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Changements climatiques : que faire pour éviter un échec à Paris?

À 40 jours de la conférence de Paris sur le climat, les désaccords sont nombreux. Les représentants de 195 pays ont entamé lundi à Bonn une dernière semaine de discussions avant le grand rendez-vous de décembre. Le but : s'entendre sur presque tout avant que ne débute la conférence qui doit officialiser l'entente, et ainsi éviter l'humiliation mondiale d'un autre échec sur la question des changements climatiques.

Un texte de Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnement

Les négociations concernant un futur accord global sur le climat sont menées avec un sentiment d'urgence. À Bonn, les parties en présence savent très bien que dans à peine six semaines, tous les yeux de la planète seront rivés sur elles, dans l'espoir de voir naître l'entente qui donnera enfin suite au protocole de Kyoto.

Les souvenirs de la conférence de Copenhague sont frais dans la mémoire de l'ensemble des négociateurs. En 2009, la planète s'était donné rendez-vous dans la capitale danoise avec la promesse de s'entendre sur un traité contraignant qui allait inclure tous les grands pollueurs de la planète. On connaît la suite : l'accord de Copenhague tient sur trois pages et a été rejeté par de nombreux pays en voie de développement.

Aujourd'hui, tout le monde reconnaît que l'échec de la conférence de Copenhague s'explique en bonne partie par le fait que la rencontre avait été mal préparée. Toutes les questions qui font l'objet d'un litige avant le début de la rencontre avaient été laissées en suspens. Les négociateurs des 193 pays en présence s'étaient retrouvés avec des désaccords tellement profonds qu'une entente globale négociée en deux semaines n'était pas envisageable.

C'est précisément ce scénario qu'on veut éviter à Paris, d'où l'importance cruciale de la rencontre qui se tient toute la semaine à Bonn. Le souhait : avoir, au bout de cinq jours de pourparlers serrés, un accord presque final satisfaisant pour tout le monde, et ainsi arriver à Paris avec les coudées plus franches.

De Bonn, le directeur de la campagne Climat et énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin, admet que l'atmosphère des négociations est meilleure que dans le passé. « Le fait que les États-Unis et la Chine, les deux plus grands pollueurs de la planète, se soient engagés à fournir des cibles de réduction des émissions a changé la dynamique. Plus personne ne peut leur reprocher de ne pas vouloir négocier. C'est une bonne chose », dit-il.

Désaccords profonds

Malgré cette ambiance plus sereine, de nombreux désaccords persistent.

Ce matin, le groupe G77, qui rassemble 134 pays émergents et en développement, a rejeté du revers de la main une version préliminaire de l'accord. La porte-parole du groupe, la Sud-Africaine Nozipho Mxakato-Diseka, a déclaré que le texte est trop « déséquilibré » et qu'il faut y apporter des changements.

Les principaux désaccords s'opèrent essentiellement sur deux fronts : les cibles de réduction des émissions et les fonds de transition que les pays riches s'étaient engagés à verser aux pays en développement.

Des cibles à améliorer périodiquement

Le monde se réjouit du fait que des pays fortement responsables des émissions de gaz à effet de serre de la planète - les États-Unis, la Chine, la Russie, etc. - promettent de faire de plus grands efforts sur la question climatique. Pour l'heure, 150 pays se sont engagés auprès des Nations unies à réduire leurs émissions, ce qui représente près de 90 % des émissions mondiales de GES, du jamais vu.

Malgré tout, les pays en développement déplorent le fait que les engagements des pays riches sont trop modestes par rapport à la réalité climatique.

« Avec les cibles qui sont actuellement sur la table, la planète se dirige vers un réchauffement global d'au moins trois degrés Celsius. Et ce sont les pays en développement qui en subiront le plus intensément les effets. C'est normal et légitime qu'ils soient insatisfaits », estime Patrick Bonin de Greenpeace Canada.

Les pays en développement demandent donc que soit inscrite noir sur blanc, dans un futur accord, une règle qui obligera tous les pays à réviser à la hausse leurs cibles de réduction des émissions tous les cinq ans.

Une autre façon de dire que les cibles de réduction des émissions annoncées en vue de la rencontre de Paris ne doivent pas être une fin en soi, mais le début d'une démarche plus profonde qui ira dans le sens d'une décarbonisation de l'économie.

De fait, de nombreux pays réclament que soit noté dans le texte de l'entente que le but ultime de cette démarche est de « décarboniser » la planète et de parvenir à zéro émission d'ici la fin du siècle.

Les pays en développement exigent en outre que les nations industrialisées aient des cibles à plus court terme, soit d'ici 2025 plutôt que 2030 ou 2050.

Des fonds pour la transition

À Copenhague, en 2009, les pays riches s'étaient engagés à mobiliser 130 milliards de dollars canadiens par an d'ici à 2020 pour aider les pays en voie de développement à faire face aux changements climatiques. L'objectif était de permettre aux pays moins nantis, qui subiront le plus les effets du réchauffement, mais qui en sont très peu responsables, de mettre en place des politiques pour affronter le phénomène et verdir leur économie.

Depuis, ce sujet est devenu un des principaux objets de discorde entre le Nord et le Sud. Dans un rapport publié la semaine dernière, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que les sommes engagées par les pays industrialisés atteignent environ les deux tiers de cet objectif, soit 62 milliards de dollars américains.

À Bonn, les pays en développement exigent des pays riches qu'ils accélèrent la cadence du financement et que leurs engagements soient contraignants.

Sur ce point, le fossé entre le Nord et le Sud reste très large.

Une entente qui montre la voie

Pour certains, le futur accord de Paris est l'aboutissement de plusieurs années de négociations frustrantes et mal dirigées.

Pour d'autres, le traité qui pourrait naître de la conférence de décembre doit refléter le fait que ce n'est que la première étape, modeste, d'un long processus, qui mènera à terme à la fin de l'utilisation des énergies fossiles partout sur la planète.

La conférence de Paris pourrait donc passer à l'histoire de deux façons. Elle pourrait soit incarner le début d'une grande transition, ou alors elle sera retenue pour illustrer l'incapacité des pays de la planète à prendre collectivement leur destin en main.

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