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Charlotte, nouveau miroir des tensions raciales aux États-Unis

Charlotte. Une autre ville qui a été secouée, blessée par la frustration et la rage qu'on ne peut plus contenir. Un autre nom à ajouter sur une liste qui s'allonge. Celles des villes américaines où des Noirs ont mis le poing sur la table.

Yanik Dumont Baron

  Une analyse de Yanik Dumont Baron

« Il faut faire en sorte que ça ne se reproduise plus! » O. DeShea Cuthrell craint de tomber, lui aussi, sous les balles d'un policier trop nerveux. Il ressent aussi la frustration de se sentir trop souvent surveillé.

Ce qu'explique le jeune homme de Charlotte, c'est aussi ce qu'expliquaient, avant lui, d'autres jeunes à Ferguson, à Baltimore, à Milwaukee, à Oakland... « Il y a de la colère, de la frustration à plusieurs niveaux. De l'anxiété aussi, ajoute-t-il. C'est très agité entre les Afro-Américains et les policiers un peu partout au pays. »

Une frustration qui s'est exprimée par de la casse, de la violence, de la défiance et des cris. Une frustration qui vient aussi d'un constat : la liste des villes s'allonge, mais les choses ne semblent pas trop changer. Du moins, pas assez vite. « Rendu là, je ne sais plus quoi faire », admettait une jeune Noire de Charlotte qui ne voulait pas donner son nom. « S'ils veulent détruire des choses, alors, moi, je suis pour ça! »

L'incompréhension d'une partie de la population

Que faire? La question est explosive, justement. Et elle divise les Américains. La liste des villes touchées s'allonge, mais il y en a encore qui croient que le problème est exagéré. Que les morts de Noirs sont récupérées à des fins partisanes.

Bien des Américains ne voient pas les troubles et la casse comme une façon d'exprimer une frustration trop longtemps contenue, une rage de se sentir ciblé, écarté. En regardant les images de chaos, ces Américains voient plutôt un non-respect des lois, de l'ordre établi.

C'est à eux qu'a parlé Donald Trump lorsqu'il a évoqué les troubles qui ont suivi la mort de Keith Scott, à Charlotte : « Comment peut-on gouverner, si on ne contrôle pas nos villes? », a-t-il demandé, en guise de message à ceux qui en ont assez de voir la garde nationale appelée pour reprendre le contrôle des rues d'une ville américaine.

Pour y arriver, le républicain suggère d'utiliser une méthode controversée, le « stop and frisk [arrêter et fouiller] ». Utilisée à New York pour combattre le crime, celle-ci permettait aux policiers d'arrêter n'importe quelles personnes, pour vérifier qu'elles ne portent pas d'arme.

Outre le fait que la tactique a été jugée illégale par un tribunal fédéral, elle est inefficace. Des études l'ont démontré : cela ne réduit pas le crime. Et ce sont surtout les personnes de couleur qui en font les frais. Pas le genre d'idée qui peut plaire aux électeurs qui n'ont pas la peau blanche...

Un État convoité

La réponse d'Hillary Clinton aux troubles de Charlotte ne laisse pas de doute : elle est dans le camp des Afro-Américains. Elle parle de « racisme systémique », souhaite que ce genre de mort devienne « intolérable ». Elle propose plus de formation pour les policiers, des mesures pour lutter contre la pauvreté.

Mais la démocrate n'a pas fait de grandes déclarations sur le sujet cette semaine. En fait, elle a été plutôt discrète, comme si elle ne voulait pas perdre l'appui de ceux qui croient qu'on exagère le problème.

Ne vous étonnez pas si vous trouvez que les réponses des deux candidats manquent d'empathie. Qu'elles sonnent un peu remâchées. Ces derniers troubles sont survenus dans un État convoité. Dans une Caroline du Nord républicaine de justesse. Un État sur lequel misent les démocrates pour garder la Maison-Blanche.

« Une vérité bien laide »

C'est une préoccupation électoraliste qu'on ne retrouve pas dans les rues de Charlotte. On pense surtout à l'immédiat, à la prochaine fois qu'un policier va s'approcher d'un Noir.

Mais dans cette ville secouée, on se dit aussi qu'il faudra bien régler le problème un jour. « C'est une vérité bien laide », admet Chris Lyles, un Afro-Américain, en parlant du racisme qui semble inscrit dans l'inconscient de bien des gens. « Il faudra qu'on soit prêt à avoir ces conversations difficiles. »

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