Retour

Cinéma : un tapis rouge au TIFF, ça se déroule comment?

Chaque année au Festival international du film de Toronto (TIFF), des dizaines de vedettes internationales participent à des soirées mondaines de promotion où des journalistes de partout dans le monde, des réalisateurs, des gens de l'industrie et lesdites vedettes fraternisent et prennent un verre. L'organisation uniFrance organise l'une de ces fêtes. Nous vous emmenons dans ses coulisses.

Une chronique de Cédric Lizotte

À mon arrivée, une jeune dame souriante, qui représente la boîte de relations publiques en charge de la soirée, m’accueille, m’escorte jusqu’à un tout petit endroit derrière un cordon rouge feutré, où il est inscrit, sur une feuille blanche et en grosses lettres, RADIO-CANADA. À ma droite, CANAL +. Trois ou quatre autres places sont aussi réservées aux médias spécialisés.

Chaque année, uniFrance, l’organisation en charge de promouvoir le cinéma français dans le monde, organise une soirée mondaine (une « cocktail party », en français de Fronce) au TIFF. Celle-ci se déroulait samedi au Fifth Social Club de Toronto.

Il s’agit de mon premier événement du genre. Oh, j’ai couvert des dizaines d’ouvertures médiatiques de restaurants, plusieurs événements sportifs et bien des dévoilements de nouveautés technologiques, mais une fête mondaine avec des vedettes de cinéma qui défilent sur un tapis rouge, ça m’est tout nouveau.

Les membres des médias arrivent et déballent leur équipement. Caméscopes, caméras, trépieds, batteries, flashs. Quelques câbles serpentent sur le sol et rendent les déplacements périlleux. Puis, à ma droite s’installe Didier Allouch, reporter vétéran de la chaîne française Canal+. Le clivage ne pourrait pas être plus profond : un reporter chevronné, qui connaît le cinéma comme un boucher connaît le steak, juxtaposé à un chroniqueur culinaire qui ne sait pas différencier Samuel L. Jackson de Laurence Fishburne. Ça promet.

Les président et directrice générale d’uniFrance arrivent les premiers au party.

Puis le défilé de vedettes débute. J’écoute les questions que pose mon voisin et les réponses des actrices et autres réalisateurs. C’est au tour de Sandrine Bonnaire (Une saison en France) de répondre aux questions de M. Allouch. Puis, c’est mon tour. Dans le but de varier la sauce, je lui demande si c’est sa première fois à Toronto, et si elle a un restaurant préféré. « Alors là, non! Si vous êtes ici pour parler de restaurants, moi, je m’en vais. » Ah. Bon.

Kevin Sweet, reporter aux arts à Radio-Canada Toronto, arrive au Fifth et m’envoie la main de loin. Puisque nous attendons l’arrivée des prochains acteurs et réalisateurs, je quitte mon poste derrière le mythique cordon feutré rouge pour accueillir le nouvel arrivé. Après quelques minutes, je retourne à mon poste. La dame des relations publiques m’attend avec une moue et des yeux radioactifs. « Vous n’êtes pas autorisé à quitter le tapis rouge. Si vous quittez, vous ne pouvez plus revenir. » Ah, les aléas du reporter recrue. La toute-puissante relationniste m’accorde sa miséricorde et me laisse reprendre ma place. Ouf!

Kristin Scott Thomas, la vedette anglaise qui participe au film Darkest Hour présenté au TIFF, fait une courte apparition pour les photographes.

Le pèlerinage d’acteurs s’accélère et j’ai de plus en plus de difficulté à identifier les gens qui sont devant nous. « Oui, bon, pour nous aussi ce n’est pas toujours facile », me confie M. Allouch. Je me sens moins seul.

Je retraite derrière le caméraman de Canal+ pour des raisons technologiques. Changement de batterie, un nouveau Tweet, peut-être ajouter quelque chose sur Facebook, et « me reste-t-il assez de place sur ma carte mémoire? »

C’est à ce moment que le plafond du Fifth Social Club s’illumine tel un club de banlieue quand le DJ allume le stroboscope.

Nathalie Baye (Les Gardiennes) a mis le pied sur le tapis rouge. Les photographes et caméramen jouent du coude. Les flashs dansent sur le visage de la grande vedette du cinéma français.

J’ai, à ma gauche, depuis le début de la soirée, deux reporters anglophones d’un média spécialisé. Mais une nouvelle personne vient de faire son apparition, un Français de petite taille aux cheveux blonds. Il me bouscule et pose quelques questions à Mme Baye.

« Johnny est mon ami, comment va-t-il? », de demander le nouvel arrivé. « Oh, j’ai été déjeuner avec lui il y a quelques semaines, et il me semblait bien », répond Mme Baye.

Parlent-ils de Johnny Hallyday? Vite, Google! Selon Wikipedia, « le couple que [Nathalie Baye] forme avec Johnny Hallyday la place sous les feux de l'actualité. » Wow! Il s’informait vraiment de la santé de Johnny Hallyday!

Avant même que je puisse parler à Mme Baye, une employée de la firme de relations publiques arrive en trombe et demande au petit reporter à ma gauche de nommer le média qu’il représente. Il s’agit d’un magazine à potins de bas étage. « Vous n’êtes pas accrédité pour ce tapis rouge, vous n’avez pas le droit d’être ici. Qui vous a laissé entrer? » Elle lui parle d’un air sévère, lui demande s’il a enregistré la conversation, escorte l’intrépide journaliste hors de mon champ de vision. À ce moment, j’ai presque envie de les suivre pour connaître la suite des événements, mais Mme Baye est devant moi et attend patiemment que je l’interviewe.

Vu mon manque de connaissances, je lui pose une question toute simple. « Pour vous, que représente le TIFF? »

Dès le moment où Mme Baye a quitté le tapis rouge, le spectacle stroboscopique reprend. Roschdy Zem et Teddy Lussi-Modeste (Le Prix du succès).

Puis, les vedettes de 120 Battements par minute. « On pourrait les voir aux Oscars, eux », selon M. Allouch.

Arnaud Valois, le réalisateur Robin Campillo, Nahuel Pérez Biscayart

Les trois hommes quittent le tapis rouge, et la dame des relations publiques nous signifie que c’est terminé. Et, comme dans un livre de Hunter S. Thompson, les journalistes se ruent vers le bar.

Roschdy Zem, décontracté et rieur, verre à la main, discute avec Teddy Lussi-Modeste et deux autres personnes. Un peu plus loin, Arnaud Valois boit une grande lampée de sa bouteille de Heineken, puis prend la pose pour un égoportrait avec un admirateur.

L’atmosphère est plutôt calme, parfaitement ordonnée : tout le monde s’y comporte parfaitement, le nez bien levé. Le DJ a beau faire grimper le volume, personne n’ose même hocher de la tête.

Ou presque.

Un tout petit homme barbu qui semble avoir pris une consommation de trop parle plus fort que tout le monde, tente de faire danser une jeune femme, puis se lance sur le tapis rouge pour photo-bomber des gens qui y prennent des égoportraits, pour finalement revenir au bar, et s’adresser à moi. Les lèvres gercées et les pupilles dilatées, il me crie à la tête, « t’aimes ça, le cinéma, toi, hein? »

C’est l’heure de rentrer à la maison.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine