il a rappelé que les gouvernements municipaux et régionaux contrôlent la majorité des secteurs qui ont un effet sur la réduction de gaz à effet de serre : le transport en commun et le transport urbain en général, le transport actif, la gestion du développement urbain, le verdissement des villes, les milieux humides, etc.

Sous le règne de Michael Bloomberg, la ville de New York, qui compte 12 millions d’habitants, a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de près de 12 % depuis 2005.

M. Bloomberg a doublé la place occupée par les parcs, il a planté près de 300 000 arbres et a lancé un vaste programme de rénovation des immeubles de la ville afin d’améliorer l’efficacité énergétique.

M. Couillard a raison de dire que l’arrivée de Donald Trump pourrait donner plus de vision aux gouvernements locaux et régionaux. Québec a d’ailleurs entamé des discussions sur d’éventuels partenariats climatiques avec différents États et américains et mexicains.

Pourrait-on voir, à terme, un immense marché du carbone régional à l’échelle nord-américaine à l’écart de Washington? Rien ne pourrait l’empêcher. De nombreuses entreprises seront prêtes à y participer.

Mais qu’à cela ne tienne. Impossible d’ignorer le fait que pour l’ensemble de la planète, ces gouvernements régionaux ne sont encore que des musiciens. Et le rétropédalage annoncé de Washington en matière de changement climatique nous fait perdre un chef d’orchestre.

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