Retour

Changements climatiques : le Québec et l'Alberta veulent mener ensemble le combat

La nouvelle première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, entend mener de front avec le Québec la bataille contre les changements climatiques. La chef néo-démocrate, dont l'élection majoritaire a mis fin au règne des progressistes-conservateurs début mai, estime qu'il s'agit d'« une nouvelle époque pour l'amitié entre le Québec et l'Alberta ».

Elle a d'ailleurs tenu à le dire en français lors d'une conférence de presse qu'elle a donnée conjointement avec Philippe Couillard, au terme d'une rencontre que le premier ministre du Québec a qualifiée d'« agréable » et de « constructive ».

Les deux premiers ministres ont aussi discuté d'énergie, sujet incontournable lorsqu'il s'agit de traiter avec l'Alberta, dont les sables bitumineux représentent la troisième réserve mondiale en importance.

Le premier ministre Couillard visitera l'Alberta à l'automne, en compagnie de représentants de l'industrie des énergies vertes. Rachel Notley dit aussi vouloir que Philippe Couillard constate par lui-même les emplois et les occasions d'affaires créés par l'industrie des sables bitumineux pour les Canadiens d'autres provinces, entre autres pour les Québécois.

Des retombées économiques insuffisantes

En ce qui a trait au projet de pipeline Énergie Est de la société albertaine TransCanada, Philippe Couillard a réitéré qu'au premier chef, les retombées économiques  ne lui apparaissaient pas du tout suffisantes.

« Nos conditions, qui sont au nombre de sept, ne changent absolument pas, a martelé le premier ministre du Québec. Et parmi ces éléments se trouve la question des retombées économiques. Le fait d'être un lieu de transit ne représente pas des retombées économiques suffisantes. Maintenant, j'attends toujours de l'entreprise des détails sur leurs intentions. »

Rappelons que TransCanada a l'intention de construire un oléoduc de 1400 kilomètres qui approvisionnerait les raffineries de l'est du pays en pétrole des sables bitumineux.

Un sommet du Conseil de la fédération à Terre-Neuve

Alors que le premier ministre Philippe Couillard rencontrait ce matin son homologue albertaine, Rachel Notley, afin de discuter d'énergie, de pipelines et de changements climatiques, ces thèmes seront aussi à l'honneur demain, au Conseil de la fédération à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador.

Lors de cette rencontre, les premiers ministres provinciaux pourraient s'entendre sur une stratégie canadienne sur l'énergie. Dans l'ébauche de la stratégie, dont Radio-Canada a obtenu copie, les provinces promettent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, sans toutefois prendre d'engagement précis quant aux cibles. Cela survient alors que le Québec vient d'annoncer qu'il entend réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80 % à 95 % d'ici 2050, par rapport à 1990.

Les provinces indiquent aussi vouloir réduire leur dépendance aux énergies fossiles. En même temps, elles cherchent à accélérer le processus d'approbation des infrastructures pour le transport de l'énergie entre les provinces et aussi en vue de l'exportation.

Dans le document, les provinces disent vouloir réduire les dédoublements et la bureaucratie, car même si la décision finale dans le cas d'oléoducs revient au fédéral, elles estiment avoir leur mot à dire.

Des environnementalistes inquiets

Cette stratégie inquiète les environnementalistes, car elle vise à accélérer les étapes d'approbation des grands projets énergétiques, dont les oléoducs.

Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie pour Greenpeace Canada, craint une entente qui ferait référence à l'importance de la lutte contre les changements climatiques, mais où les provinces favoriseraient aussi les sables bitumineux par les projets de pipelines.

« Ils font fausse route sur la question des pipelines de sables bitumineux. Les premiers ministres sont dans le déni s'ils pensent qu'il est possible de protéger le climat tout en encourageant l'expansion des sables bitumineux en construisant de nouveaux pipelines », dénonce-t-il dans un communiqué.

À cet égard, le premier ministre Couillard s'est fait rassurant, affirmant qu'en aucun temps dans le document il n'est question d'accélération des projets ou de diminution des exigences en termes d'environnement. « On veut rendre les évaluations plus efficaces oui, mais sans jamais diminuer nos standards », affirme M. Couillard.

De plus, a ajouté Philippe Couillard, « on a la chance au Québec de pouvoir miser sur l'hydro-électricité. [...] Pour nous, au Québec l'énergie, c'est l'hydro-électricité, on est le quatrième producteur mondial, et on veut l'exporter notamment du côté de nos voisins américains ».

Patrick Bonin estime que le gouvernement doit, avant tout, accélérer la transition vers les énergies renouvelables. « Plus de 100 scientifiques renommés ont demandé un moratoire immédiat sur l'expansion des sables bitumineux et les infrastructures associées comme les pipelines, rappelle-t-il. Nous exhortons les premiers ministres à les écouter. »

L'idée d'une stratégie commune entre les provinces sur l'énergie date de 2012, alors que l'exploitation des sables bitumineux était en plein essor et que l'Alberta cherchait des marchés pour son pétrole, tant au Canada qu'à l'étranger. Depuis, les cours du pétrole ont chuté de près de 50 % et l'Alberta a élu un gouvernement néo-démocrate.

La première ministre albertaine, Rachel Notley, appuie l'exploitation des sables bitumineux, mais veut revoir la politique environnementale de sa province.

Avec les informations de Denis-Martin Chabot

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une tempête effrayante en Hongrie





Rabais de la semaine