Le grand déménagement des trois hôpitaux montréalais l'automne dernier vers le nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) ne se fait pas sans heurt pour les patients inaptes de l'hôpital Notre-Dame.

Un texte de Danny Braun, de l'émission Le 15-18

Près de 300 personnes –itinérants, toxicomanes, patients avec des problèmes de santé mentale– n’ont pas accès à leurs prestations d'aide sociale à cause d'un cafouillage administratif qui n'est toujours pas résolu.

Loyers payés en retard, difficultés à verser l'argent de poche aux patients, manque d’accès aux soldes des comptes, le Comité de santé mentale (COSAM) a connu des ratés lors de ce transfert « administratif ».

« Parfois, j'ai sorti de l'argent de ma poche pour acheter des titres de transport à certains patients, dit un intervenant qui veut garder l'anonymat. Et il a fallu appeler plusieurs propriétaires pour leur demander d'être patients même si ça faisait plusieurs mois qu'ils n'avaient pas reçu leur loyer. »

Une fiducie volontaire

L'hôpital Notre-Dame, qui avec le déménagement est devenu un établissement communautaire de première ligne, a gardé quelque 300 patients rattachés au département de psychiatrie et de toxicomanie.

Ces personnes, majoritairement suivies en clinique externe, recevaient leurs prestations d'aide sociale par le biais d’une fiducie, le COSAM, à qui ils ont volontairement donné l'autorisation d'administrer leur budget. C'est donc le COSAM qui recevait les chèques d'aide sociale pour les répartir par la suite selon les besoins des patients (loyer, titres de transport en commun, argent de poche, etc.).

Comme l'hôpital Notre-Dame ne fait plus partie du CHUM, le COSAM a disparu, et les fonds de ces patients sous fiducie volontaire se sont retrouvés dans un vide administratif.

« C'est devenu assez confus pendant un certain temps : où étaient les fiducies et comment les bénéficiaires pouvaient avoir accès à leurs sous », affirme Pierre Lamarche, directeur des services aux personnes au Curateur public du Québec.

Le Curateur administre l'argent d'une dizaine de personnes qui sont rattachées à l'hôpital Notre-Dame. Il a dû piger dans un fonds d'urgence pour que les bénéficiaires sous curatelle publique ne se retrouvent pas sans le sou.

Situations « problématiques »

Les dossiers ont finalement été pris en charge par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal.

« Du jour au lendemain, il a fallu prendre en charge les comptes de 300 patients du COSAM », dit Jason Champagne, directeur en santé mentale et dépendance au CIUSSS. « On a été surpris par le nombre. On ne maîtrisait pas toutes les subtilités requises. Il y a eu des situations difficiles, voire problématiques », admet-il. Il affirme toutefois qu'aucun patient n'a souffert de la situation.

« Qui s'occupe de la fiducie? Qui vérifie les comptes? Comment ça se fait que personne ne semble au courant des vrais chiffres, des vrais montants? », demande pour sa part Doris Provencher, directrice de l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec. « Ces gens-là sont-ils importants dans notre société? Si c'était des personnes plus organisées et écoutées, ça ne traînerait pas des mois comme ça ».

Selon le CIUSSS, ces difficultés « d'arrimage administratif » devraient être réglées d'ici les prochaines semaines.

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